Le Crédit agricole de la Corse est la banque régionale historique de l’île, plus particulièrement tourné vers le monde agricole, mais au service aussi de particuliers, de professionnels, d’entreprises, avec un rôle prépondérant dans le développement économique de l’île, sa place compte dans ses relations avec les institutions.
Un mouvement de contestation d’ampleur s’est déclenché le 16 septembre lors d’un Comité social et economique extraordinaire en apprenant qu’un projet de rapprochement et/ou fusion était à l’étude entre la Caisse régionale de la Corse et celle de la région Provence Côte d’Azur.
Les 31 agences de l’île se sont immédiatement mises en grève. Emmenée par l’intersyndicale SNECA-CGT, la quasi-totalité des 430 salariés s’opposent à ce qui s’apparente pour eux à une « absorption » où le Crédit agricole de la Corse perdrait son autonomie et son pouvoir décisionnel au profit d’instances continentales méconnaissant la spécificité corse. Évidemment, la crainte pèse sur l’emploi et la suppression de postes dans la réorganisation que cette fusion réclamerait. Mais sont en question aussi l’appui aux choix économiques des institutions de l’île.
Les directions Corse et Provence Côte d’Azur de leurs côtés justifient ce rapprochement par la nécessité de renforcer leurs capacités d’action au niveau financier. À deux, elles représenteraient un véritable « poids lourd » bancaire pesant plus de 60 milliards d’euros d’encours consolidés (épargne et crédits) et 1,1 million de clients. Le projet doit aboutir en 2028 mais il reste flou quant à la répartition des postes de direction, l’éventuelle réorganisation du réseau d’agences dans l’île, la localisation du futur siège social.
Pour l’intersyndicale, il s’agit d’une « absorption » et non d’un rapprochement, dans laquelle « la caisse régionale de la Corse risque tout simplement de disparaître au profit de celle de Provence Côte d’Azur ». Les syndicats dénoncent une décision prise « sans aucune concertation préalable ». Ils réclament des garanties sur le maintien de « l’intégralité des 430 emplois insulaires et la pérennité d’une direction décisionnelle autonome en Corse, et refusent que les dossiers de crédit des clients corses soient arbitrés depuis le continent ».
Ils ont reçu le soutien de la chambre d’agriculture de région Corse qui a fait part de sa « vive préoccupation » également et réclame « le maintien impératif des centres de décision et de la gouvernance mutualiste directement sur l’île, la prise en compte des spécificités insulaires de l’agriculture, l’ouverture immédiate d’une table ronde incluant les salariés, les sociétaires et les institutions ».
La famille nationaliste est vent debout contre ce projet. Core in Fronte a apporté son « soutien total » et s’inquiète de la logique financière qui mène à l’absorption. Idem pour Femu a Corsica : « u putere di decisione deve firmà in Corsica ». Pour Femu, ce projet pose une question de souveraineté locale, le parti craint les conséquences sur le tissu économique. Gilles Simeoni a dénoncé une décision « à rebours tant de l’histoire que des aspirations actuelles du monde économique insulaire de la Corse et des Corses ».
Alors que l’île tente en effet d’arracher après plus de 60 ans de luttes une autonomie politique pleine et entière, cette décision sur la forme comme dans le fond ne pouvait que susciter inquiétude et colère. À suivre. •








