Une foule immense s’est rendue aux obsèques de Pierre Alessandri ce samedi 22 mars. Parents, amis dans la douleur, mais bien au-delà chacune et chacun dans la tristesse, la sidération, la colère et le refus de voir la Corse sombrer aux mains de « la mafia ». Ils sont innombrables aussi à s’être exprimés avec le même dégoût et la même conviction sur les réseaux sociaux.
Les hommages pleuvent et tous saluent le travailleur honnête, engagé, passionné de cette terre, promoteur d’une agriculture durable, déterminé à ne pas céder aux pressions d’où qu’elles viennent. Ces avis unanimes appuient encore plus fortement l’horreur du crime qui a été commis.
Pierre Alessandri dénonçait les atteintes aux terres agricoles et à une agriculture saine, raisonnée, porteuse d’avenir. Il visait les pratiques de fraudes aux aides européennes, comme la spéculation immobilière sur les terres agricoles, nuisibles non seulement à l’agriculture qu’il voulait bâtir comme syndicaliste avec ses amis de Via Campagnola, de la Confédération Paysanne, de Robba Paisana, mais aussi nuisible à la démocratie et à l’avenir de ce pays. Visé par un incendie criminel qui a détruit sa distillerie au Mandriolu en 2019 suite aux élections à la chambre d’agriculture où il avait encore dénoncé ces fraudes, il avait été soutenu par plusieurs centaines de personnes lors d’une manifestation devant les grilles de l’Assemblée de Corse à Aiacciu.
Mais hélas les incendiaires n’ont pas été identifiés et encore moins freinés dans leur projet macabre.
En septembre de la même année, Pierre s’engage aux côtés du collectif « A Maffia nò a Vita iè ». Militant de Core in Fronte, il s’est de nouveau investi lors des dernières élections à la chambre d’agriculture aux côtés de Jean-Baptiste Arena.
« Toujours les mêmes convictions, pouvoir faire quelque chose ici, travailler et vivre au pays, vivre de son travail, donc bien sûr produire parce qu’on ne peut pas vivre sans produire » disait-il pour définir son engagement.
Son dernier acte militant a été sa présence à la manifestation contre la mafia le 8 mars dernier. Mais rien ne semble pouvoir arrêter le système mortifère qui a jeté son dévolu sur notre île et tous ceux qui se dressent contre lui.
Et pourtant, il faut se relever, encore et toujours, continuer à se rassembler pour faire barrage. On le doit à Pierre et à tant d’autres. Pour que l’État agisse comme il aurait dû le faire il y a 5 ans après l’incendie de la distillerie. Que les élus agissent en faveur de la moralisation de la vie publique, pour qu’ils s’attaquent au terreau qui nourrit les violences. Les Corses doivent s’unir et se mobiliser pour résister, la démocratie doit triompher. Car à travers l’assassinat de Pierre Alessandri et à travers toute cette violence c’est une perversion de la Corse que l’on veut nous imposer, c’est la terreur que l’on veut installer, et un message lancé à tous celles et ceux qui veulent construire une autre Corse, celle de la liberté, de la démocratie, de l’éthique, de la solidarité.
Per offre st’avvene di ghjustizia è di libertà à a giuventù, femu campà à Petru, dèmuli voce è forza da l’altru mondu. Da chì u so sacrifiziu ùn sìa vanu. •
Interview de José Bové le 2 mai 2019 dans 20 minutes

Au lendemain de l’attentat, José Bové, était en Corse pour apporter son soutien à François Alfonsi en campagne pour l’élection européenne. Il avait dénoncé « les pratiques mafieuses et des personnes qui utilisent l’outil de la PAC pour servir des intérêts particuliers ».
« Pierre Alessandri est un « lanceur d’alerte » : ceux qui mènent ces fraudes sont des escrocs, ils jettent le discrédit sur tous les paysans et, ceux, qui comme Pierre Alessandri sont des lanceurs d’alerte, contribuent à assainir tout cela. Il faut les protéger » avait alerté José Bové en conférence de presse.
Cette protection dont Pierre Alessandri n’a pas bénéficié. •








