Samedi 4 avril se tenait la séance d’installation du nouveau conseil communautaire de la CAPA (communauté d’agglomération du Pays Ajaccien), l’occasion de renouveler son bureau par l’élection du président et des vice-présidents.
C’est sans surprise le maire réélu d’Aiacciu qui s’installe à nouveau dans le fauteuil de président. Concernant les vice-présidences, comme le veut la tradition, sur les 13 sièges à pourvoir, 10 sont consacrés aux maires des 10 communes du territoire, la couleur politique des édiles ne rentrant pas en ligne de compte dans une logique de co-construction, dans l’intérêt de l’ensemble des communes du Pays Ajaccien.
Néanmoins, cela l’a été de 2001, date de création de la Communauté d’agglomération, à 2017, où la façon de procéder a évolué sous la présidence de Laurent Marcangeli. Son attitude délétère et virulente vis-à-vis de Jean Biancucci, maire nationaliste de Cutuli è Curtichjatu, l’a poussé vers la sortie du bureau de la CAPA, siège qu’il n’a jamais retrouvé à ce jour, privant les habitants de la commune de représentation au sein de l’instance.
« Comme c’est le cas depuis 2020, et ce malgré les tentatives de dialogue de notre part, la majorité communautaire poursuit sa politique d’ostracisation de la représentation démocratiquement élue de Cutuli è Curtichjatu et de sa population. »
Seulement, cette nouvelle séquence politique a vraisemblablement exacerbé le mépris que l’exécutif communautaire a vis-à-vis de ceux qui ne cautionnent pas leur politique, les poussant à dépasser toutes les limites du respect démocratique et de l’esprit de co-construction qui devraient régner dans une instance comme celle-ci.
Voilà qu’après avoir téléguidé un candidat face à Jean Biancucci, en la personne de Paul Corticchiato — qui n’est autre que le mari de la seconde adjointe au maire d’Aiacciu —, ils ont jugé bon de le faire élire vice-président en lieu et place du maire de Cutuli è Curtichjatu, alors même qu’il a été battu démocratiquement par les urnes.
C’est d’ailleurs la première fois depuis sa création en 2001 qu’un élu d’opposition est élu à la place d’un maire ou d’un de ses adjoints pour représenter une commune.
Quel pire déni de démocratie et quel mépris vis-à-vis des habitants de la commune qui ont tranché de façon nette en faveur de Jean Biancucci ?
Si ce procédé est parfaitement légal, il n’en est pas moins illégitime et injuste. Il s’inscrit pourtant en décalage avec les mots de Stéphane Sbraggia prononcés seulement quelques instants avant : « Je vous garantirai la meilleure expression parce que je pense qu’effectivement le débat contradictoire est quelque chose d’essentiel […] Je suis très attaché à cette notion de pacte communautaire. »
Une fois le vote déroulé, Jean Biancucci a pris la parole : « Le bruit courait déjà depuis des semaines, il fallait absolument que le maire de Cutuli ne soit pas vice-président. Tout a été mis en œuvre pour ce faire. Il s’agit d’un véritable déni de démocratie, d’un acte qui tourne le dos aux résultats des élections de notre commune. »
Le président a rétorqué en expliquant qu’on ne pouvait pas s’opposer à eux tout en voulant siéger dans les instances, comme si la coopération entre communes ne devait pas se placer au-dessus de telles considérations dans l’intérêt de tous. Ces méthodes ne sont pas sans rappeler celles des « copains » français de la droite ajaccienne. En effet, Véronique Sarselli, nouvelle présidente LR de la métropole de Lyon, a jugé bon de définir Jean-Michel Aulas, candidat malheureux de la droite aux élections municipales de Lyon, comme interlocuteur privilégié entre la ville et la métropole, au détriment du maire écologiste Grégory Doucet. Même logique : la droite française favorise les copains avant la démocratie et les choix clairs de la population.
Les élus nationalistes ont finalement quitté le conseil après que Romain Colonna, élu d’opposition Aiacciu Vivu, s’est vu refuser la parole à trois reprises, entrant encore une fois en contradiction avec le fameux « débat contradictoire essentiel » de Stéphane Sbraggia.
Les habitants du Pays Ajaccien méritent mieux que l’affrontement et le mépris ; ils attendent seulement que leur voix soit respectée. •








