Territoriales

Une percée possible d’émancipation !*

Ce 3 décembre, dimanche soir, les natios caracolent en tête. Tous les autres, droite, gauche, centristes, LREM… sont aplatis comme dans un dessin animé. Qu’elle est belle la victoire ! Mais ce n’est qu’une première manche. Le Front républicain pour stopper les natios a sans doute déjà son silo lance-missiles fracassé. Il faut confirmer en améliorant le score au second tour pour plusieurs raisons.

 

L’importance de l’abstention est prise comme argument pour relativiser la percée du premier tour : «plus d’un électeur sur deux ne s’est pas rendu aux urnes… ils n’ont pas approuvé les natios, et leur programme… ni l’Assemblée Unique… ils attendent autre chose que des débats institutionnels…» Donner le maximum de poids aux natios dans les négociations dès le lendemain du deuxième tour pour les compétences et les moyens financiers de cette Assemblée Unique.

 

Le commentaire de Paris consiste à dire que ce vote et cette abstention sont uniquement dus à une perte de confiance des insulaires dans le pouvoir central, à cause, sous-entendu, des gouvernements antérieurs et qu’il incombe à l’actuel de la rétablir.

Mais il est clair qu’il a préconisé un front républicain pour tenter de squeezer les natios ou les réduire à n’être que des minoritaires.

En effet le Padduc (la cooficialité, le statut de résident, une fiscalité patrimoniale) est antinomique avec la doctrine des républicains jacobins et le foulard girondin une ruse digne d’un renard des fables de La Fontaine.

Avec un corps d’élus insulaires où les natios ne sont plus maîtres de la manœuvre, le pouvoir peut recommencer les jeux avec les courroies du clanisme qui consistent à faire semblant d’accorder sans jamais céder sur l’essentiel.

Pour la langue corse ? Ok ! Pas besoin de coofficialité. Des budgets plus consistants, des postes supplémentaires suffiront à promouvoir la langue. Des promesses mais aucune garantie par un droit dans la loi.

De même pour les lois ordinaires qui préserveront l’île de la prédation immobilière…

Il est évident que dans ce rendez-vous « après les élections » vont se jouer à travers la mise en place de l’Assemblée Unique les conditions de la marche vers l’autonomie « interne », « pleine et entière », celle qui donnera les moyens de légiférer pour que le Peuple corse ait la maîtrise de son destin. Ce premier tour pourrait déboucher au second sur une position plus favorable à condition d’y mettre le paquet et de ne pas s’endormir sur des lauriers vite fanés. Favorable à un changement de vitesse pour pouvoir accélérer tant soit peu sur la route de l’émancipation « historique », oui historique du Peuple corse.

Ne pas perdre de temps puisqu’il travaille contre notre Peuple, ne pas s’agiter dans les seuls jeux électoraux mais ne pas non plus perdre l’occasion quand une élection présente un caractère exceptionnel avec l’effritement des clans et des partis hexagonaux et une greffe LREM qui n’a pas pris pour le moment. En améliorant au second tour, on augmente notre force d’impact contre le système clans – Jacobin et notre capacité à élargir la poursuite de l’ouverture et du regroupement des Corses. Bien comprendre qu’on est sous la loi du tout ou rien. Tant qu’on n’a pas franchi la ligne rouge de l’autonomie, on n’a rien. On ne peut que limiter les dégâts même avec une bonne majorité dans les institutions actuelles. Or il faut convaincre davantage de Corses pour faire céder l’État jacobin.

 

Les mécanismes d’érosion continuent si on continue dans un cadre de non autonomie. Rien n’a changé si ce n’est en apparence dans les discours ou les promesses. La langue sans la coofficialité verra une politique vaine. Elle sera de moins en moins transmise.

La terre ne résistera pas aux prédateurs, une marchandise à l’encan. Après les échecs du plan d’aménagement de la Datar qu’elle voulait garder secret et qu’on avait qualifié de plan de déménagement des Corses, on a la pression constante des résidences secondaires avec le taux le plus élevé de tout l’hexagone dans le piedmont avec vue imprenable sur l’horizon, sur le littoral et les terres agricoles… On a eu la loi douanière pendant un siècle qui a étranglé notre production agricole, on a l’enveloppe de continuité territoriale qui permet l’importation, la distribution, la consommation à 95 % des produits venus de l’extérieur, avec un exil pour les guerres et l’Empire colonial, une démographie à l’étiage et vieillissante, des flux de populations incontrôlables.

Oui rien de changé. On peut à peine freiner la chute du Peuple Corse avec une bonne majorité. Il faut que les Corses comprennent l’impérieuse nécessité d’être davantage maître de notre destin et de l’effort à faire pour y parvenir.

Pas une seule voix ne doit manquer et en gagner d’autres revient dans cette élection à nous donner une poussée possible vers l’émancipation. Un devoir.

Bisogn’à marchjà.

Max Simeoni.