Settimanale naziunalistu corsu dapoi 1966

N°2930

da u 2 à l'8 d'aprile di u 2026

U mo parè

La politique de l’épuisement

autonomie

le 03/04/2026

Par François Joseph Negroni

Le 25 mars, les six parlementaires corses étaient reçus à Paris par Françoise Gatel, ministre de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation. L’ordre du jour était connu : le calendrier d’examen du projet de loi constitutionnelle sur l’autonomie de la Corse. Ce texte — adopté en Conseil des ministres en juillet 2025, validé par l’Assemblée de Corse à une écrasante majorité depuis mars 2024 — devait être débattu au Sénat en mai. Il ne le sera pas. Motif invoqué : l’engorgement législatif. La Corse devra attendre.

Gilles Simeoni l’a nommé sans détour : un enterrement de première classe. On ne saurait mieux dire. Si le Sénat renvoie l’examen du texte après ses propres élections, le processus bascule dans une nouvelle temporalité : celle de l’après-2027, des recompositions parlementaires, des majorités incertaines. Ce n’est pas un accident de calendrier. C’est un choix politique. Et ce choix a un nom : l’épuisement organisé.

Quatre ans. Toujours rien.
Il faut remettre les choses en perspective, sans complaisance. Ce processus n’est pas né dans le vide. Il est né dans la douleur. La mort d’Yvan Colonna, assassiné dans sa prison par un codétenu radicalisé, avait provoqué une crise politique majeure. Le président de la République s’était rendu en Corse. Il avait promis. Le ministre de l’Intérieur avait ouvert une négociation inédite. La Corse, pour la première fois depuis des décennies, avait parlé d’une seule voix — nationalistes et non-nationalistes, autonomistes et élus de droite avaient signé une écriture constitutionnelle commune. Ce n’était pas un brouillon militant. C’était un acte politique majeur, couvert par la parole de l’État.
Quatre ans plus tard. Le texte a été adopté en Conseil des ministres — après qu’il ait fallu l’arracher. Il a été inscrit à l’agenda du Sénat en mai — il en est retiré. Paulu-Santu Parigi et Michel Castellani présentent désormais des propositions dites concrètes : désigner les rapporteurs en juin, sanctuariser un calendrier, viser un Congrès en octobre 2027. Ce sont des propositions sérieuses, portées avec professionnalisme. Elles disent aussi quelque chose d’accablant : en 2026, pour un processus qui engage la question constitutionnelle d’un peuple, nous en sommes à négocier le nom d’un rapporteur. L’inscription sur un ordre du jour. L’ordre de passage entre les deux chambres.
L’argument de l’engorgement législatif mérite qu’on s’y arrête. Il est réel, certes. Le Parlement français a effectivement un agenda chargé. Mais on notera que les textes qui trouvent toujours leur place sont ceux que l’État juge prioritaires. La loi de programmation militaire. La résilience numérique. La sécurité du quotidien. Quand Paris veut faire passer un texte, il le fait passer. Quand il temporise, c’est un choix. Habiller ce choix en contrainte administrative, c’est traiter la Corse comme elle a trop souvent été traitée : une question secondaire, reportable, gérable à plus tard.

L’indifférence, plus redoutable que l’hostilité
Il ne s’agit pas de nourrir la thèse du complot. L’État français n’a pas besoin d’une stratégie coordonnée pour différer indéfiniment la question corse. Il lui suffit de fonctionner normalement, c’est-à-dire de traiter l’île comme une périphérie dont les revendications peuvent attendre la prochaine fenêtre de tir. Cette indifférence structurelle est plus dangereuse que l’opposition frontale. Elle ne s’assume pas, ne se combat pas à découvert, ne donne pas de prise directe. Elle avance masquée derrière la technicité des procédures et la neutralité apparente des agendas.
Et pendant ce temps, le coût est réel. La Corse continue de se dépeupler de ses jeunes, de voir son foncier partir à des mains étrangères au pays, de dépendre d’une énergie qu’elle ne contrôle pas, de porter une langue que la République refuse toujours de reconnaître. Ces réalités ne s’améliorent pas en attendant. Elles s’aggravent. Chaque année de report, c’est une classe qui ferme dans un village de l’intérieur, une famille qui ne trouve pas à se loger, un jeune diplômé qui part. Le temps politique que Paris gère avec désinvolture, c’est le temps de vie d’un peuple. Il n’est pas extensible.

Tenir la ligne, agir maintenant
Face à ce constat, deux exigences s’imposent, simultanément et sans hiérarchie entre elles.
La première est institutionnelle. Gilles Simeoni a raison de demander que le texte soit examiné en premier par l’Assemblée nationale. Si le Sénat est le verrou, il faut chercher une autre porte. La Constitution prévoit plusieurs voies — il faut les explorer toutes, sans s’enfermer dans le respect de traditions parlementaires que personne n’a jamais opposées à d’autres territoires pour des questions comparables. Le calendrier doit être contraignant, opposable, non négociable. La parole donnée doit être tenue. Et si elle ne l’est pas, il appartient au mouvement national d’en tirer les conséquences politiques avec clarté.
La seconde est territoriale. Car une autonomie qui arrive dans dix ans, après dix reports, ne sauvera pas les classes qui ferment aujourd’hui. Elle ne rendra pas le foncier à ceux qui l’ont perdu. Elle ne fera pas revenir ceux qui sont partis. L’exigence constitutionnelle doit s’accompagner d’une action immédiate — dans les mairies fraîchement conquises, dans les intercommunalités qui se reconfigurent cette semaine, dans les investissements que la Collectivité peut décider maintenant avec les compétences qu’elle détient déjà. Construire l’autonomie dans les faits avant de l’obtenir dans les textes : c’est une politique de responsabilité, pas une résignation.
Depuis 2015, le mouvement national a démontré qu’il pouvait gouverner. Il a démontré, dimanche dernier encore à Bastia, qu’il pouvait tenir face à des coalitions construites pour l’abattre. Il doit maintenant démontrer qu’il sait aussi ne pas se laisser épuiser par des reports successifs. Que sa détermination n’est pas une posture cyclique mais une constante. Que chaque recul de Paris est un argument de plus pour accélérer ce qui dépend de nous, ici, maintenant.
Quatre ans. Un texte adopté, un calendrier retiré, une promesse ajournée.
Le processus n’est pas mort. Mais il ne vivra que si nous refusons d’en accepter l’enterrement. •

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