Mossa Palatina est le nom qui depuis 2022 exprime l’émergence d’une extrême-droite identitaire dans la politique en Corse. Son agenda a un moment hésité entre nationalisme corse, dont le fondateur Nicolas Battini est issu, et extrême-droite française dont il s’est progressivement rapproché, au point d’avoir été le porte-drapeau du Rassemblement national de Marine Le Pen aux dernières élections municipales, particulièrement à Bastia où Nicolas Battini conduisait la liste d’extrême-droite « Pòpulu di Bastia ».
Cependant, leur implantation est désormais effective, notamment à travers le score de leur liste à Bastia, plus de 16 % des voix au premier tour, et presque 14 % conservés au second tour dans une triangulaire.
L’émergence de ce discours identitaire, présenté comme anti-islamiste, en vérité volontiers raciste et xénophobe, s’est concrétisé après l’assassinat d’Yvan Colonna, en mars 2022 dans la prison de haute sécurité d’Arles, par un co-détenu islamiste réputé dangereux et radicalisé, mais laissé étrangement libre de ses mouvements par l’administration pénitentiaire.
Les nationalistes, toutes tendances confondues, et toute la jeunesse corse mobilisée dans la rue, y ont vu une manifestation de la vengeance à laquelle Yvan Colonna était promis par l’État profond depuis la mort du préfet Erignac.
Cette analyse a été combattue avec virulence par Nicolas Battini qui voulait à toute force ne voir dans cet acte qu’un attentat islamiste, accusant les mouvements et élus nationalistes d’occulter cette dimension par souci de complaire au discours « altermondialiste » de la gauche européenne.
Dans la suite de cette analyse servant de paravent à sa rupture avec le mouvement nationaliste, Mossa Palatina s’est progressivement implanté, en récupérant à travers les réseaux sociaux, par l’exploitation populiste du moindre fait divers, le rejet grandissant de l’immigration qui, en Corse comme ailleurs en Europe, fait le lit de la progression de l’extrême-droite.
Ce rejet de l’immigration n’est pas nouveau, et il a déjà assuré à Marine Le Pen en Corse, lors des élections présidentielles passées, et au Rassemblement national lors des dernières élections européennes puis législatives de 2024, des scores élevés, alors même que ses candidats étaient d’illustres inconnus dont de purs parachutés continentaux. D’où l’offre de service faite par Nicolas Battini au Rassemblement national qui, sans cet appui, n’avait que peu de chances de s’implanter sur le terrain des municipales.
Quelles sont les perspectives d’avenir de cette nouvelle force d’extrême-droite teintée de « corsisme » qui entend mener une liste aux prochaines élections territoriales de mars 2028 ?
Malheureusement, nulle part en Europe, et encore moins en France où Marine Le Pen est donnée par les sondages comme favorite de l’élection présidentielle dans huit mois, on ne peut spéculer sur une baisse spectaculaire de l’extrême-droite.
Cependant, progressivement, comme prévisible, c’est de plus en plus contre le mouvement nationaliste que Mossa Palatina dirige son discours. Face aux enjeux du temps long de l’évolution politique de la Corse vers l’autonomie, cette obsession politicienne ne peut que refroidir de nombreux soutiens, potentiellement attirés par le discours anti-immigration, mais attachés à ce combat d’un demi-siècle qui engage l’avenir de la Corse. D’autant que le rattachement au Rassemblement national français, seul parti ayant voté comme un seul homme contre l’autonomie de la Corse, constitue un ralliement aux parfums de trahison.
Progressivement, Mossa Palatina est en train de devenir la nouvelle représentation politique insulaire du Rassemblement national. Il va lui falloir assumer la campagne présidentielle de Marine Le Pen sous les couleurs du parti à la flamme tricolore. Le vernis « corsiste » dont il se pare ne peut qu’en pâtir !
Mais beaucoup dans l’avenir dépendra de cette élection présidentielle, de son résultat de second tour, et des élections législatives qui devraient suivre… •








