Settimanale naziunalistu corsu dapoi 1966

N°2949

da u 10 à u 16 di sittembre di u 2026

Fundimenti naziunali

Éloge et défense de la “communauté de destin”

FLNC IFF

le 10/09/2026

C’est un des débats majeurs qui vient de s’ouvrir sous la pression d’une extrême droite dite « identitaire », Mossa Palatina, issue à l’origine du mouvement nationaliste, puis qui a passé un accord politique avec le Rassemblement national de Marine Le Pen. Arritti vous propose pour l’aborder de très larges extraits d’une contribution de Jean-Félix Acquaviva postée sur les réseaux sociaux, sous le titre : « Paoli, réveille-toi, ils sont devenus fous ».

Un des derniers évènements en date, et non des moindres, est la remise en cause à l’emporte-pièce du peuple corse en tant que communauté de destin. D’abord par des nouvelles tendances « identitaires » parlant exclusivement « d’ascendance », ensuite, récemment, par la communication du FLNC-UC qui leur a finalement emboîté le pas, en important, jusque dans les mouvements dits « d’émancipation nationale », les termes caricaturaux du débat politique français.

Une croissance démographique
produite par des apports externes

Il est évident que la Corse fait face à une croissance démographique importante, produite par des apports externes. Pour une très grande part, ce flux est la conséquence de la spéculation foncière et immobilière et d’une logique de résidentialisation de familles venant du continent français qui ne sont pas issus d’une immigration d’Afrique du Nord.
Cette logique, largement facilitée durant des années par l’État, a créé une rupture d’égalité en termes de droit au logement en défaveur des Corses, d’origine et d’adoption. Ce rapport de forces économique imposé facilite une « colonisation de peuplement » qui a pour conséquence une uniformisation culturelle, une dilution/disparition de la langue
et des codes du lien social et culturel insulaire.
De plus s’est amplifié au niveau mondial, européen et français, l’islamisme. En Corse, fort heureusement, ce phénomène ne s’est pas encore imposé comme un fait majeur. La réalité corse est sans commune mesure avec ce qui se traite sur les plateaux télé à propos des villes françaises. Ramener la réalité démographique de la Corse à celle du continent français est un raccourci réalisé pour nourrir des réalités politiques nauséabondes.
À la très grande majorité de la communauté maghrébine qui n’adhère pas à ces thèses, qui veut participer au développement de l’île, l’offre de fraternité et d’intégration doit être faite.
La majorité des membres de la communauté maghrébine est issue d’une immigration de dimension économique. En très grande partie, il s’agit d’une immigration régulière. De l’immigration irrégulière existe aussi. Il convient d’avoir des règles plus précises pour la gérer et la réduire.

75 % des flux arrivant de l’extérieur
sont des français continentaux

En Corse, 75 % des flux arrivant de l’extérieur sont des Français continentaux. Sur les 25 % restant, 54,4 % viennent de pays européens, contre 34,9 % pour la France continentale. La part des immigrés européens en France a tendance à diminuer, tandis qu’en Corse elle a tendance à augmenter. La part d’immigration marocaine est 29,1 % de l’immigration étrangère à la France, mais cette part a fortement diminué : elle était de 42 % en 1999, et de 33 % en 2012. Les personnes d’origine algérienne ne représentent que 3,9 % de la population immigrée. À titre de comparaison, les Portugais sont 24 % et les Italiens 12,4 %.
60 % des SDF de l’agglomération bastiaise sont d’origine française hors Afrique du Nord, 15 % sont d’origine corse, et la part majoritaire des 25 % restants vient des anciens pays de l’Est.
Ce constat clair a de quoi largement mettre au rebut les thèses affirmant que nous sommes envahis par des vagues submersives venues d’Afrique du Nord.
A contrario, la résidentialisation secondaire est en forte progression. Selon l’Insee, en 2019, 37 % des résidences secondaires appartiennent à des résidents fiscaux insulaires, 8 % à des étrangers hors de France, 55 % à des personnes dont la résidence fiscale est en dehors de l’île et se situe sur le continent français. Enfin, phénomène nouveau qui s’accentue, la fuite de l’insécurité et la recherche d’un cadre de vie qualitatif poussent de plus en plus de couples et de familles à acquérir un bien pour s’installer et tenter leur vie en Corse.
Le phénomène lié à la résidentialisation est donc massif, et, sans conteste, le principal moteur des mouvements démographiques à l’œuvre en Corse.

La mafiosisation
n’est pas née de l’immigration

Sur le plan des bandes qui agissent dans le trafic de drogue, le racket, l’immobilier… comment pouvoir sérieusement affirmer que ce problème majeur, son développement dans le temps serait issu de l’immigration ? Chacun sait que ce sont des insulaires qui sont les patrons de ces bandes. Et que s’il y a des membres issus de l’immigration qui agissent dans ce domaine, ils ont très souvent des affidés.
Quant à la « banlieurisation » de la société corse, elle peut toucher toutes les origines, y compris des Corses issus de familles occupant des logements sociaux à Bastia, Portivechju ou Aiacciu, ayant quitté leur village pour la promesse d’une vie meilleure en ville. Personne n’est excusé. Pas plus les maghrébins, ou d’autres origines étrangères, que les Corses prenant cette mauvaise pente. Laisser supposer que, dans le contexte des quartiers, seule une population créerait l’insécurité et serait pourvoyeuse de « racailles » est faux.
Instrumentaliser un fait divers en détournant le sens réel de ce qui s’est déroulé, appeler au rassemblement en jouant sur les peurs, en ciblant toute une population est proprement hallucinant, et clairement démonstratif d’une volonté manipulatrice dès qu’il y a « des » maghrébins mêlés. Mais quand les cas ne concernent que des Corses d’origine, silence absolu. Même pas une seule parole pour les victimes.
Dans notre conception de la société corse et de son évolution, un « caid » de quartier, qu’il soit russe, ukrainien, roumain, portugais, polonais, sénégalais, français, maghrébin ou corse reste un caid qu’il faut mettre hors d’état de nuire.

Qu’est-ce qu’un peuple ?

D’aucuns remettent en cause la conception de « communauté de destin ».
Le simple hasard géographique n’a jamais suffi, et ne suffit pas à définir la communauté. D’autres éléments fondamentaux interviennent.
Le lien viscéral à la terre nourricière, sur une « île-montagne » constituées de vallées cloisonnées et difficiles d’accès.
La nécessaire vision très précise de la gestion de la rareté des ressources et du foncier qui en découle pour l’ensemble des membres de la communauté.
La naissance, le développement et l’évolution, le partage, la transmission d’une langue et d’une culture propres. Faire souche s’est réalisé dans des processus au cours du temps par l’amour de l’île, de son village, de sa vallée, des lieux-dits, des siens et des autres membres de la communauté y partageant les souffrances, les nécessités, le labeur, les deuils, les joies et les espérances.
De cette longue évolution en milieu insulaire, constitué lui-même d’isolats, montagneux et cloisonnés, facilitant des organisations collectives très protectrices se sont transmis des « traces ». La résilience de cette communauté insulaire a été forte. La transmission liée à la tradition orale cultivant la conscience et l’inconscient des individus de cette communauté, a fait que ceux-ci ont perpétués ces « traces » dont le premier élément toujours vivace, malgré tout, reste la langue et la culture immatérielle qui s’y rapporte. Ces traces constituent encore aujourd’hui la singularité et l’originalité du peuple corse.

De Paoli au Riacquistu,
une tradition politique de l’émancipation démocratique

Cette singularité et cette originalité ont été renforcées par la conscience morale et politique d’être un peuple avec des droits face à l’oppression.
Le contrat social, mis en œuvre sous la période de Pasquale Paoli, avait été nourri par les réflexions des intellectuels, religieux et des « pères de la Nation » de cette époque. A Ghustizia paolina, la liberté de votes aux femmes chefs de famille, la liberté de culte, l’éducation et la création de l’Université, tout cela au XVIIIe siècle était très clairement révolutionnaire et progressiste.
Sous la période paolienne, l’accueil des juifs en nombre pour peupler les villages de l’intérieur démontre à la fois la tolérance, le pragmatisme, et la foi en la capacité intégrative de la société corse dans la vision inhérente à la construction de la Patrie. Dans un autre registre, l’échange de bons procédés et diplomatiques avec le bey de Tunis faisait-il de Paoli un suppôt de l’Islam ? Et cela n’enlevait rien à la dimension culturelle et cultuelle chrétienne très présente au sein de la société corse.
C’est l’ensemble de éléments apportés, historiques, politiques, linguistiques, culturels, spirituels et humains qui fonde la trajectoire cohérente de notre singularité d’aujourd’hui. Ce n’est pas le sang pur. Comment ne pas nous rappeler que la Corse accueillit des immigrés fuyant leur situation politique ou pour des raisons économiques : Juifs syriens, Russes blancs, Arméniens, républicains fuyant Franco et des vagues de travailleurs italiens.
L’appartenance ne peut se réduire à l’ascendance, ni à la résidence. La communauté historique, linguistique et de destin comme contrat social est essentielle.
Cette conception, pour se traduire de manière effective, politique, démocratique, culturelle, éducative, économique et sociale, doit se formaliser au travers d’un contrat social moderne, qui doit garantir la justice et l’équité, notamment les droits des plus faibles face aux logiques souvent imposées du « plus fort » (monopoles économiques, dérives mafieuses, lobbys politiques, clientélistes).
Dans cette conception, contrairement aux travestissements grossiers quelquefois véhiculés par certains propos, il n’est aucunement question de renier ses ancêtres. Bien au contraire, il s’agit de donner un sens à ce qui a été réellement leur existence, la constitution de leur fil familial, de leur lien à la terre, et de leur appréhension de l’altérité. Sans mythifier, ni caricaturer.

Non à la logique « ethno-familiale »

Examinons les points de divergence avec ceux promouvant la logique « ethno-familiale » ou « de souche ». Un cousin au 4e degré vit à l’année à l’extérieur avec femme et enfants, a de la famille en Corse et est propriétaire indivis dans un village. Selon certains aujourd’hui, les deux seuls éléments liés à la famille et à l’indivision suffisent à lui attribuer des droits imprescriptibles sur la terre corse. Il aurait plus de droits politiques que la personne résidant en Corse depuis 20 ans, contribuant économiquement et fiscalement dans l’île, ayant appris ou apprenant le corse, faisant de même avec ses enfants. Nul doute que ce cousin au 4e degré fait partie de la diaspora corse. Mais comment considérer qu’il puisse avoir un droit supérieur à celui qui s’investit durablement sur tous les plans en Corse ?
Inversement, si résider en Corse fait remplir de facto des critères essentiels nécessaires à la participation à l’évolution et à la construction de la société corse, cela ne saurait suffire. La volonté d’appartenance à une communauté doit se traduire aussi par d’autres dimensions que celle liée au « hasard géographique » de vie ou au fait de contribuer économiquement et fiscalement dans l’île.

La communauté de destin :
ni dogme intangible, ni concept à abandonner

Défendre la communauté de destin ne doit pas conduire à en faire un concept figé. Il faut entendre une partie des interrogations qui s’expriment aujourd’hui. L’ampleur des arrivées extérieures, dans une île faiblement peuplée, confrontée à l’affaiblissement de sa langue et de sa culture, sous pression foncière et immobilière, avec un solde naturel négatif, modifie nécessairement les conditions dans lesquelles avait été pensée la communauté de destin.
Il faut d’abord rappeler une évidence historique : bien avant d’avoir été conceptualisée et nommée, la communauté de destin a fonctionné dans la société corse. L’histoire du peuple corse n’est pas celle d’une communauté demeurée biologiquement ou généalogiquement immobile. Notre propre histoire nous interdit donc de considérer tout apport extérieur comme une menace en soi. Mais elle nous interdit tout autant de croire que l’intégration serait un phénomène automatique. Un peuple minoritaire sur sa propre terre, dont la langue est fragilisée ne dispose pas de la même capacité d’intégration lorsque les transformations démographiques deviennent rapides et massives.
Il faut donc prendre au sérieux deux risques qui existent simultanément : disparaître par dilution, ou dépérir par absence de renouvellement. Notre défi historique se situe entre ces deux périls.
C’est pourquoi la question démographique ne peut être traitée ni par le déni, ni par la peur. La communauté de destin doit être comprise comme un processus d’intégration organisé autour d’un contrat collectif exigeant : apprendre et transmettre la langue corse, connaître et respecter l’histoire de cette terre, participer durablement à sa vie économique et sociale, partager ses droits mais également ses devoirs, et manifester la volonté de prendre part à son avenir collectif.
Cette conception permet de tendre la main à ceux qui, au sein du mouvement national, interrogent aujourd’hui la communauté de destin. Leur interrogation sur la capacité d’intégration d’un peuple numériquement fragile n’est pas nécessairement illégitime. Mais la réponse apportée ne peut être l’abandon du concept au profit d’une définition exclusivement fondée sur l’ascendance.

U Riacquistu n’a pas été
un détail de l’Histoire

Aujourd’hui la Corse se trouve confrontée :
– Soit à des discours racoleurs prônés par l’union de partis dits nationalistes insulaires avec le RN, où l’on agite la « préférence régionale » sans reconnaissance d’une communauté historique et culturelle et de ses droits, et sans langue corse officielle afin de bien rassurer le flux migratoire majoritaire français
– Soit un recul idéologique et sémantique problématique d’une tendance du nationalisme, le FLNC-UC, recul malheureusement réalisé sous la pression des identarismes français et corse précités.
En revenant sur le concept de « communauté de destin » tel qu’il a été conçu, c’est tourner le dos à des étapes qui ont constitué autant de jalons fondamentaux dans l’Histoire du combat national corse : l’affirmation par le FLNC « unique » de l’époque du peuple corse communauté de destin en 1987, emboîtant le pas à l’UPC de 1977 ; la délibération de l’Assemblée de Corse de 1988 ; ou encore l’Avant-Projet de société de 1989, toujours du FLNC uni ; mais aussi les affinages qui ont suivi, pruposti pulìtichi de l’ANC, u « primu » puis « u sicondu quaternu » du FLNC stòricu du début des années 90.
Il ne peut être responsable de remettre en cause le caractère fondamental, patiemment construit, de la définition d’un peuple au nom de mouvements immédiats de l’opinion, ballotée par les réseaux sociaux.
Nous serons fort heureusement toujours très nombreux, de toutes les générations, à préférer pour notre société les valeurs et le sens des écrits de Ghjuvan’Teramu Rocchi, Ghjàcumu Fusina, Ghjàcumu Thiers, Rinatu Coti, Ghjuvan’Ghjaseppu Franchi, Ghjuvan’Francescu Bernardini, Ghjuvan’Paulu Poletti, Ghjuvan’Claudiu Acquaviva, Natale Luciani, bien sûr Max et Edmond Simeoni, et tant d’autres, que ceux d’Eric Zemmour, Jordan Bardella, Marine Le Pen et Marion Maréchal.
Allora circhemu di ripiglià inseme a vìa bona, quella d’un pòpulu maestru ch’ùn hà paura di sè stessu, nè di l’altri, è ch’ùn si face sbaglià da e voci murtale di e sirene vinute da mar’in là.
Tandu, à pòpulu fattu, bisogna à marchjà. •

Ghjuvan’Felice Acquaviva.

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Chloé Aldrovandi

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