Cette problématique est au cœur du scrutin municipal 2026, alors qu’il était à peine effleuré il y a six ans. Cela va bien au-delà d’Aiacciu et Bastia et leurs banlieues immédiates : Calvi, Lìsula, Portivechju, Prupià-Sartè, Bonifaziu et même Corti sont concernées. Les listes nationalistes en ont fait un thème majeur de la campagne 2026.
Lors de la réunion de la liste Aiacciu Vivu de Jean Paul Carrolaggi, rue Fesch, organisée à destination des commerçants d’un centre-ville qui traverse une crise économique profonde, les dizaines de commerçants expriment leur détresse.
Les locations saisonnières ont envahi toute la vieille ville, et, dans le même temps, le nombre des rideaux baissés augmente à un rythme alarmant. En fait le phénomène d’éviction des locataires résidents au profit des locations touristiques génère des conséquences facilement palpables en ce mois de février : il n’y plus de population hivernale dans ces quartiers qui soit en nombre suffisant pour assurer une animation commerciale viable. La vie a déserté le centre-ville d’Aiacciu, et le slogan « Aiacciu Vivu » de notre liste résonne efficacement auprès de tous les commerçants concernés.
Chaque fois qu’un logement est AirBnBisé, c’est-à-dire détourné de sa vocation d’habitation par un projet spéculatif touristique, c’est toute la vie économique locale qui s’affaiblit. La pratique jusque-là courante de celui qui louait son logement l’été en passant soi-même ses congés dans son village d’origine ne produisait pas le mêmes effets néfastes. Le même appartement restait alors occupé 12 mois sur 12, trois mois par des touristes, et le reste de l’année par son propriétaire. Au total une clientèle était alors présente en ville sur l’année entière.
Dans le cas de ces locations touristiques exclusives, les appartements mis sur les sites internet ne sont plus occupés qu’en saison, à des tarifs tels qu’il devient plus rentable d’en limiter l’occupation à l’été, et de les laisser vides de tout occupant le reste de l’année.
Ce problème dépasse Aiacciu et la Corse. En Savoie, au Pays Basque, en Bretagne, en Provence, en Catalogne, le problème est identique, et même à Paris ou Barcelone.
Le territoire hexagonal le plus avancé sur la question est le Pays Basque, où la Communauté de Communes a adopté un règlement dit « de compensation » : en zone tendue, un propriétaire qui souhaite mettre son bien en location saisonnière doit compenser la perte de ce logement pour la commune par la transformation en logement d’un autre local non encore dévolu à l’habitation. Le local doit être de surface au moins équivalente à celui faisant l’objet d’une location saisonnière, et être situé dans la même commune.
Ces dispositions adoptées en 2023 ont commencé à produire leurs premiers effets en enrayant la progression vertigineuse en quelques années de ce type de locations : +130 % entre 2016 et 2020 ! Depuis, des logements nouveaux se sont ouverts à la location à l’année, permettant de revivifier les centres villes les plus touristiques du Pays.
Nulle part en Corse, un règlement aussi fort n’a été adopté. C’est un axe important des listes d’union nationaliste. Ici il nous faudra gagner les élections pour qu’il soit mis en place. Au Pays Basque, il faudra ne pas les perdre pour qu’il ne soit pas démantelé sous la pression des lobbies économiques.
En tous les cas cette question de la concurrence entre logements à l’année et logements touristiques n’a jamais été évoquée de façon aussi forte lors d’une campagne municipale. •








