400.000 manifestants à Barcelona

La Diada renoue avec les mobilisations de masse

Le mouvement indépendantiste catalan marquera l’Histoire politique de l’Europe par la série exceptionnelle des manifestations de masse qui, depuis le 11 septembre 2012, à l’occasion de la Diada, commémorent chaque année la Nation Catalane. Après l’interruption de l’an dernier, en raison de la pandémie, la Diada 2021 a renoué avec un succès de participation qui a été bien au-delà des attentes des ONG organisatrices, l’Assemblea Nacional Catalana et Omnium Cultural.

 

Sur cette édition 2021 pesaient des incertitudes nombreuses : la permanence de la pandémie, et donc la réticence naturelle à se noyer dans une foule compacte ; l’interruption d’une année, et les incertitudes quant aux conditions sanitaires, ce qui a nécessairement affecté les mécanismes de la mobilisation populaire ; et la déception de tous ceux qui avaient placé leur espoir dans le referendum de 2017 et qui constatent aujourd’hui une « panne de stratégie collective » des mouvements politiques catalans, notoirement divisés malgré leur majorité absolue et leur union au gouvernement de la Generalitat.

Pour les organisateurs, ces 400.000 manifestants sont la démonstration d’un sentiment national intact malgré les difficultés politiques actuelles, et, pour eux, c’est en retournant aux fondamentaux de la mobilisation que le peuple catalan tracera à nouveau sa route vers l’indépendance.

Certes la mobilisation a été moindre que durant les années de 2013 à 2017, quand la Diada rassemblait chaque année un million de manifestants et même davantage, accompagnant ainsi la dynamique qui a débouché sur le referendum du 1er octobre 2017.

La répression s’est abattue, les procès, les condamnations se sont multipliées, puis les prisonniers politiques, condamnés pour avoir simplement respecté les engagements pris devant leurs électeurs en organisant le referendum (jusqu’à 13 années de prison !), condamnation extravagante dans l’espace démocratique qui devrait être celui de l’Europe.

 

Face à ces vents contraires, il faut tenir le cap, et la Diada 2021 l’a fait.

Car ni l’Espagne ni l’Europe n’en ont fini avec l’indépendantisme catalan. Ce qui était au départ une révolte contre la Cour Suprême de l’État espagnol qui avait censuré le nouveau statut d’autonomie négocié entre la Generalitat et Madrid est devenu au fil des ans une conscience collective nationale bien ancrée qui va continuer à s’affirmer politiquement.

Le « parti espagnol » en Catalogne, un temps incarné par Ciutadan’s, devenu Ciutadanos en Espagne, s’est effondré en même temps qu’il récupérait Manuel Valls. La traditionnelle force de droite espagnoliste, le Partido Popular, est elle aussi laminée. La gauche non indépendantiste est moins affectée, à l’image du PS catalan qui est sorti en tête du dernier scrutin, ou d’Ada Colau, de Barcelona in Comù, restée in extrémis maire de Barcelona. Mais il ne porte aucune alternative réelle et son projet de relancer l’autonomie censurée en 2011 se heurte à l’intransigeance de Madrid.

Même si elle est controversée dans les rangs des manifestants, la table de négociation obtenue de Pedro Sanchez, le premier ministre espagnol investi à Madrid grâce au soutien indirect des députés d’ERC, va s’ouvrir. Aussi la Diada 2021 est arrivée à point nommé pour rappeler l’essentiel : c’est au peuple catalan de décider l’avenir de la Catalogne. Et il ne se laissera pas priver de ce droit fondamental. •

François Alfonsi.