L’autonomie ou les harkis du système ?

Max Simeoni Bastia
Le coronavirus a retardé les Municipales, il laisse le champ libre au virus électoraliste pour s’étendre à nombre de non immunisés ou faire rechuter les porteurs chroniques. Les Territoriales, les ComCom, les Législatives ont provoqué les premiers frissons « di a febraccia ».

 

La famille nationaliste « renforcée » n’est pas épargnée faute de n’avoir pas su ou voulu organiser un parti démocratique de combat, au sein du peuple corse, sa base ouverte sur ses problèmes, les vivant en réel et non avec des longues vues des Nomenclatures d’éligibles.

Il faudra attendre la fin du cycle des élections à enfiler comme des perles pour mettre en place ce parti démocratique si les autonomistes ressentent l’impérieuse nécessité d’obtenir l’autonomie interne afin d’avoir des moyens et quelques chances de sortir le peuple corse du colonialisme jacobin qui le nie pour le faire disparaître. La majorité « absolue » dans le cadre des statuts particuliers sans compétences ni moyens suffisants pour sauver le peuple sur sa Terre ne sert à rien ou plutôt elle gère enfermée dans le cadre de ce colonialisme, elle y contribue dupée la première. Rester des « élus locaux qui ne font pas la loi » ou la changer pour accomplir leur mission de sauvetage ? L’autonomie ou les harkis du système ?

L’urgence est historique, l’autonomie le plus vite possible car le temps perdu accélère la pente du déclin.

Le colonialisme jacobin est une constante de la République à la française. Je le rappelle chaque fois pour que quelqu’un puisse me dire le contraire. En ce cas j’aimerais avoir à échanger sur ce sujet. Personne à ce jour ne s’est manifesté. Les critiques faites au tout début de l’action politique, étaient des sentences péremptoires des élus locaux qui se servaient de la violence contre « ceux qui la pratiquent et tous ceux qui l’inspirent… » ou des réflexions prises pour du bons sens comme « qui va payer les pensions ? ». Des pensionnés il y en avait beaucoup qui avaient servi la France. Le peuple corse était pour elle un réservoir d’hommes qu’elle a vidé pour les guerres (12.000 hommes en 1914/18 et autant sans doute de mutilés, une saignée de ses procréateurs). Les morts aux champs d’honneur et l’exil font qu’en 1962 il ne reste dans l’île que 160.000 habitants d’une population vieillissante. Or l’île est d’abord appauvrie par 95 ans de loi Douanière, de 1818 à 1913, elle est mûre pour l’exil et la quête des pensions. Les Corses étaient devenus des auto-colonisés. On les avait persuadés que leur Terre était pauvre par fatalité et la tutelle Républicaine forte et généreuse. Or cette République avait un Empire colonial sur tous les continents qui prend fin avec les Accords d’Evian en 1962 négociés entre De Gaulle et le FNLA. Paris en regard de la construction européenne qui s’amorce doit réaménager ses territoires, ses régions. Elle veut rentabiliser l’île vidée par le tourisme présenté comme une panacée. L’affaire du rapport secret de l’Hudson Institut révélé met à jour le cynisme de la tutelle républicaine qui a choisi la fin de notre peuple par le développement d’un tourisme massif et rapide. Et elle multiplie les mensonges pour tenter de se disculper. Mais elle n’en continue pas moins cette politique par le jeu des financements croisés – Europe, Paris, collectivités locales – et par le biais fiscal comme la diminution de 30 % des charges pour les constructions à valeur locative. Les résultats le prouvent : en cinq ou six ans on en a construit plus que les autres régions hexagonales et notre population est passée en 30 ou 40 ans de 160.000 à 320.000 habitants avec l’apport de nouveaux venus bien plus que par les naissances du fond corse. Le tourisme fait vivre des Corses mais la grande majorité des gains va aux producteurs extérieurs et à leurs financiers. On compte 60.000 précaires, nom officiel des réellement pauvres et autant sans doute de préprécaires surtout parmi les autochtones.

La République est droite dans ses bottes, sans repentance. Elle ne peut céder que par un rapport de force. La démarche démocratique est la seule qui peut aboutir. Il est quand même clair que ce sont les autonomistes qui ont commencé à lutter pour rétablir la démocratie et en particulier le suffrage universel aux mains des clans et non l’État central qui laissait les fraudes systématiques sans sanctions.

Les avancées démocratiques sont liées et parallèles à celles de la reconnaissance du peuple corse dans ses droits.

Le renforcement électoral sans l’autonomie est illusion mortelle. La gestion des institutions actuelles doit être exemplaire démocratiquement pour gagner la confiance et convaincre de l’urgence de sortir de la dépendance coloniale masquée. Le mouvement autonomiste doit être une garantie d’expression et de représentativité pour tous les patriotes corses quelles que soient leurs divergences tout en renforçant leur front commun anti jacobin. Mais il se doit d’abord d’être lui-même en harmonie, de respecter ses engagements internes. Un catalyseur de démocratie interne pour être le catalyseur d’un Peuple menacé par le système colonial jacobin. L’ouverture pourra s’amplifier à la suite. Le sauvetage de ce peuple ne peut pas venir d’un électoralisme chronique pourvoyeur de coliques internes. Gérer au mieux pour plus vite l’autonomie.