Par Gustave Alirol, président de Régions & Peuples Solidaires

L’impasse française

La France est le pays de l’Union Européenne où les écarts de richesse entre les territoires sont les plus forts.

D’un côté, il y a l’Île-de-France qui compte parmi les dix régions les plus riches de l’Union Européenne. De l’autre, il y a Mayotte qui n’est devancée, au palmarès des régions les plus pauvres, que de peu par Severozapaden en Bulgarie. Même en Allemagne, trente ans à peine après la réunification, les différences entre les Länder de l’Ouest (ex-RFA) et ceux de l’Est (ex-RDA) sont moins prononcées que dans l’Hexagone. Expression, sans doute, de l’efficacité du système fédéral, dans le Land le moins développé d’Allemagne qui se situe en ex-RDA (le Mecklenburg-Vorpommern), les habitants sont plus riches que dans un tiers des 22 anciennes régions françaises de métropole.

L’Allemagne est un Etat fédéral dont la capitale est Berlin. Mais la région de Berlin n’est pas la plus riche d’Allemagne. La France, elle, est un pays centralisé davantage préoccupé par le développement de Paris et de quelques autres grandes métropoles que par une répartition homogène des richesses et de leur production sur le territoire.

Dans la plupart des pays européens comme la Belgique, l’Espagne, le Royaume-Uni ou l’Italie, l’autonomie des régions est la norme. En Allemagne et en Autriche, les régions (Länder) participent au fonctionnement de l’Etat. En France, les régions subissent les décisions de l’Etat. Depuis près de quinze ans et notamment le quinquennat de Nicolas Sarkozy, l’Etat impose une recentralisation à marche forcée. Après la suppression, par la droite, de l’autonomie fiscale des régions et des collectivités locales, François Hollande, pour la gauche, a continué en coupant les dotations aux territoires, puis de façon unilatérale a rayé de la carte, certaines régions comme l’Alsace ou l’Auvergne et ce, contre l’avis de leurs habitants, leurs élus et des traités internationaux.

Les régions de l’Hexagone, de métropole ou d’outre-mer, sont étouffées par l’hypercentralisme. Leurs cultures sont menacées car écrasées sous le poids de l’uniformisation et de la prétendue défense de la langue française. Il n’y a pas de langue qui meurt, comme dit le poète, mais que des langues que l’on tue. Et l’Etat français est responsable de cette situation. Face à cette reprise en main de la France par les jacobins de tous bords, l’Europe représente une alternative.

 

L’espoir européen.

La Politique de Cohésion qui vise à aider les régions les moins riches de l’Union Européenne par un mécanisme de solidarité a eu des effets positifs incontestables.

Les régions les plus pauvres de l’Union Européenne, notamment celles de Bulgarie et de Roumanie (exbloc soviétique) se sont considérablement développées depuis l’élargissement de l’Union Européenne à l’Est. Même s’il reste encore beaucoup à faire, la part de la population menacée de pauvreté a chuté et le PIB par habitant s’est, lui, accru.

Les régions de l’Hexagone qui ont toutes un niveau de développement économique inférieur à la moyenne européenne, hormis l’Île-de-France et Rhône-Alpes, ont pu compter sur le soutien de l’Union Européenne. Tramways à Brest, Clermont-Ferrand, le Havre ou Valenciennes, station d’épuration à la Réunion, internet haut-débit dans la Drôme et l’Ardèche, campus universitaire en Guyane : tous ces projets ont été réalisés grâce au concours de l’Union Européenne.

L’Europe soutient les territoires et défend la diversité culturelle. L’Europe est unie dans la diversité et a fait de ce principe sa devise. Le maltais parlé par 500.000 locuteurs seulement jouit de la même reconnaissance et des mêmes droits que l’anglais ou l’allemand. Dans l’Union Européenne, toutes les langues sont égales mais à condition d’être officielles dans un des Etats membres. Et c’est là toute la limite de l’Union Européenne.

 

Une Europe sclérosée par les Etats.

L’Union Européenne est une union d’Etats qui défendent leurs intérêts particuliers.

Contrairement au letton ou au gaélique, le catalan, pourtant parlé par plus de 11 millions de locuteurs, au seul motif qu’il n’est la langue d’aucun Etat membre, n’est pas reconnu par l’Union Européenne. Les institutions européennes sont l’expression de cette union entre Etats.

Chacun des commissaires européens est proposé par un Etat membre, le Conseil de l’Union Européenne rassemble les ministres de chacun des Etats ; enfin, le Conseil Européen réunit les chefs d’Etat et de gouvernement. Les décisions sont prises par les Etats et pour les Etats puis sont appliquées selon la législation en vigueur dans chacun des Etats membres.

C’est cette mainmise des Etats sur l’Union Européenne qui pose problème et qui contraint l’Union Européenne à l’inaction.

Le drame des migrants en témoigne : l’Union Européenne est paralysée, incapable d’agir à cause de l’égocentrisme des Etats.

Ce qu’il faut donc, ce n’est pas moins d’Europe comme le plaident les eurosceptiques ni plus d’Europe comme le clament certains eurobéats mais «mieux » d’Europe. L’Europe est coincée au milieu du gué, incapable d’avancer à cause des Etats. Pour reprendre le chemin du « rêve européen», il faudra dépasser l’Europe des Etats et construire l’Europe des régions et des peuples solidaires.

 

La solution régionaliste.

Cet été, lors de son congrès annuel à Bayonne les 23, 24 et 25 août, Régions et Peuples Solidaires (R&PS) qui fédère des organisations politiques autonomistes ou indépendantes, validera son projet pour les européennes, sa stratégie électorale ainsi que ses candidats. En 2019, R&PS participera aux élections européennes avec une ligne claire : l’Europe comme espace d’émancipation des régions et des peuples mais avec un modèle économique, social et culturel diamétralement opposé à celui de cette Europe néolibérale des Etats.

 

Gustave Alirol, président de R&PS

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