Gilles Simeoni

« C’est un raz-de-marée démocratique »*

Premières réactions à chaud de Gilles Simeoni quelques heures après ce scrutin historique. Extraits de différents médias.

Le message politique. Beaucoup de joies et de gratitude envers mes colistières et colistiers, les militantes et militants qui ont construit par centaines cette campagne et bien sûr, pour les Corses qui nous ont fait confiance.

C’est un un raz-de-marée démocratique. Un Corse sur deux a exprimé sa confiance et son soutien à la démarche Pè a Corsica dans la continuité d’un combat qui a commencé depuis un demi-siècle. Ils ont fortement dit qu’ils souhaitent continuer sur le chemin ouvert en 2015. C’est aussi un message fort envoyé à Paris. Les alliances de circonstances qui avaient été imaginées pour essayer de faire barrage au nationalisme ont été balayées par le suffrage universel. Ce peuple existe. Il est plus que temps d’ouvrir un véritable dialogue et rechercher une solution politique. La question corse est économique, sociale, culturelle, administrative, institutionnelle, mais elle est aussi fondamentalement politique.

Elle a trait à l’existence d’un peuple qui doit être reconnu dans ses droits.

Il y a la volonté de rompre avec l’ancien système qui était caractérisé globalement par l’absence de démocratie, le clientélisme et l’absence de perspective pour la Corse. Mais au-delà de cette volonté de rupture avec l’ancien système, je vois aussi et surtout dans la démarche nationaliste, et dans les soutiens qu’elle a su agréger, une volonté de respiration démocratique et de construction d’une société corse qui s’inscrit résolument dans l’avenir. Notre mouvement a beaucoup évolué, il est porteur d’une modernité certaine qui s’adresse à toutes les générations, et notamment à la jeunesse.

 

L’indépendance. Ce n’est absolument pas au programme, les choses sont très claires. Ce qui est au programme c’est d’abord de répondre aux attentes et aux besoins des Corses au quotidien. C’est de demander à Paris d’ouvrir enfin le dialogue et de construire une solution politique qui passe aussi et notamment par la question du rapprochement et de l’amnistie des prisonniers politiques. Enfin, c’est de développer la Corse dans tous les domaines, et au plan institutionnel, d’obtenir dans les trois ans un statut d’autonomie de plein droit et de plein exercice, et de le mettre en œuvre pendant une période de dix ans. Ce qui se passera au bout de ces dix ans n’est absolument pas fixé, ce sont les Corses qui décideront. Peut-être qu’on restera en l’état de ce statut d’autonomie, peut-être que si les Corses le souhaitent, on reviendra en arrière ou bien l’on ira de l’avant ; pour ma part, j’ai toujours dit et répété que je considère qu’un statut d’autonomie est ce qu’il faut pour la Corse, pour aujourd’hui et pour demain.

 

L’abstention. C’est un résultat qui interpelle, même s’il faut le pondérer par des éléments qui étaient connus avant le scrutin. D’abord la répétition des scrutins, quatre scrutins importants en deux ans. Deuxièmement, on considérait que c’était une élection intermédiaire et il y avait une forme de désaffection.

Enfin, de façon conjoncturelle, la neige importante et une météo très mauvaise. Au-delà de ces trois éléments, il y a une abstention qui est importante et il nous appartient de nous interroger. C’est peut-être aussi le fait de changements dans le corps électoral, il y a beaucoup de nouveaux arrivants qui ne connaissent pas les enjeux et qui ne se sentent pas parties prenantes de la vie politique corse. Ce qui est certain, c’est que nous devons nous adresser, nous particulièrement qui sommes en situation de responsabilité, à tous ces électeurs et électrices, tous ces Corses non intéressés par le débat public, comprendre pourquoi ils se sentent abandonnés ou oubliés. Je pense notamment à beaucoup de quartiers à Bastia, Lupinu, Montesoru, même chose à Aiacciu, il faut aller vers ces gens et leur dire que leur place est dans le débat public, que nous allons nous adresser à eux, les impliquer et répondre à leurs besoins et attentes.

 

La suite. Il faut terminer l’élection avec le score le plus haut possible. Mais nous sommes déjà dans la suite. On pense au travail considérable qui nous attend. Nous aurons besoin de détermination, de lucidité, de courage collectif. C’est pour cela que nous nous adressons à tous les Corses pour relever ensemble ce défi.