Settimanale naziunalistu corsu dapoi 1966

N°2902

da l'AA à u 17 di settembre di u 2025

Foncier agricole

Et si la solution était l’autonomie ?

RPS

le 14/09/2025

Par Fabiana Giovannini

« De tous les enjeux d’aménagement du territoire, l’avenir des terres agricoles est le plus prégnant. Durant des décennies, des milliers d’hectares ont été artificialisés, transformés en lotissements ou en zones industrielles, et sont perdus à tout jamais pour la production agricole. L’objectif de l’autosuffisance alimentaire est menacé par ces dérives. Une autre politique est indispensable désormais, dont la priorité doit être la préservation efficace du foncier et de sa vocation agricole », ainsi présentait R&PS son débat sur la problématique foncière des terres agricoles, intitulé « Garantir le foncier agricole contre la spéculation ». Pour l’animer, sous la direction de Claire Gago pour R&PS, Jean-Baptiste Arena, président de la Chambre d’agriculture régionale de Corse, Émilie Claudet, membre de Terres de lien, David Cormand, eurodéputé EELV du groupe Verts ALE. Extraits.

Ghjuvan’Battista Arena ouvrait le débat, décrivant l’importance en Corse de la société agrosylvopastorale et de l’impact du problème du foncier agricole par la spéculation immobilière. De forts enjeux économiques et donc, inévitablement, une toute aussi forte pression mafieuse qui touche d’ailleurs toutes les îles de Méditerranée. Le président de la Chambre d’agriculture se distingue d’emblée de tous les responsables agricoles par le passé en abordant cette problématique de plein fouet. « Nous sommes aux responsabilités à la Chambre depuis maintenant huit mois, nous avons commencé à mettre en place plus qu’un programme, ce qui est un projet de société qui va bien au-delà du simple modèle agricole ou monde agricole » explique Battì Arena, « l’agriculture en Corse a été pendant des siècles le ciment et la pierre angulaire de notre société agropastorale ». Il salue ainsi l’année du cinquantième anniversaire des événements d’Aleria, parle du choc frontal qu’a été le tourisme et la société de consommation. Tourisme qui est venu sortir la société corse du marasme économique dans lequel elle était plongée depuis deux siècles, « mais qui est venu aussi apporter des méfaits, notamment une spéculation immobilière à outrance, avec en toile de fond, en face des agriculteurs, des syndicats, des chambres, des dérives d’urbanisme et certaines équipes mafieuses qu’il va falloir combattre pour préserver ces terres, parce qu’on a bien compris qu’aujourd’hui l’enjeu a dépassé le cadre du béton dans les villes ou le périurbain, pour toucher des zones agricoles, des zones vierges ».

Battì Arena identifie trois types de spéculation, l’urbain et périurbain « où la démographie explose avec 4 à 5.000 arrivants tous les ans, une spéculation interne au monde agricole avec la course aux primes à travers le recensement de surfaces sur certaines exploitations pour toucher plus de primes, enfin une spéculation plus dangereuse à travers des groupes mafieux qui se positionnent désormais pour acquérir des terres agricoles ». La chance c’est que « pour une fois les planètes sont alignées » dit encore Battì Arena, avec la présence à « l’Exécutif de Corse, l’Odarc, la Chambre d’agriculture régionale, la Safer, pour la première fois nous pourrons combattre ce système de manière plus sereine ». Il entend travailler sur toutes les problématiques, l’eau, l’aspect sanitaire, « et bien entendu le socle qui est le foncier », avec notamment le travail sur les PLU, « chose qui n’était pas fait jusqu’à présent ».

« Il va falloir travailler aussi sur l’agriculture nourricière, en Corse il y a tout à faire et à réinventer ».

La Chambre met en place des outils pour « reconquérir le foncier » : la collaboration avec l’Office Foncier de Corse, la Safer mais aussi avec toutes les communes de Corse. La mise en place de circuits courts, l’apport en ingénierie, la volonté de récupérer des terres, de les mettre en valeur pour les restituer aux agriculteurs sous la forme de baux agricoles, le besoin d’inciter aux cultures maraîchères, au blé, il y a des projets sur tout dit encore Battì Arena.

Émilie Claudet présente l’association Terre de Liens qui accompagne des porteurs de projet dans la recherche de foncier non exploité afin de les leur mettre à disposition. L’association accompagne aussi les collectivités « dans leur recherche de foncier ou dans leur mise à disposition de ce foncier pour les porteurs de projets ». Un accompagnement également sur le plan du développement territorial, en apportant un appui technique aux agriculteurs. Actuellement l’association mène un travail en ce sens auprès des agriculteurs bio de Corse notamment pour les maraîchers bio soutenus dans leur activité.

« Il faut savoir que la Corse produit seulement 4 % de ce qu’elle consomme » explique Émilie Claudet, « l’autonomie alimentaire est un enjeu très important pour la Corse ».

La surface agricole maraichère est d’environ 400 ha dont 100 ha d’agriculture biologique pour environ 50 exploitants, ce qui est faible. La majorité des installations bio sont de maraîchage, arboriculture, volaille, élevage, de petites exploitations à taille humaine qui produisent énormément de travail et concentrent des compétences, il faut les aider. Elle insiste sur l’importance de l’action citoyenne : « chacun peut avoir son poids dans la conservation des terres agricoles ».

Député européen, David Cormand apporte la perspective européenne, siégeant depuis 2024 à la commission Agriculture du Parlement européen. « L’Union européenne dispose de tous les leviers d’action, levier réglementaire, avec le pouvoir sur le marché intérieur, sur les conditions dans lesquelles on commerce les matières agricoles et alimentaires, levier sur les traités internationaux (Mercosur par exemple), et levier budgétaire, avec la PAC qui représentait entre 30 et 40 % du budget de l’UE ».

« Depuis 50 ans, le parti pris politique en Europe a été d’industrialiser l’agriculture avec tout un tas d’effets pervers en mettant en valeur des acteurs économiques qui sont des ennemis objectifs des paysans : les géants de l’agrochimie et de l’agro-industrie, de l’agroalimentaire, et de la grande distribution » déplore David Cormand qui cite des chiffres résumant le désastre que cette vision a provoqué : « 3 % des fermes possèdent plus de 50 % des terres, et 75 % des fermes ne possèdent que 11 % de la surface agricole utile. Entre 2005 et 2020, il y a eu en Europe 4,6 M d’exploitations de moins de 5 ha qui ont disparu ».

« Aujourd’hui s’installer en tant que paysan, c’est des investissements énormes au vu des espoirs de revenus qu’on peut avoir ensuite » dit encore David Cormand qui parle de « cannibalisme agricole qui pousse à la disparition des fermes ».

« La quasi-totalité des politiques publiques visent à ça » : augmentation de la taille des fermes, activités exclusives pour les rendre compatibles avec la grande distribution.

De fait, cela a « confisqué la capacité d’autonomie alimentaire des territoires ».

Il parle du futur projet de budget européen et des dangers qui pèse actuellement. La proposition de la commission est de fusionner les deux piliers dans un énorme paquet budgétaire où les politiques de cohésion qui permettent d’accompagner les régions dans leur développement seront découpées en 27 budgets nationaux. « Et c’est la commission qui négociera en direct avec les États ». Il y a donc là un gros combat à mener pour conserver une maîtrise pour les territoires.

Il énumère les champs d’action de son groupe pour lutter contre cette vision agricole : besoin de transparence sur la propriété foncière, travailler sur un registre européen, avoir un suivi sur les transactions immobilière, travailler sur les Safer pour éviter qu’elles ne dévient de leur rôle, arrêter la course à l’augmentation des surfaces agricoles en instaurant un plafond de taille maximum, protéger et accompagner les nouveaux entrants, encadrer les prix pour empêcher la spéculation, arrêter l’artificialisation, accompagner les petits paysans…

Le débat s’ouvre et aborde diverses problématiques qui élargissent le débat foncier à tout le débat agricole : les hypothèques sur les agriculteurs et leur outil de travail, « c’est la première profession au niveau des suicides », il faut donner « le droit aux gens de vivre de leur travail, et le droit de travailler à un juste prix ». Pour certains, la Safer est une grande « fumisterie », avec une répartition des terres « aux copains ». Il faut combattre cette image et redonner toute sa force au rôle que cet organisme doit tenir pour les agriculteurs. « Le grand banditisme pénètre le milieu agricole pour s’emparer du foncier. D’où la nécessité de travailler en synergie Safer-Odarc-Chambre-filières ». C’est indispensable.

L’organisation du foncier agricole passe par l’élaboration et le respect des documents d’urbanisme, le respect du Padduc et de ses espaces stratégiques agricoles. Seule façon de développer une véritable « agriculture nourricière » clé de l’autonomie alimentaire à bâtir. Tout se tient. Identifier les terres, les remettre en bail, partir « à la reconquête » : l’accès à la terre, les conditions de cet accès, la question du revenu, sont des problèmes cruciaux pas seulement pour le monde agricole, mais pour le développement économique de la Corse.

« L’agriculture est le seul secteur économique où l’acteur ne décide pas du prix de vente ». Donc problème aussi d’une centrale d’achat, des compagnies de transport et du besoin de repenser la continuité territoriale, problème encore de la grande distribution « qui nous maintient comme clientèle captive ». La Corse sur le plan agricole est « extrêmement dépendante de l’extérieur ». Problème encore de la filière d’élevage, etc, etc.

Il faut « reprendre le pouvoir sur notre économique, ne plus être dépendant du bateau, le conteneur c’est l’ennemi de la démocratie ». Mais il y a de l’espoir, « le système est en train de craquer, il faut rester solide sur nos appuis ». Se servir désormais de tous les leviers d’action dont on dispose. Parmi ceux-ci, non des moindres, demain espérons-le, un statut d’autonomie de plein exercice qui permettra d’impulser des politiques plus dynamiques, de réguler le marché foncier, de protéger les terres et les agriculteurs de la spéculation, des dérives financières et des menaces mafieuses, de soutenir l’économie productive. •

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