Settimanale naziunalistu corsu dapoi 1966

N°2923

da u 12 à u 18 di ferraghju di u 2026

Antonia Luciani, présidente de la Commission contre les pratiques mafieuses

Pour « assécher le terreau sur lequel prospèrent les logiques mafieuses »

mafia

le 14/02/2026

Par Fabiana Giovannini

Depuis maintenant quatre ans, sous l’impulsion des collectifs de lutte anti-mafia, et malheureusement, il faut bien le dire, poussés par une actualité de plus en plus pesante : pressions sur les élus, les entreprises, trafics financiers, trafic de drogue, incendies, crimes… les pouvoirs publics se sont emparés du problème de la mafia en Corse. L’État a pris des mesures à l’échelle nationale, pour lutter notamment contre le narcotrafic, mais aussi au niveau des régions touchées comme la Corse, en renforçant les moyens de lutte policiers et judiciaires.
La Collectivité de Corse aussi a pris conscience de l’emprise sur la société de ces phénomènes mafieux. Elle a renforcé ses moyens de contrôle, notamment sur les marchés publics. Mais, face à un tel phénomène, on s’inscrit obligatoirement sur la durée car s’il est une chose que la mafia maîtrise parfaitement, c’est son pouvoir d’adaptation. Il faut donc s’adapter dans le même temps, observer ses évolutions, les analyser pour mieux lutter et anticiper.
La Commission contre les pratiques mafieuses a été mise en place dans cet objectif. 35 membres y siègent, élus de toutes tendances, instances consultatives, représentants de la société civile, membres d’associations et des collectifs antimafia. Antonia Luciani, conseillère territoriale Femu a Corsica, copréside cette commission avec Jérôme Mondoloni (membre du collectif Massimu Susini) qui y représente l’ensemble de la société civile.
La commission s’est immédiatement mise au travail. Antonia Luciani répond aux questions d’Arritti.

Élue à l’Assemblée de Corse en 2021, Antonia Luciani entre au Conseil exécutif en charge de la culture, du patrimoine, de l’éducation et de la formation. Elle a regagné les rangs de l’Assemblée à la faveur d’un remaniement de l’Exécutif en 2025 et a pris la présidence de la Commission de lutte contre les pratiques mafieuses qu’elle partage avec Jérôme Mondoloni du collectif antimafia Massimu Susini. •

Vous présidez, aux côtés de Jérôme Mondoloni, la commission contre les pratiques mafieuses décidée unanimement par l’Assemblée de Corse depuis novembre dernier. Peut-on faire un premier bilan de cette mise en place ?
Le premier bilan est avant tout celui d’une mise en place réussie et d’une méthode de travail à laquelle les membres ont adhéré.
Cette commission est née d’une volonté unanime de l’Assemblée de Corse, ce qui est en soi un signal politique fort. Nous avons d’abord posé les bases : organisation interne, méthode de travail, définition des priorités. La commission est désormais opérationnelle.
Elle a permis de réunir autour d’une même table des élus, des représentants de la société civile et des représentants des instances consultatives, dans un esprit de responsabilité et de lucidité. C’est un début mais le travail collectif a commencé.


C’est une commission ad hoc, mais elle a une forte dimension eu égard à la prégnance des pratiques mafieuses. Quel est précisément son rôle ?
Je pense que sa portée est éminemment politique et à visée sociétale. Son rôle est triple :
Comprendre : analyser les mécanismes d’emprise mafieuse dans la société corse – économiques, sociaux, institutionnels.
Proposer : formuler des recommandations concrètes pour mieux prévenir, détecter et combattre ces dérives.
Éclairer l’action publique : aider les institutions à adapter leurs politiques, leurs outils juridiques et leurs pratiques.
La commission n’a pas vocation à se substituer à la justice ou aux forces de l’ordre.
En revanche, elle doit contribuer à assécher le terreau sur lequel prospèrent les logiques mafieuses : opacité, pression économique, banalisation culturelle, etc.


On a craint au démarrage des problèmes de fonctionnement compte tenu de sa composition dense. Est-ce que tout le monde y participe ? Et est-ce que chacun y trouve sa place ?
C’était une interrogation légitime mais la commission est volontairement large parce que le sujet concerne toute la société. Dans les faits, les travaux se déroulent dans un climat sérieux et constructif. La participation est réelle, et chacun pourra trouver sa place.
Nous avons fait le choix d’une organisation souple :
– une instance plénière pour les grandes orientations,
– des groupes de travail plus restreints pour approfondir certains sujets techniques.
Cela permet à la fois la pluralité des points de vue et l’efficacité.
L’enjeu n’est pas de juxtaposer des positions mais de trouver des consensus face à un phénomène complexe.

La commission n’a pas vocation à se substituer à la justice ou aux forces de l’ordre. En revanche, elle doit contribuer à assécher le terreau sur lequel prospèrent les logiques mafieuses.

Comment s’organisent les travaux ? Allez-vous recueillir des témoignages ? Quelle approche vis-à-vis des victimes ?
Nous avançons avec une méthode que nous voulons la plus rigoureuse possible. Nous avons, fin janvier, acté la création de 10 thématiques prioritaires pour l’année 2026. Je citerais notamment l’urbanisme et plus particulièrement la révision du Padduc, mais également les marchés publics ou encore l’éduction.
Nous allons réaliser, d’abord, un travail d’état des lieux : analyse des secteurs exposés, des mécanismes d’emprise, des dispositifs existants.
Ensuite, des auditions ciblées de personnes qualifiées, d’acteurs institutionnels, économiques et associatifs si besoin, en fonction des thématiques.
La commission est aussi impliquée dans la manière dont la société et les institutions peuvent mieux accompagner celles et ceux qui subissent pressions, menaces ou intimidations et dont l’outil de travail a été totalement ou partiellement détruit.


Quel est le calendrier ? Quand peut-on espérer un rapport et des propositions ?
Notre mandat en tant que co-présidents de la commission est d’un an. Ce qui signifie que nous nous sommes donnés comme objectif de rendre des premières propositions issues des groupes thématiques début 2027. Mais la lutte contre les pratiques mafieuses ne se résume pas à un rapport : c’est un travail de fond et de durée. Nous en avons tous conscience.
Ce que nous construisons doit s’inscrire dans le temps long.


On en parle davantage, les lois se renforcent, mais la mafia semble toujours aussi présente et active… sommes-nous impuissants ?
Non. Nous ne sommes pas impuissants.
Mais il faut être lucide : la lutte contre les systèmes mafieux est longue, complexe et exigeante. Ces phénomènes prospèrent sur la peur, l’argent facile, les déséquilibres économiques, parfois sur le silence.
Les combattre suppose une mobilisation globale : judiciaire, politique, économique, culturelle et citoyenne. Le fait que des collectifs se soient créés, que la société corse en parle plus ouvertement, que les institutions, y compris l’État lui-même, s’en saisissent collectivement, que des outils se mettent en place, est déjà un signe que les lignes bougent.
Aucune société n’est condamnée à subir ces dérives si elle le décide. C’est ce que nous allons essayer de faire à travers cette commission. •

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