Les foyers de tension se multiplient et inquiètent. Sur le GR 20 comme sur les plages fréquentées ou dans les réserves naturelles, des activités non ou mal régulées génèrent des excès en tous genres. Il faut réagir !
A l’appel de Femu a Corsica, nous étions des dizaines à Galeria pour dénoncer les menaces adressées à ceux qui ont pour mission la surveillance et la protection de la réserve de Scàndula. Juste avant, le Parc Naturel Régional avait eu à dénoncer l’incendie d’un des refuges du GR 20 par des mains criminelles. Et le ton monte entre les propriétaires de paillotes et les autorités chargées de faire respecter la réglementation.
A la base de ces tensions il y a la carence manifeste de ceux qui ont le pouvoir de réguler les activités qui font l’objet de ces polémiques.
Les « paillotiers » le reconnaissent : l’excès a été si souvent toléré par les pouvoirs publics qu’il en était presque devenu la règle, au point d’entraîner des situations d’accaparement sans droit ni titre d’un bien commun propriété de tous les Corses. Le balancier inverse est-il excessif qui met en sursis des dizaines de professionnels et leur activité économique ? Ce débat est légitime et il doit avoir lieu. Mais il faut avant tout des règles claires, et des sanctions effectives pour ceux qui ne les respectent pas.
Ce pouvoir de régulation est celui de l’Etat. L’a-t-il exercé, l’exerce-t-il désormais, de façon continue et effective ? Pourquoi tarde-t-il encore à instaurer un mécanisme afin de limiter la mise en service de nouveaux bateaux pour la visite de la réserve de Scàndula, alors que lui seul en a le pouvoir, vu qu’il est le seul maître de l’espace maritime ?
La crise actuelle peut avoir des effets bénéfiques si la prise de conscience débouchait sur des pratiques assainies. De toutes façons il faudra y arriver, d’une manière ou d’une autre, et cela en tous domaines : urbanisme, activités sur le littoral et en haute montagne, gestion des primes et des subventions, etc…
Certains effets d’aubaine ont trop souvent généré des excès inconséquents. Mais a-t-on fait ce qu’il fallait dès le début ? Chaque fois que l’on laisse une situation déraper, puis s’installer, on fragilise tout : le milieu naturel, la notoriété des sites, la qualité des produits –randonnée, excursions guidées, loisirs de plein air, etc… – qui génèrent une économie répartie sur tout le territoire, y compris dans l’intérieur.
Certains outils sont là qui doivent être mieux écoutés, à commencer par le Parc Régional et l’Office de l’Environnement, pour définir des règles communes et le « vivre ensemble » nécessaire à la cohabitation entre la protection des sites et des espèces, l’activité des professionnels, la présence des visiteurs et la vie quotidienne des habitants.
Les tensions que l’on observe et qui se manifestent en rafale en ce début de saison touristique, montrent que ce « vivre ensemble » est en crise.
Dans l’urgence des situations il faut faire face sans faiblesse aux actes de destruction et d’intimidation. Il faut en même temps favoriser les espaces de concertation et d’animation comme cela se fait pour étendre et régénérer la réserve de Scàndula, rénover le GR 20, produit touristique essentiel pour l’intérieur de la Corse, dont les structures en montagne, obsolètes, doivent être repensées, et rétablir dans son intégrité l’accès à la mer sur des plages qui sont un bien commun de tous les Corses et qui doivent rester un lieu de liberté tout en cohabitant avec l’exploitation commerciale dans le respect des règles telles que définies dans le Padduc.
Les équilibres de ce « vivre ensemble » ont été abordés dans le Padduc. Il ne faut surtout pas sous-estimer le point d’appui que ce document, validé par une procédure politique complète, représente pour avancer. Est-il infaillible ? Bien évidemment non, et les mises à jour sont toujours possibles dès l’instant que la bonne foi est au rendez-vous. Est-il nécessaire pour l’avenir ? Bien évidemment oui ! Repartir de zéro serait une folie. Il faut résister à la remise en cause des espaces stratégiques agricoles au détour d’une guérilla juridique mal intentionnée, et il faut remettre l’occupation du Domaine Public Maritime « dans les clous » car c’est une exigence massivement exprimée par le peuple corse.
Ce n’est qu’au prix d’une régulation exigeante, dont les moyens incombent pour l’essentiel aux compétences qui sont celles de l’Etat, que les excès seront endigués et les situations normalisées.
Dès aujourd’hui il faut montrer que ce cap est fixé de façon ferme et définitive pour que les tensions s’apaisent.
François Alfonsi.








