Plateforme pétrolière

NON aux explorations d’hydrocarbures en Méditerranée !

 

L’information nous a été délivrée par l’association de défense de l’environnement Nation Océan* qui lutte pour la préservation des mers et des océans : la Méditerranée est de nouveau l’objet d’une tentative de permis de forer à de très grandes profondeurs au large de la Corse. Ces explorations en vue de rechercher des hydrocarbures font planer un grand danger sur notre île.

 

Mare Nostrum est notre écrin, le berceau de plusieurs civilisations, une région où l’Histoire du monde s’est écrite avec encore plus d’acuité. La Méditerranée est aujourd’hui un espace très fragile. Sa biodiversité reste exceptionnelle, mais sa richesse fait sa grande fragilité. C’est une mer fermée qui appelle toutes les attentions et de nombreuses conventions internationales tentent de la protéger.

C’est aussi une zone de commerce intense qui nourrit tous les appétits car dans ses profondeurs, le sous-sol recèle des ressources, notamment en hydrocarbures, gaz et pétrole probablement en grande quantité. D’où les fameuses Zones Économiques Exclusives (ZEE) octroyant des droits aux industriels qui sont une façon de contourner les démarches de protection.

Il y a quelques années déjà, au large de Port-Cros au Nord-Ouest de la Corse, la demande de permis, dit Rhône Maritime, de la société Melrose avait fait se lever les associations de défense de l’environnement, et les eurodéputés José Bové, Eva Joly, François Alfonsi, du groupe Verts-ALE. Le combat a été gagné. Au terme de plusieurs années de manifestations et d’actions, la ministre de l’environnement de l’époque, Ségolène Royal, a décrété un moratoire sur toutes les explorations ou exploitations d’hydrocarbures en Méditerranée, sur le plateau continental français. Elle annonçait inciter ses homologues des pays voisins à en faire de même.

 

Une zone de forage de 20200 km2 !

La vaste zone de forage réclamée par la Société norvégienne, TGS Nopec : 20 200 km2 au
large de la réserve naturelle de Scàndula… Pàrenu fole !

 

Hélas pas de moratoire en Espagne, qui étudie plusieurs permis, ou en Italie qui a donc mis sérieusement à l’étude un permis demandé par la société norvégienne TGS Nopec au nord-ouest de la Sardaigne, sud-ouest de la Corse, sur une surface extrêmement vaste de 20 200 km2.

Dès l’information prise, le Conseil Exécutif de Corse s’est mobilisé, contactant la Giunta de Sardaigne qui a émis à plusieurs reprises des avis négatifs chaque fois qu’elle était saisie par le gouvernement italien sur une demande de permis de forage en mer.

Malgré ses motions unanimes, la Corse n’est pas consultée par le gouvernement français de ce type de permis.

C’est pourtant ce qui a systématiquement été demandé aussi dans les différentes délibérations prises par l’Assemblée de Corse, en 2011 et en 2015, sur le permis Melrose.

Le président du Conseil Exécutif a donc pris les devants, sollicitant son homologue sarde, Francesco Pigliaru, mais aussi la Principauté de Monaco, les îles Baléares, et l’ensemble des îles de Méditerranée, au titre de sa présidence de la Commission des îles de la CRPM (Conférence des Régions Périphériques Maritimes).

Une motion collective a été déposée pour la session des 1er et 2 juin prochain.

Un courrier sera de même adressé aux ministres de l’environnement français et italien. L’appel à résistance est lancé auprès des associations de défense de l’environnement et plus généralement du peuple corse pour faire face à la menace.

 

Des conséquences graves sur les cétacés

 

Nous sommes à proximité immédiate du sanctuaire Pelagos des cétacés.

« Sanctuaire », cela veut bien dire que la zone doit être protégée de toute agression.

Or, que ce soit pour de l’exploration ou pour de l’extraction, les ondes émises lors des forages sont très perturbantes pour les cétacés qui disposent d’un système de communication très sophistiquée par écholocalisation. C’est ainsi qu’ils trouvent leur nourriture et qu’ils se repèrent entre eux.

Même si l’on peut exercer une vigilance sur la fréquentation des animaux dans la zone de forage, les risques de ces ondes acoustiques vont au-delà de cette seule présence. Car la perturbation dépend de nombreux autres facteurs comme la fréquence et la puissance des ondes émises, leur profondeur, les courants marins, la densité de l’eau, sa température ou sa salinité, autant d’éléments qui peuvent faire que ces ondes voyagent loin et sont ressenties avec plus ou moins de dégâts à des kilomètres à la ronde.

 

Un simple accident deviendrait ingérable

Une pollution aux hydrocarbures serait une catastrophe écologique majeure eu égard à la
proximité du sanctuaire Pelagos et de la réserve naturelle de Scàndula.

 

Tout le monde a en mémoire la catastrophe de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon en 2015, au large du Mexique qui forait à de grandes profondeurs.

Un accident, une brèche et le pétrole s’est déversé dans la mer durant des mois, les plus grandes technologies ayant été mises en oeuvre en vain avant de pouvoir durablement colmater la brèche. Résultat : les réserves de Louisiane et ses mangroves ravagées avec une catastrophe écologique irrémédiable pour plusieurs décennies. Que donnerait un accident similaire au large de la réserve naturelle de Scàndola, classée au patrimoine mondiale de l’Unesco et dans une mer qui ne subit pas les marées pour nettoyer ses côtes comme dans la mer des Caraïbes ? Tout le littoral corse subit différents courants contraires qui ramènent systématiquement toute pollution vers l’île. Impossible d’espérer une météo clémente… la réserve de Scàndula, le Sud-Ouest Corse, jusque plus au sud les Bocche di Bonifaziu seraient irrémédiablement détruits. Les conséquences économiques et sociales en sus seraient désastreuses.

Tout le littoral corse et particulièrement la zone du sanctuaire Pelagos, pour lequel une demande de classement en zone maritime particulièrement vulnérable (ZMPV) est déposée, seraient affectés. Les Bocche di Bonifaziu sont classées en ZMPV et la demande est en cours également pour le Canal de Corse.

C’est une évidence : les forages offshores ne peuvent être tolérés en Méditerranée !

 

Contre l’accord de Paris sur le climat !

Les zones concernées par des demandes de forage en Méditerranée occidentale :
sur le plateau continental espagnol (en jaune), le permis Melrose actuellement sous le
coup du moratoire ordonné par Ségolène Royal (en orange), et la zone de la société TGS
Nopec (en blanc)…

 

Enfin, ces demandes régulières de permis de forer sont absolument contraires avec les décisions prises au niveau mondial pour lutter contre le réchauffement climatique. « Les scientifiques annoncent que pour limiter le réchauffement climatique à 2°C d’ici la fin du siècle, un tiers des réserves de pétrole, la moitié de celles de gaz et plus de 80 % de celles de charbon devront rester inexploitées » explique le géographe Olivier Dubouquoy pour Nation Océan. «Nous savons aujourd’hui que l’augmentation de la température sur la planète sera plutôt de 2,7°C d’ici la fin du siècle. Pour conserver une planète viable et limiter le réchauffement climatique, les océans et les mers doivent être sanctuarisés. Nous invitons les 196 parties signataires de la COP 21 à honorer leur engagement en proclamant un moratoire sur la prospection et l’exploitation des énergies fossiles en mer ». L’accord de Paris sur le climat réclame la réduction des émissions de Gaz à Effet de Serre (GES). C’est donc là aussi une évidence, les extractions en mer doivent cesser ! « La majorité de l’oxygène que nous respirons provient de l’océan » dit encore Nation Océan.

« Principal régulateur du climat, il est notre meilleur rempart contre le réchauffement climatique. Si l’océan libérait dans l’atmosphère tout ce qu’il emmagasine, l’élévation de la température pourrait être a minima de 20°C».

Toute idée de forage en mer est une atteinte à la survie de l’humanité.

Fabiana Giovannini.

* En cours de changement de nom pour ZEA, Nation Océan a été fondée entre autre par Paul Watson, fondateur de Sea Sheperd, défenseur des cétacés, Pierre Rhabi, fondateur du mouvement Colibri, ou encore l’altermondialiste José Bové. L’objectif de la démarche est d’élever l’océan au rang de nation à respecter et de « bien commun » avec des droits.

 

 

 

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