Chef d’entreprise à la tête des boulangeries Spiga, Jean-Charles Canioni connu et estimé dans la région, a été visé par un incendie criminel le 12 février dernier à Curbara, en Balagna. C’est la seconde fois que cet établissement est visé avant même de pouvoir être inauguré, après une tentative d’attentat à la bouteille de gaz en septembre dernier.
« Nous sommes en danger alors que notre seul souhait, c’est d’entreprendre et de travailler dignement. Mon état d’esprit est partagé entre combativité et dégoût. J’ai construit cette entreprise à partir de rien, avec pour seules richesses mon travail, ma passion et ma détermination. J’ai toujours fait le choix de l’entrepreneuriat, des emplois, en m’endettant lourdement, et en contribuant à l’économie locale. Aujourd’hui, mon entreprise fait vivre une cinquantaine de familles à l’année, des dizaines d’entreprises partenaires et de fournisseurs.
Mon éducation repose sur le travail, le respect et l’honnêteté. Alors, pourquoi s’en prendre, à deux reprises, en pleine nuit et à visage caché, à mon outil de travail ? » avait déclaré Jean-Charles Canioni après l’incendie.
Plusieurs centaines de personnes étaient réunies dans une atmosphère pesante ce 23 février, entre colère, incompréhension, inquiétude, mais aussi solidarité et détermination pour dire non aux dérives mafieuses qui gangrènent notre société. Élus de toutes tendances, droite, gauche, nationalistes, parlementaires, responsables de la Collectivité de Corse, élus de Balagne ou d’ailleurs, mais aussi membres des collectifs anti-mafia, entrepreneurs, simples citoyens… ont affiché leur soutien par leur présence et par de nombreuses prises de parole.
« Cela ne peut pas continuer dans cette ambiance mortifère qui se développe. Il faudra bien que cela cesse, on ne peut pas continuer à vivre dans ce climat. Surtout pour nos jeunes qui essaient d’entreprendre » : Paul Lions, maire de Curbara, a appelé à un sursaut collectif.
« Cette semaine a été éprouvante et ces derniers mois, depuis décembre, ont été marqués par la mort de jeunes et l’incendie de plusieurs établissements. Les gens sont à bout, et sans prise de conscience collective, rien ne changera » a dénoncé pour sa part la présidente de l’Assemblée de Corse Nanette Maupertuis qui appelle elle aussi à « une prise de conscience profonde ».
Léo Battesti pour le collectif A Maffia Nò A Vita Iè, appelle à « marginaliser culturellement ces groupes mafieux qui imposent leurs lois » et à en soutenir « toutes les victimes ». « La Corse est significativement touchée par les rackets, assassinats et autres méfaits mafieux. C’est en libérant la parole que des solutions concrètes peuvent émerger » a dit le porte-parole du collectif anti-mafia.
Le sénateur Paulu Santu Parigi appelle à « ne plus considérer ces criminels de la même manière et de rompre toute amitié avec ces individus. Nous avons besoin d’une jeunesse qui travaille et qui bâtit l’avenir, et non d’une jeunesse tournée vers la violence. Ce sont les actions, et non les paroles, qui provoqueront le changement ! »
« Le coup fait mal, il impacte ma famille, mes salariés, mes amis, face à cela la seule chose que nous pouvions faire c’est ce rassemblement citoyen » a dit pour sa part Jean-Charles Canioni remerciant toutes les personnes présentes, « vous êtes la force qui nous permet de tenir le coup pour peut-être rebâtir et enfin pouvoir l’inaugurer ».
L’Assemblée de Corse se réunit en session extraordinaire ce jeudi 27 février pour traiter de l’emprise mafieuse sur notre société. Et vendredi 28 février c’est le collectif Massimu Susini qui oragnise un premier colloque anti-mafia (voir par ailleurs). •








