La présence de radon dans les régions granitiques de la Corse est dû à des émissions naturelles de radioactivité venues des profondeurs souterraines. Le radon est un gaz radioactif à courte durée de vie émis par l’uranium et le thorium qui sont présents de façon diffuse dans les sols, surtout s’ils sont granitiques. Petit à petit, mais de façon continue, il progresse depuis le socle rocheux vers la surface, où il finit par arriver à l’air libre, celui que nous respirons. Le radon est très présent en Corse, et aussi en Bretagne et dans le massif Occitan.
Qualitair Corse a engagé une campagne pour combattre les effets du radon dont le principal effet est d’influer sur la qualité de « l’air intérieur », celui que nous respirons dans les locaux où nous habitons, où nous travaillons, où nos enfants vont en crèche ou à l’école, etc. Arritti a fait le point avec Jean Luc Savelli, directeur de Qualitair Corse. L’association corse agréée de Qualité de l’Air s’est saisie de ce problème et a engagé, avec le soutien de l’Ademe, une action de grande ampleur pour sensibiliser et lutter contre ce polluant dangereux pour la santé publique.
La Corse est particulièrement concernée par la pollution par le radon ?
Absolument. Selon le BRGM, du fait de la composition morphologique de son sous-sol, les quatre cinquièmes de la Corse sont concernés, y compris la Haute Corse, contrairement aux idées reçues. En fait seuls la Plaine Orientale et le Cap Corse sont épargnés.
Certes le radon n’est pas un cancérigène virulent. Il n’attaque pas la peau par exemple. Mais ingéré dans les poumons dont les muqueuses sont bien plus sensibles, il a des effets pathologiques qui sont reconnus par les autorités sanitaires. Ainsi le radon est considéré statistiquement comme la seconde cause, après le tabagisme, pour le cancer du poumon. Sa forte présence en Corse contribue très probablement au fait que l’île constate une surmortalité de 16 % par rapport à la moyenne française de cette maladie. Des études sont en cours qui présument aussi de ses effets sur le cancer du pancréas.
Quels sont les objectifs de la campagne que Qualitair Corse a lancée ?
La campagne que nous avons lancée porte sur 100.000 €, 75.000 € apportés par l’Ademe et 25.000 € sur les fonds propres de Qualitair Corse. Elle vise à sensibiliser le public, et va procéder à des mesures sur tout le territoire pour bien connaître les zones les plus exposées.
Pour cela nous avons lancé un appel pour une action participative auxquels les Corses ont largement répondu, avec 900 retours de personnes qui sont prêtes à installer un capteur à leur domicile pendant deux mois durant lesquels il mesurera les quantités de radon présentes. Nous avons procédé à l’acquisition d’un millier de dosimètres que nous remettons à tous ces volontaires.
Chaque appareil sera ensuite analysé en laboratoire, et toutes ces données de terrain nous permettront de valider des données scientifiques. Par exemple, la réalité de la corrélation entre le risque théorique, estimé par le BRGM en fonction de la nature des sols, et le risque réel. Ou encore la corrélation entre les concentrations de radon et les caractéristiques du logement, selon qu’il est équipé d’une VMC ou non, que ses murs sont en pierres ou non, qu’il est isolé et rénové ou à l’état ancien, etc.
Nous regrouperons toutes ces données sur notre site internet et tout un chacun pourra évaluer son « risque radon » en fonction de ces données. L’objectif étant bien sûr de mettre en œuvre une prévention et des actions de lutte contre la présence de radon dans l’air intérieur des locaux habités.

Jean Luc Savelli est directeur de Qualitair Corse. Cette association corse agréée de Qualité de l’Air s’est saisie du problème du radon et a engagé, avec le soutien de l’Ademe, des actions de sensibilisation et de lutte contre ce polluant dangereux pour la santé publique.
Que peut-on faire pour combattre la présence du radon ?
Plusieurs mesures techniques sont possibles. Tout d’abord, veiller à la ventilation des soubassements, car c’est un gaz lourd qui s’accumule dans les parties basses. Ensuite colmater les passages par lesquels il peut pénétrer plus facilement dans la pièce : par des fissures de la dalle, par les prises électriques et toutes sortes de gaines, etc.
Autre mesure importante : substituer à la ventilation mécanique habituelle VMC une VMI, Ventilation Mécanique par Insufflation, qui assure une surpression d’air dans la pièce tout en en renouvelant l’air. De la sorte le radon restera davantage piégé dans le sol, ou bien il sera redirigé vers l’air libre, là où sa diffusion immédiate élimine tout danger.
Notre objectif est de former des acteurs compétents pour mener les expertises, conseiller les gens et réaliser des travaux.
Le radon est un danger qui jusqu’ici a été négligé ?
Oui, je le pense. En fait c’est la qualité de l’air intérieur en général qui a été pendant longtemps trop peu prise en considération. Alors que c’est dans les locaux où nous vivons, étudions ou travaillons que nous respirons, et que donc nous sommes exposés si une pollution existe. De la même façon que chacun est incité à faire des travaux de maîtrise de l’énergie depuis une bonne vingtaine d’années, je pense qu’il faut engager, en Corse particulièrement, des programmes pour améliorer les performances sanitaires vis-à-vis du radon des logements et des lieux qui accueillent du public. Notamment les écoles et les crèches où c’est désormais une obligation réglementaire.
L’étude que nous menons participera, j’espère, à cette prise de conscience. •








