La coordination anti-mafia1, représentée par la plupart des associations membres, a convoqué une conférence de presse le 28 février à Aiacciu. Alors que la plupart des villes et villages de Corse sont en proie aux batailles électives pour les municipales 2026, la coordination envoie un signal d’alerte fort aux candidats et futurs maires.
Alors que les campagnes électorales battent leur plein en ce premier trimestre de 2026, la lutte contre la mafia est aujourd’hui la grande absente du débat démocratique. C’est ce que souligne la coordination anti-mafia lors de la conférence de presse qui s’est tenue à Aiacciu le 28 février au matin.
Le communiqué de presse produit par la majorité des membres de la coordination anti-mafia est on ne peut plus positif : dans le document qui a été communiqué à Arritti, il y est fait état que « [les] nombreux appels en direction de la Collectivité de Corse ont abouti […] à une première résolution pour dénoncer les dérives mafieuses (novembre 2022), puis à la mise en place d’ateliers pour faire des préconisations dans le champ de compétences de la Collectivité de Corse, qui ont permis le vote unanime d’une délibération (février 2025) avec 30 mesures pour s’opposer à la mafia. »
La coordination souligne également l’aboutissement de la création d’une commission contre les pratiques mafieuses, co-présidée aujourd’hui par Antonia Luciani, conseillère territoriale, et l’avocat Jérôme Mondoloni, représentant du collectif Massimu Susini.
Jean-Toussaint Plasenzotti, président du collectif Massimu Susini souligne également le travail de fond des différents acteurs depuis l’appel des collectifs à l’action : « Nous avons aujourd’hui des acteurs force de propositions, comme la Collectivité de Corse et le Préfet, et des élus qui sont des artisans de la lutte anti mafia, comme Paulu Santu Parigi et Paul André Colombani. »
L’objet de la conférence de ce samedi était clair : l’appel aux maires, candidats aux mairies et futurs maires à élever leurs voix sur cette question.
Les maires, chaînons manquants de la lutte contre la mafia
La coordination anti mafia souligne avec gravité l’absence de la question mafieuse dans les débats pendant ces municipales : « Nous avons été étonnés de l’absence de la question de la mafia dans la campagne municipale jusqu’alors » souligne Jean-Toussaint Plasenzotti. « On attendait des candidats qu’ils se positionnent, ainsi que des propositions. Aujourd’hui, nous avons l’impression que la question mafieuse est mise de côté. »
Ce silence est d’autant plus questionnant que le maire, figure majeure de la politique locale, est la clé de voûte de plusieurs décisions stratégiques qui peuvent influencer la vie locale et l’emprise mafieuse, voire en faire l’objet. « Les maires et les associations de maires ont un pouvoir fort sur un domaine qui concerne directement l’emprise mafieuse, à savoir le domaine de l’urbanisme et de la spéculation foncière et immobilière », nous explique Jérôme Mondoloni. « D’ici 2027, les maires vont être dans l’obligation de mettre en place et finaliser leurs documents locaux d’urbanisme, faute de quoi ils ne seront plus en mesure de délivrer des permis de construire. » Il est donc aisé de comprendre que le rôle du maire et des élus locaux est crucial, et ce dès aujourd’hui. « Nous ne comprenons pas que les maires, actuellement, alors qu’ils subissent les plus grosses pressions sur le vote de ces documents d’urbanisme, se murent dans le silence. »
« La lutte contre la mafia n’est pas que l’affaire de l’État, des associations anti-mafia ou de la collectivité de Corse. »
Au terme de cette conférence de presse, composée de 25 personnes des différentes associations membres de la coordination anti mafia parmi lesquelles Massimu Susini et U Levante, le message délivré est clair : la dernière ligne à faire tomber est l’inertie des élus locaux.
« Ce que nous souhaitons souligner, c’est l’absence dans le débat contre la mafia des associations de maires et des élus locaux. Nous souhaitons mettre en place un statut d’élu, qui ne sera pas là pour stigmatiser les maires mais au contraire pour les protéger et les doter d’outils et de voies, de garde-fous pour faire face à ces pressions. »
« La lutte contre la mafia n’est pas que l’affaire de l’État, des associations anti-mafia ou de la collectivité de Corse ».
Créer un maillage territorial fort et solidaire
Ce qui ressort enfin de cet appel de la coordination, c’est que la communication et la coordination entre les différents acteurs du territoire porte ses fruits. Les maires, dernière maille manquante dans le front sociétal contre la mafia, doivent également pouvoir compter sur les institutions et la société corse dans son ensemble, voire sur des évolutions légales nationales.
C’est ce que souligne Jérôme Mondoloni : « Les maires doivent bénéficier d’un statut de protection, et pouvoir s’appuyer sur des documents officiels pour dissuader toute volonté de pression. Le meilleur moyen de protéger les élus est la loi, notamment par le Padduc. »
Jean-Toussaint Plasenzotti abonde : « Nous voulons souligner que nous ne voulons culpabiliser personne, certainement pas les maires qui peuvent faire l’objet de pression sans avoir les moyens d’y résister ou même de les identifier ». Et de compléter : « Nous attendons des maires qu’ils dénoncent les pressions qu’ils subissent, et nous les encourageons qu’ils s’organisent en un front anti-mafia, une unité d’action pour exiger de la collectivité de Corse que la révision du Padduc leur permettent de contrer les pressions mafieuses. »
• Leghje dinù
Une main tendue envers les élus locaux : statut de protection, charte d’Anticor… Et l’appel au courage
S’il est souligné par les membres de la coordination que le courage des élus et la volonté de briser le silence sont des paramètres obligatoires, les risques et les pressions sur les élus locaux sont également dénoncés. Pour contrer cet état de fait, plusieurs propositions sont faites par la coordination, dont l’appel aux associations des maires de Haute-Corse et de Corse-du-Sud à mettre en place des outils et des cellules d’écoute à destination des élus.
« Nous considérons que les associations de maires de Haute-Corse et de Corse-du-Sud ont leur rôle à jouer, notamment en étant à l’écoute de leurs membres, ce qui peut se faire par exemple par la création d’une cellule d’écoute, et surtout que les associations des maires soient les interlocuteurs pour signaler des menaces, des pressions, et soutenir leurs adhérents », étaie Jean-Toussaint Plasenzotti.
« Comme le préfet l’a fait pour un certain nombre de ses fonctionnaires, une formation pour comprendre et faire face aux pressions, tentatives d’intimidation et corruption sont des initiatives que les associations peuvent s’approprier. »
Parmi les mesures proposées, un statut de protection des élus. Également, l’association Anticor, membre de la coordination, a publié en janvier une série de propositions éthiques, parmi lesquelles une forte transparence, l’interdiction de l’atteinte à la probité, et la participation de l’élu aux réunions de l’organe délibérant.
En 2024, la Corse est leader dans les atteintes à la probité, au coude-à-coude avec l’Outremer (Agence anticorruption, 2024). Sur ce dernier point, la coordination anti-mafia pose des propos stricts : « Les élus et les fonctionnaires condamnés pourraient être déchus de leurs fonctions et frappés d’inéligibilité. Les atteintes à la probité sont des atteintes à la société et à la politique légale » (Plasenzotti). Et de citer les voisins italiens, où il est admis que lorsqu’une atteinte à la probité est constatée parmi les membres d’une municipalité, cette municipalité est dissoute et la gestion est récupérée par la préfecture. « Cette mesure stricte pourrait permettre à la société corse de reprendre confiance dans les différentes strates de notre société. Il faut aussi que les maires s’arment de courage pour identifier quand ils ne sont plus dans des conditions normales pour gérer leur commune, en le signalant aux autorités voire en présentant leur démission. »
En conclusion, le contexte de la campagne des municipales est toujours d’actualité pour faire apparaître cette question phare de notre histoire contemporaine qu’est la lutte contre la mafia.
« Les prochaines élections vont voir émerger des nouveaux maires, pour certains jeunes, il ne faut surtout pas les laisser isolés, peu importante la taille de leur commune, sur le littoral comme en montagne. » •
• Les propositions éthiques d’anticor pour les municipales 2026 sont à retrouver sur le site d’Anticor
- Coordination anti-mafia : collectif Massimu Susini, Maffia nò, a vita iè, U Levante, Le Garde, Zeru Frazu, Anticor, Plateforme citoyenne, Si po fà, Sintinella, Via Campagnola… ↩︎








