Le soutien apporté aux candidatures sénatoriales de Paulu Santu Parigi en Haute-Corse et de Jean Giuseppi en Corse-du-Sud par la plupart des formations nationalistes (Femu a Corsica, Core In Fronte, Partitu di a Nazione Corsa, Jean Paul Carrolaggi in Aiacciu) est un bon signal politique. L’heure de converger est venue pour maintenir la revendication nationale corse en haut de l’affiche politique en Corse.
Cette convergence a des fondamentaux connus. D’abord, le soutien à la revendication d’autonomie par des votes communs à l’Assemblée de Corse. Le prochain acte du processus de Beauvau se jouera au Sénat peu de temps après son renouvellement partiel. Si de bons résultats électoraux des nationalistes sont au rendez-vous dimanche, nul doute qu’un message porteur sera envoyé par les grands électeurs insulaires, notamment les maires, aux sénateurs qui devront voter dès le 26 octobre prochain, dans la suite du vote favorable obtenu à l’Assemblée nationale le 23 juin.
Faire progresser la revendication autonomiste corse au milieu de la confusion politique qui règne en France depuis la dissolution ratée d’Emmanuel Macron il y a deux ans, et désormais par le lancement de la campagne présidentielle ne peut s’imaginer sans une poussée commune des formations nationalistes corses. À l’exception de Nazione qui campe sur une position indépendantiste irréaliste et contreproductive, cette convergence va pouvoir s’exprimer lors des élections sénatoriales le 27 septembre prochain.
Mais cette convergence va au-delà de ce seul épisode électoral. Il y a peu, on l’a retrouvée dans la rue aux côtés des parents de Scola Corsa pour défendre la langue corse et son espoir d’avenir grâce à la mise en œuvre dans l’école d’une politique immersive totale. L’efficacité du dispositif éducatif exercé par le modèle associatif se mesure à la volonté masquée de l’État d’en entraver la progression : refus de financer suffisamment de postes d’enseignants contractualisés, et déferrement au Tribunal administratif de l’aide financière accordée par l’Assemblée de Corse.
Cependant, une dynamique est lancée, et le projet d’une « école corse » capable de former des enfants parfaitement corsophones va continuer à faire son chemin. Ce pourrait même être un des premiers thèmes d’un programme autour duquel tous pourraient converger.
Même chose quant au statut de résident. Le collectif de maires qui se met actuellement en place a d’ores et déjà rassemblé tous les élus qui sont d’obédience nationaliste, et tous se sont exprimés dans la salle le jour ce cette réunion. Là encore, une dynamique est lancée, et elle pourrait incarner un autre axe politique mobilisateur commun à tout le nationalisme corse.
Le débat qui s’ouvre sur le peuple corse en tant que communauté de destin, selon le socle commun élaboré lors du riacquistu, et l’émergence d’un discours d’extrême-droite tel que le porte Palatinu désormais porte-drapeau du Rassemblement national sur l’île, sera lui aussi un point de convergence entre les forces nationalistes démocratiques. Cette communauté de destin devra être régie par un contrat social fort liant entre eux tous les ressortissants du peuple corse, Corses d’origine et Corses d’adoption, bien au-delà d’une simple résidence commune. Mais nul ne peut être privé d’être reconnu comme un « ressortissant corse » s’il participe activement à la communauté corse, par son travail, par son investissement quotidien, et par ses engagements sociétaux, notamment vis-à-vis de la langue corse. C’est le seul chemin possible pour aller vers une reconnaissance juridique et politique du peuple corse.
D’autres peuples en Europe sont sur ce même chemin, comme l’a récemment montré l’initiative politique commune pour l’autodétermination au sein du Royaume Uni de l’Écosse (dirigée par le Scottish National Party), du Pays de Galles (dirigé par Plaid Cymru) et de l’Irlande du Nord (dirigée par le Sinn Fein), qui, tous, défendent le concept de communauté de destin. Céder aux sirènes identitaires à relents racistes de l’extrême droite serait se couper de ce mouvement général, et enfermer la revendication corse dans une impasse politique totale.
D’autres sujets, d’autres combats vont s’affirmer dans le contexte de crise que traverse le monde, crise qui aura immanquablement des répercussions sociales et économiques dans notre île. Pour y faire face et répondre aux attentes des Corses, il faudra faire preuve de notre capacité de défense collective des intérêts de la Corse. Ce processus est semble-t-il engagé. Il ne doit pas faiblir ! •








