Alors que les communes votent leur budget pour la dernière fois de la mandature en cours, les esprits sont déjà tournés vers les prochaines échéances, municipales en 2026, présidentielles puis législatives en 2027 et, en mars 2028, nouvelles élections territoriales.
Entretemps, les élections municipales auront conduit à un vaste renouvellement des gouvernances locales dans les intercommunalités, dans plusieurs structures telles que le parc régional, les syndicats de l’énergie ou le Syvadec, sans oublier le poste de sénateur de la Corse du Sud jusqu’ici occupé par Jean Jacques Panunzi, prêt à tout pour faire échouer l’autonomie de la Corse. Sa réélection par les maires nouvellement élus ou renouvelés serait un bien mauvais signal.
Les municipales focalisent désormais les esprits dans un climat de polémique agité dont le dernier conseil municipal d’Aiacciu a donné à entendre les éclats de voix et d’invectives, sur fond de recours judiciaires et d’enquêtes financières. La municipalité en place, fragilisée, dénonce ses opposants comme des « indics », situant ainsi le niveau des débats.
À Bastia, les opposants à la mairie sortante ont fait entendre leur union de circonstance lors d’une conférence de presse revancharde rassemblant le ban et l’arrière-ban des « élus d’avant », avec le renfort de certains nationalistes. La polémique qui en est issue entre les secrétaires nationaux du PNC et de Femu a Corsica inquiète ceux qui savent les conséquences néfastes que la perte de la mairie de Bastia aurait pour le camp progressiste et autonomiste corse. D’autant plus rageant qu’à Bastia il n’y a aucune catastrophe annoncée comme l’est le téléporté ajaccien, ni de polémique réelle sur aucune des réalisations de la municipalité sortante.
L’Assemblée de Corse n’a pas échappé à ce climat de tension, et la polémique inutile entre le groupe Core in Fronte et la présidente de l’Assemblée a des effets fâcheux dans une opinion corse en proie au doute. L’adoption du budget s’est finalement faite grâce à la majorité absolue dont Gilles Simeoni bénéficie, et la stabilité de l’Exécutif n’est pas en cause. Mais, face à l’Etat, alors que les opposants à l’autonomie de la Corse ne désarment pas, comme le montre la campagne menée au Sénat contre Paulu Santu Parigi par les élus proches du ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, de tels emportements sont contre-productifs.
Car la marche vers la réforme constitutionnelle permettant d’accéder à l’autonomie de la Corse doit rester notre priorité politique. La fièvre électorale qui s’annonce ne doit, en aucun cas, conduire à lâcher la proie pour l’ombre, surtout au sein du mouvement nationaliste.
La fenêtre est encore ouverte durant l’année 2025 pour que les écritures constitutionnelles des accords de Beauvau soient converties en une réforme constitutionnelle bien réelle. Ce sera le bilan essentiel de dix années de leadership nationaliste à l’Assemblée de Corse. Certes des circonstances extérieures peuvent l’empêcher, à commencer par la fragilité du gouvernement Bayrou. Mais si l’opinion corse finit par estimer que ce sont les nationalistes eux-mêmes qui ont gâché les chances d’une avancée vers l’autonomie, aucun n’en sortira indemne lors du scrutin de 2028 !
Les échéances qui s’annoncent ne sont pas qu’électorales, elles sont avant tout politiques. La future première Assemblée de la Corse autonome sera-t-elle présidée par des forces anti-autonomistes ? Ce serait, au regard de l’Histoire qui s’écrit, un résultat politique désastreux pour nous. Or, au bout du parcours électoral qui s’ouvre avec les prochaines municipales, particulièrement à Bastia, c’est ce scénario qui pourrait s’écrire alors que le peuple corse attend depuis plus d’un demi-siècle l’inscription de l’autonomie de la Corse dans la constitution française.
Il est encore temps d’éviter ce grand gâchis en revenant à la seule boussole qui doit nous guider : l’avenir du peuple corse. Mais, quand les esprits s’échauffent, le discernement peut céder la place à l’aveuglement. •








