Ce numéro est un dossier spécial entièrement consacré aux 40 ans de Tchernobyl (hormis l’actualité qui commande concernant la réforme constitutionnelle, traitée dans notre éditorial). Ci-dessous quelques témoignages…
« Il faut s’attendre dans les jours qui viennent à un complot international des experts officiels pour minimiser l’évaluation des victimes que causera cette catastrophe. La poursuite des programmes civils et militaires impose à l’ensemble des États une complicité tacite qui dépasse les conflits idéologiques ou économiques » Bella Belbéoch le 1er mai 1986, physicienne, co-auteur de « Tchernobyl, une catastrophe ».
« On ne restait que quelques secondes sur le site. On courrait, on déversait du sable, et on repartait en courant. Le soir, on avait mal aux yeux et au ventre, et un goût de plomb dans la bouche, certains saignaient du nez et des oreilles. Quelques jours plus tard, notre peau tombait en lambeaux comme des épluchures et on avait du mal à respirer. On était très fatigué. J’ai vu mourir beaucoup de mes camarades brûlés de l’intérieur. Je ne sais pas pourquoi je suis toujours là, je suis très malade et je me sens tellement vieux… » Dimitri, 25 ans, liquidateur (témoignage recueilli en 1990).
« Une laitue achetée le 2 mai sur le marché de Mandelieu, près de Cannes, et analysée par le CEA – IPSN présentait une radioactivité de plus de 7.000 Bq/kg avec 12 radionucléides identifiés : de l’iode 131, du tellure 132, du ruthénium 103, du ruthénium 106, du césium 137, du césium 134, du zirconium 95, du baryum 140, etc. Ces résultats inquiétants nécessitaient la mise en place immédiate de contrôles systématiques et des mesures de protection des consommateurs. Ce ne fut pas le cas ». Extrait de l’Atlas de la contamination (Criirad & André Paris)
« Dans le dossier Tchernobyl, la santé n’a pas été une priorité et ce choix s’est traduit au plus haut niveau de l’État. Fait significatif, c’est le Ministère de l’Industrie qui a joué un rôle prépondérant dans la gestion de la crise et l’information des Français. La Santé, l’Environnement, l’Agriculture sont passés au second plan. Le fait que la France soit un État nucléarisé, soucieux de protéger le développement de son industrie nationale a manifestement prévalu sur les enjeux sanitaires » Extrait de l’Atlas de la contamination (Criirad & André Paris)
« Je suis installée depuis 9 ans et j’ai une augmentation croissante de demandes de consultation en matière de thyroïde multipliées environ par quatre. L’activité d’un endocrinologue regroupe deux pathologies essentielles, le diabète et la thyroïde, avec une clientèle constituée environ de 70 à 80 % de diabètes et divers problèmes de nutrition, et 20 % de thyroïdologie. Chez moi, la proportion est exactement inverse. Il faut arrêter de dire qu’en Corse on dépiste mieux, il y a simplement plus de cancers parce qu’il y a plus de gens qui ont été touchés par l’accident de Tchernobyl ». Dr Laurence Gabrielli, endocrinologue à Bastia en 2006.
« Il y a 20 ans il y avait un français sur 50 qui prenait des hormones de substitution, aujourd’hui on est à un sur huit à dix par région. On constate aussi des cancers de même type type papillaire que l’on voit dans les régions contaminées d’Ukraine et de Biélorussie. Et surtout on constate une explosion des maladies auto-immunes, notamment chez les jeunes. Nier le problème aujourd’hui c’est refuser de faire de la prévention pour demain car ces maladies déjà invalidantes peuvent aussi dégénérer en cancers ». Chantal Lhoir, présidente de l’Association française des malades de la thyroïde en 2006. •








