par François Alfonsi
La première incertitude est à Paris. Bayrou franchira-t-il le cap du 49-3 et de la motion de censure sur le budget 2025 ? À l’heure où ces lignes sont écrites, le brouillard semble se lever et une éclaircie poindre à l’horizon pour un gouvernement qui, s’il échappe à la censure comme cela semble devoir être le cas, pourra enfin se projeter dans le dossier corse durant l’année 2025 comme promis lors du discours de politique générale du Premier ministre.
Au-delà rien n’est certain, et, de toutes façons la vie politique sera à nouveau polarisée à travers l’échéance des élections municipales de mars 2026.
En attendant une éclaircie politique, le paquebot Corse a été obligé, depuis six mois et les élections législatives de juillet, de naviguer à la « va-comme-je-te-pousse ».
La faute d’abord aux perspectives financières obstruées jusque-là par l’absence de confirmation effective de la rallonge de continuité territoriale attendue en 2025 à hauteur de 50 millions d’euros.
Premier soulagement : si le budget Bayrou échappe à la censure, suite à l’intense lobbying effectué, elle sera acquise. L’amendement salvateur CF843 à l’article 42 « relations avec les collectivités territoriales », déposé par Michel Castellani, Paul Molac et deux autres députés du groupe LIOT, a en effet été retenu dans la version finale du budget adopté en bloc.
En publiant cette bonne nouvelle ce lundi, Michel Castellani en ajoute une autre : la Corse devrait être aussi exemptée de l’augmentation de la taxe sur les billets d’avion décidée pour renflouer les caisses de l’État. Soit 10 euros d’exemption pour un aller-retour sur le continent que les compagnies aériennes desservant la Corse auraient nécessairement répercutés sur les billets des passagers et/ou sur la Collectivité de Corse. L’argument de l’insularité a été enfin entendu !
L’Exécutif peut donc souffler car l’enjeu était de taille. Le budget de la Collectivité de Corse est d’environ 1200 millions d’euros, dont 150 millions pour l’investissement, y compris 50 millions pour rembourser le capital des emprunts en cours. Restent donc 100 millions d’autofinancement net. Sans la rallonge obtenue, la capacité d’investissement de la Collectivité aurait donc été tout simplement divisée par deux !
Dans ce contexte budgétaire consolidé, le paquebot « Collectivité de Corse » pourra enfin cesser de faire des ronds dans l’eau, ce qui a entraîné à la longue une érosion préjudiciable de sa réputation dans l’opinion. Faute de vents porteurs, et bloqué dans l’élaboration de son budget, il faisait du surplace. La seule réponse pour aller de l’avant sera de trouver de nouveaux vents porteurs tels qu’on les a connus au début de la mandature. Le vote du budget Bayrou et de ses amendements « Corse » pourrait désormais le permettre.
Comment trouver ces nouveaux vents porteurs ? Il n’est probablement pas possible d’espérer les trouver dans l’enceinte de l’Assemblée de Corse et de ses discours redondants, chjami è rispondi interminable entre la majorité absolue de Femu et ses opposants, particulièrement ses opposants nationalistes. Il n’est pas du tout certain non plus que la décision de changer une partie de l’équipage par un remaniement laborieux sera une décision productive d’un nouvel élan.
Paralysée par ses blocages politiques, l’Assemblée de Corse ne peut plus être un lieu dynamique. Certes de grands débats y sont attendus, comme celui à propos de la mafiosisation de la société corse en cette fin de mois de février, et, ceux qui s’y tiendront si le processus de Beauvau reprend de la vigueur. Mais l’institution, en attendant l’autonomie, ou à tout le moins de prochaines élections en 2028, reste au point mort.
Les vents porteurs seront pour l’essentiel à chercher ailleurs, à commencer par une dynamique militante à totalement relancer. L’exemple de Scola Corsa pour la langue corse l’illustre parfaitement : c’est l’engagement de dizaines d’enseignants, de parents et de bénévoles qui a permis au dossier « langue corse » de repartir de l’avant, alors qu’il s’enlisait dans les volutes rectorales et les circonvolutions universitaires depuis des années. Et c’est la fierté de Femu a Corsica d’en avoir fait une priorité lors de son Congrès de 2020.
Dans un mois, Femu a Corsica tiendra son nouveau Congrès. De la mobilisation et de l’engagement de ses militants pourra surgir l’élan nouveau que la Corse attend.
Le temps est compté. L’occasion ne doit pas être manquée ! •








