Les premiers signes de la décrue pour Matteo Salvini

Italie

L’Italie était focalisée sur les résultats des élections régionales qui ont eu lieu ce dimanche 26 janvier, en Emiie-Romagne, économiquement une des plus fortes d’Italie avec Bologna, Parma, Ferrara, etc… Historiquement ancrée à gauche, frontalière des deux autres grandes régions économiques italiennes dominées par la Lega de Matteo Salvini (la Lombardie et la Vénétie), peuplée de 4,5 millions d’habitants, cette Région représentait la capacité de résistance du pays face à la chevauchée conquérante du chef de la Lega vers le pouvoir en Italie. La digue a tenu, et s’est même renforcée. Matteo Salvini est en échec.

La coalition emmenée par le Président sortant socialiste de la Région, Stefano Bonaccini, l’a emporté avec plus de 51%, tandis que celle de droite emmenée par la Lega fait 43,5%. Le reste, y compris les 5 Stelle en pleine crise, s’est retrouvé laminé par le rouleau compresseur entre les pro et les anti Salvini.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit aujourd’hui en Italie. Parti de Bologna en novembre dernier, un mouvement spontané s’est manifesté sous le nom des « sardines » dont le nom imaginatif est inspiré de l’expression « stretti come sardine », un défi lancé une première fois via Facebook pour rassembler plus de monde que n’en avait rassemblé Matteo Salvini lors d’un de ses meetings tenu à Bologna. Pari réussi, puis renouvelé un peu partout en Italie, jusqu’à attirer des marées humaines bon enfant, regroupées autour d’un seul message : barrer la route à la montée du mouvement populiste d’extrême droite de Matteo Salvini.
Commencé dans la rue à Bologna, ce mouvement s’est retrouvé massivement dans les urnes de l’Emilie Romagne : la participation a doublé par rapport à l’élection régionale précédente, passant de 33 à 66%, et le président socialiste sortant, au bilan par ailleurs largement salué par la presse, a bénéficié de la mobilisation jusqu’à obtenir plus de 50% des voix.
Ce résultat très attendu repousse la crise politique italienne, dont le gouvernement, conduit par le premier ministre des 5 Stelle Giuseppe Conte avec l’appui de la gauche socialiste, aujourd’hui scindée en deux forces depuis la scission de Matteo Renzi, est en place jusqu’à 2023. Le pari de Salvini était de provoquer des élections anticipées où il semblait promis à un raz de marée électoral. En août, le rapprochement entre la gauche et les 5 Stelle l’a mis en échec une première fois. Ce résultat de dimanche dernier est un nouvel échec.
Pour les démocrates italiens qui veulent empêcher l’Italie de basculer, la première priorité est d’éviter des élections générales. Car, s’il perd en Emilie Romagne, Matteo Salvini y rassemble quand même plus de 40% des voix dans ce qui est historiquement un bastion de la gauche. A l’intérieur de la coalition des droites, la droite traditionnelle est complétement satellisée, et rien n’indique qu’il soit affaibli dans ses bastions de Vénétie et de Lombardie où il est en situation ultra-dominante.
Localement, la victoire a été au PS, ce qui conforte le gouvernement qui s’est mis en place l’été dernier, quand Matteo Salvini a quitté avec fracas la coalition qu’il avait constitué avec les 5 Stelle après l’effondrement des forces politiques traditionnelles en février 2018. La majorité nouvelle 5 Stelle et PD rassemble 219 députés sur 315, dont les deux tiers sont membres du mouvement 5 Stelle aujourd’hui devenu l’ennemi déclaré de la Lega. Son piètre résultat en Emilie Romagne le fragilise beaucoup, mais son leadership est en plein renouvellement, avec la démission de Luigi Di Maio et l’affirmation progressive de celui qui domine le gouvernement, Giuseppe Conte, qui a percé sur la scène médiatique italienne en incarnant la résistance à l’arrogance de Matteo Salvini et de l’extrême-droite lors du renversement d’alliance d’août dernier.
Avec ce résultat à vrai dire inespéré au vu des sondages d’il y a quelques semaines à peine, c’est aussi l’Europe qui respire. Car l’Italie pèse lourd : troisième économie de l’Union Européenne, PIB dix fois important plus que celui de la Grèce, et cinq fois plus peuplée. En cas de naufrage économique de l’Italie, c’est l’euro qui s’effondrerait, et sans doute l’Union Européenne dans son ensemble. Or l’Italie traîne historiquement une dette monumentale qui fragilise toute son économie. Elle ne supporterait probablement pas une surenchère populiste sans dégâts économiques insurmontables.
La décrue de Salvini est donc une bonne nouvelle pour toute l’Europe. Elle est aussi le signe que la crise migratoire qui l’a porté au firmament commence à moins obnubiler les opinions publiques. Mais tout cela reste très fragile, et dépendra de la suite des évènements bien loin de la scène politique européenne, en Lybie et dans le Sahel notamment.
En entendant, il faut espérer que les forces démocratiques resteront, en Italie comme ailleurs en Europe, « strette come sardine » !

François Alfonsi.