Settimanale naziunalistu corsu dapoi 1966

N°2908

da u 23 à u 29 d'ottobre di u 2025

Umagiu

Nom : Simeoni, Prénom : Max

Max

le 18/10/2025

Par François Alfonsi

Un documentaire très réussi de Pierre Dottelonde

Via Stella a diffusé pour la première fois vendredi 17 octobre 2025* le documentaire réalisé par Pierre Dottelonde sur le rôle essentiel joué par Max Simeoni dans l’Histoire du mouvement nationaliste corse depuis les années 60 jusqu’à son décès en septembre 2023, à l’âge de 94 ans.

«Une vie au service de la Corse » : le titre du documentaire résume le parcours de celui qui a été à la fois un penseur et un homme d’action, attaché avant tout à promouvoir des outils collectifs pour peser sur le cours de l’Histoire du peuple corse.

Ces outils, il les a conçus, et il les a créés. C’est bien sûr le cas d’Arritti, notre journal hebdomadaire, avec deux objectifs : avoir un moyen de contre-information face aux médias dominants qui, en 1966, étaient entièrement contrôlés par l’État et le clan ; et aussi créer, notamment autour de la fonction éditoriale que Max a assuré durant plus d’un demi-siècle, une « communauté de pensée » apte à interpréter l’actualité de chaque semaine à l’aune des thèses autonomistes qu’Arritti a toujours défendues.

L’autre outil indispensable à ses yeux était le parti politique, ou, à tout le moins, l’enracinement d’une force organisée capable de canaliser les énergies militantes sur le terrain. Son action, déployée sans discontinuer, est à l’origine de la création de l’ARC, puis de l’UPC, et de tous les partis qui se sont succédé dans le combat pour l’autonomie.

Le documentaire de Pierre Dottelonde s’appuie sur de nombreuses images d’archives, à commencer celles de ses éditos publiés dans Arritti, sur les témoignages de ceux qui l’ont côtoyé durant toutes ces années, ou qui, comme Andrìa Fazi, a mené un travail approfondi avec lui en tant qu’historien.

Confronté à la toute-puissance du clan dans les années 60-70, dont la chape dominatrice étouffait dans l’œuf toute velléité de promouvoir un discours d’autonomie en Corse ; confronté aux barbouzes et à la répression dans l’après-Aleria à la fin des années 80 ;  confronté dans les années 80 et 90 aux difficultés des politiques d’union des nationalistes dont il a été le maître d’œuvre malgré le fossé de la clandestinité : Max Simeoni a patiemment construit durant toutes ces années un credo politique résumé dans ses éditos. Ce credo tenait en quelques principes : affirmation sans ambages de son nationalisme corse ; volonté de se battre pour « l’Union du Peuple Corse » et pour son droit à être une nation reconnue en Europe ; refus, quel qu’en soit le motif, de tout affrontement physique entre Corses.

La plus grande meurtrissure reçue durant toutes ces années est certainement celle de l’assassinat de Robert Sozzi, et de l’engrenage que ce meurtre revendiqué par le FLNC provoqua, entraînant des dizaines de militants nationalistes dans une guerre fratricide terriblement meurtrière.

Les accords de Migliacciaru de 1999 ont mis un terme à ce chaos, et le nationalisme a pu repartir à petits pas vers une second souffle qu’il retrouva à partir de 2010, année de l’irruption sur la scène politique corse de Gilles Simeoni. Max Simeoni a été partie prenante de toutes ces années.

Face aux succès électoraux nationalistes de son neveu à compter de l’élection de Bastia en 2014, preuve s’il en est que le Peuple Corse avait démocratiquement décidé d’exister dans l’Histoire, Max Simeoni ne s’est pas laissé griser par le succès ou la fierté familiale. Chacune de ses interventions renvoyaient à ses fondamentaux d’origine, notamment la nécessité d’enraciner une force politique solidement structurée pour assurer l’avenir du combat nationaliste. « Tamanta strada » disaient ceux qui pensaient au chemin parcouru depuis 1966 et la création d’Arritti. « Tamanta strada da fà » leur répondait Max Simeoni qui anticipait déjà les difficultés qui surgissent dix ans plus tard.

Ce que Max Simeoni a laissé comme souvenir marquant de son engagement tient à sa capacité unique d’anticipation. Ce pessimisme de la raison ne lui a pas assuré une popularité facile. Mais Max laissera pour toujours le souvenir d’un dirigeant politique rigoureux, courageux, affectueux et, en fait, irremplaçable. •

* Le film-documentaire « Nom : Simeoni, Prénom : Max. Une vie au service de la Corse » reste visible sur la plateforme France TV : https://www.france.tv/france-3/corse-viastella/

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