Est-ce si grave de perdre sa langue ? Le latin et le grec sont aujourd’hui des langues mortes. La précarité ? Le plus pauvre de notre société n’est pas le plus pauvre du monde. L’accès au logement ? Tous les pays connaissent ce problème. La violence ? Elle habite chaque être vivant. Le coût de la vie ? Il reste inférieur à celui de la Guadeloupe et de la Martinique.
Les enjeux de la société corse ne sont pas uniques. Puisque tout passe, puisque ces enjeux sont les défis de toutes les civilisations, à quoi bon résister ?
Une journaliste posait un jour la question au président de l’Assemblée de Corse : « À quoi cela sert-il de parler corse ? », sur une chaîne d’information en continue.
Parce qu’il y a, en chacun de nous, une blessure nostalgique quand on parle de ce qui fut — bien souvent avec illusion. Un regret pour ce qui a été. Une fausse idée de ce qu’est le passé, souvent idéalisé car non vécu. Et parce qu’on ne l’a pas connu, on s’imagine qu’il était une meilleure solution.
Mais pour lutter contre cette fatalité, il y a une réponse : s’engager. Pourquoi est-ce important de s’engager pour la Corse ? Parce que l’engagement, c’est la mise en mouvement de l’être. C’est le désir de servir une cause juste. En s’engageant, on s’oblige à servir.
On s’engage pour lutter contre des idées, pour faire valoir ses droits. On s’engage politiquement, militairement, pacifiquement.
S’engager, c’est faire le premier pas vers un monde moins imparfait.
D’où cette question intime : de quelle manière puis-je m’engager ?
S’engager pour transmettre. Transmettre sa langue. L’apprendre si nécessaire, parce que c’est elle qui nous rassemble. Une langue, c’est le tissage du lien social. C’est elle qui sauvegarde un peuple.
S’engager dans une lutte solidaire pour contrer la précarité.
S’engager pour ne pas oublier notre histoire — il existe suffisamment d’ouvrages dans les librairies sur notre peuple pour ne pas devoir espérer quoi que ce soit de l’État.
L’engagement, c’est se mettre en mouvement pour une cause. De Pascal Paoli aux luttes du FLNC, l’engagement construit l’histoire d’un peuple.
S’engager dans le présent pour faire vivre a lingua materna, a nostra cultura, u nostru pòpulu. Parce que le devenir du peuple corse repose dans nos engagements.
Ces préoccupations sont au cœur de la démarche de Femu Ghjuventù, c’est pourquoi j’ai choisi de m’y engager et d’y militer.
La Corse mérite de voir ses sentiers arpentés par les successeurs de ceux qui les ont tracés.
C’est en s’engageant, en participant aux fêtes qui célèbrent son passé, que l’on peut ressentir ce sentiment commun et pourtant singulier d’être Corse — et que nous redonnons à l’île sa vitalité.
La Corse mérite de voir ses villages repeuplés par les siens.
Elle mérite que ses montagnes et sa plaine résonnent des échos de notre langue et de nos chants. •
Baptiste Canarelli.








