Les opérations militaires commencées le 28 février dernier par l’armée américaine et son allié israélien contre l’Iran ont actionné un engrenage prévisible, entre attaques dévastatrices des forces aériennes américano-israéliennes et ripostes tous azimuts des Gardiens de la Révolution iraniens.
Trump a paradé en proclamant avoir atteint toutes les cibles militaires programmées. On peut le croire sur parole tant la suprématie aérienne et navale de l’armada étasunienne et israélienne est évidente. Mais le problème est que, une fois toutes ces cibles atteintes, l’Iran et son régime sont toujours là, et qu’ils disposent encore de moyens pour arroser de drones toute la zone du Moyen Orient.
Certes les systèmes Patriot sont en mesure de neutraliser ces attaques, mais ils le font en envoyant des missiles d’interception dont le coût unitaire est incomparablement plus élevé que celui du drone Shahed qu’il doit viser. Or l’Iran en regorge, et ils sont fabriqués directement aussi en Russie qui en ravitaille l’Iran en sous-main, alors qu’en face les stocks de missiles diminuent.
Pour l’Iran, qui a le statut d’agressé, la retenue n’a pas lieu d’être, et sa stratégie consiste à étendre son pouvoir de nuisance le plus largement possible, soit directement depuis son territoire, soit indirectement par le biais de ses alliés en Irak, au Liban, au Yemen ou ailleurs.
Tous les pays du Golfe sont visés par l’Iran, et plusieurs économies locales jusque-là ultra-performantes, comme le Qatar, Koweit ou Dubai, sont menacées de s’effondrer car elles dépendent absolument de leurs revenus pétroliers et gaziers. Or leurs installations sont visées et touchées, tandis que la fermeture du détroit d’Ormuz entraîne un arrêt total de leurs exportations.
Car l’Iran vise à répandre le chaos économique bien au-delà de la zone de conflit. L’arrêt du trafic pétrolier dans le détroit d’Ormuz a généré une flambée des prix des carburants partout dans le monde, et un effondrement généralisé des bourses. Que cela dure encore quelques mois, et la crise du Covid sera bientôt considérée comme bégnine.
Enivrés par leurs précédents succès, Trump et Netanyahu ont été tentés par une fuite en avant qui se transforme en impasse désormais. Des décennies d’espionnage intensif leur avaient donné un grand avantage stratégique qui leur a permis, dès l’entrée en guerre, de décapiter le commandement politico-militaire iranien. Mais il est clair que l’appareil de pouvoir est toujours debout, probablement largement clandestin, et donc beaucoup moins atteignable.
Le pari d’une opposition iranienne allant au-devant des attentes occidentales pour renverser le régime semble définitivement perdu, et la seule hypothèse viable est de prendre une maîtrise militaire suffisante pour sécuriser l’espace maritime du détroit d’Ormuz et permettre la reprise du trafic pétrolier et gazier.
D’où l’autre stratégie de l’Iran : dissuader un maximum de pays par l’intimidation et l’agression. La France n’est pas épargnée qui a envoyé d’importants moyens militaires maritimes sur place, et dont Trump espère le concours pour sécuriser le détroit d’Ormuz. Un régiment français basé au Kurdistan irakien a été atteint par un drone meurtrier. Le but est de faire que tout le monde pèse sur Trump et ses alliés de Tel Aviv pour qu’ils mettent fin à la guerre engagée. Ce qui serait pour eux synonyme de défaite politique malgré leurs indéniables succès militaires.
Les premiers craquements se font entendre. Trump, dont la marine seule ne suffit pas à tout dans le secteur d’Ormuz face à une guerilla qui peut se déployer 24 heures sur 24 depuis l’immense linéaire côtier que constitue la façade maritime de l’Iran, en appelle à la collaboration des pays de l’Otan, dont la France qui reste pétrifiée par les conséquences qu’un tel engagement signifierait, ce dont la mort d’un soldat en Irak a été le premier avertissement. Quant à la marine britannique, elle est pour l’instant restée à quai en Angleterre. Pour cette guerre la question n’est plus comment la gagner, mais comment l’arrêter. •








