Le centre de recherches océanographiques Stareso de Balagna, le photographe naturaliste Greg Lecoeur, et l’association Naeco basée à Aiacciu, ont été retenus pour un programme financé par l’Agence de l’Eau afin d’établir un « point zéro » de l’écosystème marin et de sa pollution sur les rivages corses de la Méditerranée.
Ce programme est prévu sur trois années pour inventorier la situation environnementale du rivage corse à l’instant T (le « point zéro »), pour pouvoir ensuite évaluer scientifiquement les évolutions par des observations à des intervalles de temps réguliers.
Il s’agit de documenter la présence et le nombre des espèces représentées, l’état des fonds marins (notamment l’impact des déchets immergés), le niveau de présence de pollutions telles que les microplastiques dans les eaux de surface, la température et la qualité des eaux, etc. Ce « point zéro » établi selon des protocoles scientifiques permettra d’évaluer, à intervalles réguliers, l’impact des activités humaines en zone côtière, et celui du réchauffement climatique, à partir d’observations scientifiquement validées.
Inventorier la situation environnementale du rivage corse
En cette première année du programme, la mission s’est centrée sur le littoral ouest de la Corse, de la Balagne au golfe d’Aiacciu, et il a fait halte à Portu pour accueillir des scolaires et le public. Les deux années suivantes étudieront le sud de la Corse, puis les rivages de l’Est et du Cap.
La mission est confiée aux moyens réguliers de la Stareso et elle est complétée par l’affrêtement d’un voilier-laboratoire qui compte à son bord plusieurs scientifiques pour mener à bien une campagne de mesures tous azimuts : température de l’eau selon la profondeur, relevé de présence des microplastiques par un « filet-manta » qui les collecte en surface dans un temps donné, plongée d’observation des fonds marins (présence de macrodéchets, état de l’herbier de posidonie, etc.), prélèvements d’échantillons d’eau de mer à différentes profondeurs pour analyser, à travers les traces ADN relevées, la diversité et la fréquence des espèces qui y séjournent, placer des appareils de photographie sous-marines à forte profondeur pour caractériser l’état des fonds marins,
Cet inventaire complet dressera notamment un état des espèces présentes, leur nombre, leurs habitats, particulièrement celles qui font l’objet de mesures de protection.
Des espèces particulièrement surveillées
Ainsi le corail rouge, vulnérable au réchauffement de la température des eaux et sous la pression de prélèvements excessifs pour alimenter une activité économique de fabrication de bijoux, et aussi sujet à des destructions par les ancres ders bateaux : en évaluer précisément la distribution spatiale dans les fonds sous-marins permettra de mettre en œuvre une politique de protection sur le long terme.
D’autres espèces « sédentaires » sont elles aussi inventoriées : le corail noir, espèce protégée présente à des profondeurs de 50 à 150 mètres, le cladocore, autre corail spécifique de Méditerranée, présent jusqu’à 40 mètres de profondeur, très dépendant du rayonnement lumineux qui lui parvient, et donc de la qualité de l’eau en surface.
Les maerls et les rhodolites, forment des tapis sur les fonds marins et constituent ainsi des habitats pour la reproduction de nombreuses espèces, notamment les oursins, tout en capturant pour leur croissance de fortes quantités de CO2. C’est le chalutage qui est la première menace pour ces écosystèmes.
Rare et avec une présence exceptionnelle en Corse, particulièrement dans la réserve de Scàndula, les trottoirs à lithophyllum, qui sont des agrégations de calcaire formés par une algue. Ils doivent être suivis de près car ils sont par nature sensibles à la montée du niveau de la mer sous l’effet du réchauffement climatique.
Autre espèce très surveillée : la patelle géante, espèce menacée de disparition, endémique à la Méditerranée occidentale, et bien présente sur les rivages de la Corse.
Une attention particulière est apportée aux récifs de posidonie, sortes de monticules végétaux formé par l’enchevêtrement des rhizomes de la plante, jusqu’à affleurer en surface. Il y en a quelques dizaines en Corse, ce sont des structures rares et précieuses, aux services écologiques importants, mais chacun d’entre eux est vulnérable et il faut assurer leur protection.
L’Agence de l’eau, qui est le principal financeur de ce programme à l’échelle de la France, a choisi d’entamer ce travail d’inventaire en Corse. Il y a des raisons naturelles à cela, comme l’importance du linéaire des rivages et leur qualité souvent reconnue. Et aussi en raison d’un opérateur comme la Stareso, présent sur l’île depuis des décennies, et à l’expertise scientifique reconnue. Un exemple parmi d’autres de l’importance d’avoir présents sur l’île des acteurs scientifiques reconnus. •
Photo : Stareso








