Pour que Vivent nos Langues

Lettre ouverte au Président de la République

 

Ce jeudi 18 juin, des représentants de l’ensemble des associations de défense des langues et cultures régionales*, réunis au sein du Collectif Pour que Vivent Nos Langues, se sont rendus à Paris pour remettre à l’Elysée une lettre ouverte au Président de la République.

Une initiative activement soutenue par 100 parlementaires, députés européens, députés à l’Assemblée Nationale ou sénateurs. Elle est appuyée également par une Tribune publiée dans le quotidien Le Monde du 13 février par 128 Universitaires, alertant l’État sur la disparition programmée des langues régionales s’il n’y a pas de réaction immédiate et ambitieuse en leur faveur.

Créé à la rentrée 2019, le Collectif Pour Que Vivent Nos Langues s’est constitué en réaction aux conséquences linguicides de la réforme du lycée et du baccalauréat du Ministre Jean-Michel Blanquer, dont les effets sont désastreux pour la place des langues régionales dans le système éducatif français.

À son initiative, une manifestation regroupant un millier d’enseignants, élèves et parents d’élèves, responsables associatifs, acteurs culturels et politiques s’est déroulée devant les locaux du Ministère de l’Éducation nationale le 30 novembre dernier à Paris.

Devant le refus de dialogue du ministre de l’Éducation nationale, le collectif a décidé de s’adresser directement au Président de la République, pour lui rappeler les engagements pris lors de la campagne des élections présidentielles. Il réclame l’ouverture d’un véritable dialogue pour bâtir l’avenir de la diversité du patrimoine culturel et linguistique que représentent ces langues.

 

« Monsieur le Président de la République,

Notre collectif représente les acteurs associatifs oeuvrant pour la défense et le développement des langues territoriales en France, comprenant des acteurs du monde éducatif et culturel engagés dans la transmission de ces langues, dans tous les territoires concernés par cette pratique éducative :

Alsace Moselle, Bretagne, Catalogne, Corse, Flandre, Pays d’Oc, Pays Basque, Savoie.

Ce Collectif, constitué à la rentrée scolaire de septembre 2019, s’alarme des conséquences dévastatrices pour la place des langues régionales dans le système éducatif français induites par la réforme du lycée et du baccalauréat, menée par le Ministre de l’Éducation nationale, M. Jean-Michel Blanquer.

 

Nous avons manifesté le 30 novembre dernier avec un millier d’enseignants, élèves et parents d’élèves, responsables associatifs, acteurs culturels et politiques, pour dénoncer les effets « linguicides » de cette réforme au mépris de l’article 75-1 de notre Constitution, au mépris de l’article 312-10 du Code de l’éducation, au mépris des conventions internationales garantes des droits culturels et linguistiques, et en opposition avec vos propres engagements électoraux (que nous reprenons en annexe de ce courrier) ainsi qu’avec vos déclarations comme Président de la République, notamment celle du 21 juin 2018 : « Les langues régionales jouent leur rôle dans l’enracinement qui fait la force des régions. Nous allons pérenniser leur développement ».

Une délégation avait certes été reçue ce jour-là par les collaborateurs du ministre, mais cette esquisse de dialogue n’a connu aucune suite. Pourtant, début janvier, nous avons écrit à Monsieur le Ministre pour préciser nos demandes dans le courrier ci-joint. Nous n’avons reçu aucune réponse, aucun contact n’a été établi par le ministère.

Par ailleurs, la proposition de loi N° 321 « relative à la protection patrimoniale des langues régionales et à leur promotion » a été débattue le 13 février, en présence du Ministre Jean-Michel Blanquer qui, au nom du gouvernement, a demandé et obtenu que soient rejetées en bloc toutes les mesures proposées pour améliorer la place des langues régionales dans le domaine éducatif, comme il l’avait déjà fait pendant la discussion de la loi pour une école de la confiance. Enfin le « plan langues » qui est mis en oeuvre oublie complètement les langues de France dont l’offre va encore régresser. Nous ne pouvons interpréter cette attitude de rejet systématique de toute mesure en faveur de nos langues autrement que comme une fin de non-recevoir de sa part, et un refus total de tout dialogue.

 

Aussi, face au déni de réalité des conséquences mortifères de la réforme du lycée et au refus systématique d’améliorer le statut de nos langues malgré vos engagements, c’est à vous que nous nous adressons aujourd’hui avec l’espoir d’être enfin entendus. En effet, l’avenir de la diversité linguistique et culturelle qui existe encore en France ne relève pas seulement d’une approche éducative, même si l’Éducation doit jouer un rôle central dans la transmission des langues et cultures de notre pays. C’est tout un projet pour l’avenir de la France qui est ici en jeu.

La réalité de la diversité linguistique de la France ne reçoit pas une attention suffisante des institutions. La démarche éducative en faveur des langues régionales telle qu’elle a été lancée dans l’Éducation nationale et l’enseignement confessionnel depuis 1951, et dans l’enseignement par immersion dans le secteur associatif depuis les années 1970, ne peut suffire à elle seule à sauver nos langues d’une disparition à moyen terme. C’est pourtant ce dispositif modeste que la réforme Blanquer du lycée et le Plan Langues sont en train de faire disparaître, en même temps que tout espoir d’une relance de leur rayonnement.                                                  Nous sommes atterrés par le discours de déni des conséquences mortifères de la réforme du lycée et du baccalauréat pour nos langues que répètent le Ministre et ses recteurs depuis son entrée en vigueur. Ils se cachent, pour nier ses effets massifs et destructeurs, derrière le paravent d’une soidisante « filière d’excellence », nouvellement créée, une option d’un enseignement de spécialité (EDS) alors même que pour toute la France, cette « filière d’excellence » ne compte en tout et pour tout qu’une centaine d’inscrits pour toutes les langues régionales. De toute façon, nous ne voulons pas que l’école favorise une poignée de spécialistes, nous voulons un accès facilité pour tous les jeunes à la langue de leur territoire.

La réalité, c’est ce que nous craignions en début d’année scolaire, et ce que nous ne pouvons malheureusement que constater avec effroi aujourd’hui : l’effondrement des effectifs, comme la suppression et la précarisation des filières existantes dans de très nombreux établissements de l’enseignement public et de l’enseignement confessionnel. C’est en fait tout un « écosystème » qui est menacé de disparaître si des mesures réparatrices ne sont pas prises immédiatement.

Ces mesures, elles ont été proposées au Ministre de l’Éducation nationale depuis plus d’un an par les associations, par de nombreux élus et toutes les régions concernées. Malgré l’urgence d’une intervention corrective (avant que la prochaine rentrée scolaire ne vienne encore aggraver la situation), aucune des mesures proposées n’a été retenue, aucun amendement à la réforme n’a été annoncé.

Nous sommes aussi atterrés par les conséquences mortifères que va provoquer le Plan langues étrangères notamment par le « tout anglais pour tous » et le bilinguisme précoce français anglais qu’il promeut aux dépens des langues de France y compris du Français qui risque à terme de se retrouver dans une situation diglossique préjudiciable que les autres langues de France connaissent bien.

Notre Collectif, maintenant que les mesures liées à la situation sanitaire sont progressivement levées, reprend sa mobilisation.

Nous lancerons de nouvelles actions, et nous voulons faire en sorte que la question des langues et cultures régionales ait toute sa place dans les débats généraux sur notre modèle de société qu’il faudra urgemment engager dès que nous serons sortis de la crise actuelle.

Cependant, nous souhaitons très sincèrement qu’un dialogue s’instaure au plus tôt, et tel est l’objet de ce courrier que nous vous adressons. Nous espérons pouvoir rencontrer vos collaborateurs, et même vous sensibiliser directement à ce qui, répétons-le, représente un enjeu majeur pour la société française : l’avenir de sa diversité culturelle et linguistique.

Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de nos sentiments les meilleurs. »

Le Collectif Pour Que Vivent Nos Langues.

* Membres du Collectif : Associations

Alsace : Culture et Bilinguisme ; Eltern Alsace, Association des parents d’élèves de l’enseignement bilingue ; Fédération Alsace bilingue – Verband zweisprachiges Elsass ; Fonds International pour la Langue Alsacienne ; Initiative Citoyenne Alsacienne.

Bretagne : Association des Enseignants de Gallo ; Association des Professeurs de Langue Bretonne dans l’enseignement public en Île de France (APLB KBDP) ; Div yezh Breizh ; Diwan ; Kelennomp ! ; Kevre Breizh, Coordination des associations culturelles de Bretagne ; Mission Bretonne d’Île de France Ti Ar Vretoned.

Catalogne : Bressola.

Corse : Associu di l’Insignanti di/in Lingua è Cultura Corsa ; Conseil de la Langue de Corse ; Parlemu Corsu ; Praticalingua.

Flandre : Akademie voor Nuuze Vlaemsche Taele/Institut de la Langue Régionale Flamande.

Occitanie : Association Oc-Bi Association pour l’Enseignement de la Langue d’Oc Provence-Alpes-Côte d’Azur (AELOC) ; Confederacion Calandreta ; Congrès permanent de la langue occitane ; Conseil International du Francoprovençal ; Fédération des Enseignants de Langue et Culture d’Oc (FELCO) ; Felibrige ; Forum d’Oc ; Institut d’Estudis Occitans.

Pays Basque : Euskal Konfederazioa ; Seaska.

Savoie : Aliance Culturèla Arpitana ; ELEN.

Autres : European language Equality Network – Réseau Européen pour l’Égalité des Langues Eskolim ; Fédération pour les langues régionales dans l’enseignement public (FLAREP).

Parlementaires ayant initié la démarche :

François Alfonsi, député européen, auteur du Rapport sur les langues menacées de disparition et la diversité linguistique au sein de l’Union Européenne ; Paul Molac, député du Morbihan, Président du groupe d’études “Langues et Cultures Régionales” à l’Assemblée Nationale.

Les 100 parlementaires qui soutiennent cet appel du Collectif PQVN

François Alfonsi, député européen • Paul Molac, député du Morbihan • Jean-Félix Acquaviva, député de Haute-Corse • Ramlati Ali, députée de Mayotte • Maurice Antiste, sénateur de la Martinique • Viviane Artigalas, sénatrice des Hautes-Pyrénées • Erwan Balanant, député du Finistère • Delphine Batho, députée des Deux-Sèvres • Esther Benbassa, sénatrice écologiste de Paris Thierry Benoît, député d’Ille-et-Vilaine • Claude Berit-Debat, sénateur de la Dordogne • Martine Berthet, sénatrice de la Savoie • Benoît Biteau, député européen • Anne Blanc, députée de l’Aveyron • Maryvonne Blondin, sénatrice du Finistère • Eric Bocquet, sénateur du Nord • Yannick Botrel, sénateur des Côtes d’Armor • Sylvain Brial, député de Wallis-et- Futuna • Max Brisson, sénateur des Pyrénées-Atlantiques • Moetai Brotherson, député de Polynésie Française • Vincent Bru, député des Pyrénées-Atlantiques • Michel Canevet, sénateur du Finistère • Damien Carême, député européen • Michel Castellani, député de Haute-Corse • Joseph Castelli, sénateur de Haute-Corse • Jacques Cattin, député du Haut-Rhin • Annie Chapelier, députée du Gard • Paul Christophe, député du Nord • Jean-Michel Clément, Sénateur de la Vienne • Paul- André Colombani, député de Corse-du-Sud • David Cormand, député européen • Yves Daniel, député de Loire-Atlantique • Ronan Dantec, sénateur de Loire-Atlantique • Jennifer De

Temmerman, députée du Nord • Jean-Pierre Decool, sénateur du Nord • Gwendoline Delbos – Corfield, députée européenne • Karima Delli, députée européenne • Pierre Dharréville, député des Bouches-du-Rhône • Jeanine Dubié, députée des Hautes- Pyrénées • Nicole Dubré-Chirat, députée du Maine-et-Loire • Frédérique Dumas, députée des Hauts-de-Seine • Frédérique Espagnac, sénatrice des Pyrénées-Atlantiques • Jean-Jacques Ferrara, député de Corse-du-Sud • Jean-Luc Fichet, sénateur du Finistère • Bruno Fuchs, député du Haut-Rhin • Laurent Furst, député du Bas-Rhin • Joëlle Garriaud-Maylam, sénatrice des Français établis hors de France • Françoise Gatel, sénatrice d’Ille-et-Vilaine • Claude Gruffat, député européen • Danièle Hérin, députée de l’Aude • Patrick Hetzel, député du Bas-Rhin • Philippe Huppé, député de l’Hérault • Yannick Jadot, député européen • Bruno Joncour, député des Côtes d’Armor • Sandrine Josso, députée de Loire-Atlantique • Régis Juanico, député de la Loire • Claude Kern, sénateur du Bas-Rhin • Jacques Krabal, député de l’Aisne • Joel Labbé, sénateur du Morbihan • François-Michel Lambert, député des Bouches-du- Rhône • Jean Lassalle, député des Pyrénées-Atlantiques • Sandrine Le Feur, députée du Finistère • Marc Le Fur, député des Côtes d’Armor • Serge Letchimy, député de Martinique • David Lorion, député de la Réunion • Monique Lubin, sénatrice des Landes • Gilles Lurton, député d’Ille-et-Vilaine • Jacques Maire, député des Hauts-de-Seine • Graziella Melchior, députée du Finistère • Sophie Mette, députée de la Moselle • Jean- Marie Mizzon, sénateur de la Moselle • Bertrand Pancher, député de la Meuse • Jean-Jacques Panunzi, député de Corsedu- Sud • Philippe Paul, sénateur du Finistère • Sylvia Pinel, députée de Tarn-et-Garonne • François Pupponi, député du Val d’Oise • Angèle Préville, sénatrice du Lot • André Reichardt, sénateur du Bas-Rhin • Frédéric Reiss, député du Bas-Rhin • Michèle Rivasi, députée européenne • Mireille Robert, députée de l’Aude • Sylvie Robert, sénatrice d’Ille-et-Vilaine • Caroline Roose, députée européenne • Claudia Rouaux, députée d’Illeet-  Vilaine • Martial Saddier, député de Haute-Savoie • Maïna  Sage, députée de Polynésie française • Denise Saint-Pé,  sénatrice des Pyrénées-Atlantiques • Mounir Satouri, député  européen • Hervé Saulignac, député de l’Ardèche • Raphael  Schellenberger, député du Haut-Rhin • Jean-Bernard  Sempastous, député des Hautes-Pyrénées • Gabriel Serville,  député de Guyane • Jean Sol, sénateur des Pyrénées-Orientales  • Eric Straumann, député de Haut-Rhin • Simon Sutour,  sénateur du Gard • Marie Toussaint, députée européenne •  Boris Vallaud, député des Landes •Arnaud Viala, député de  l’Aveyron • Salima Yenbou, députée européenne • Jean-Marc  Zulesi, député des Bouches-du-Rhône.