Alain Iriart fait partie de ces nombreux militants nationalistes basques, infatigables et engagés de longue date. Il est particulièrement enraciné dans sa commune de Saint Pierre d’Irube (environ 6.000 habitants), limitrophe de Bayonne, dont il est maire depuis 2001, réélu sans discontinuer depuis. Aussi son élection à la tête de la principale collectivité élue du Pays Basque Nord est à la fois l’aboutissement de son parcours politique personnel, et le commencement d’une nouvelle ère politique pour le Pays Basque, celui de la prise de pouvoir du mouvement nationaliste au sein des institutions basques.
La majorité qu’il a réussi à obtenir, 119 voix contre 102, lors de la réunion des délégués désignés par la totalité des 158 communes du Pays Basque, contre le président sortant et maire de Bayonne Jean René Etchegaray, est la manifestation d’un double mouvement de fond : celui de la progression régulière de l’implantation municipale du mouvement abertzale en Iparralde, le Pays Basque Nord, en lien avec un tissu associatif au dynamisme incomparable ; et celui de la complémentarité trouvée par l’union entre le pôle EH-Bai, positionné clairement à gauche, et le Parti nationaliste Basque, de centre-droit. Candidat au premier tour, le maire PNB de Cambo-les-Bains, Peio Etxeleku, chef d’entreprise, a conclu un désistement de second tour au profit d’Alain Iriart, son concurrent EH-Bai du premier tour, ce qui a permis la victoire finale.
C’est le deuxième « coup gagnant » de cette union nationaliste. Le premier avait été l’élection de Peio Dufau comme député à l’issue d’une triangulaire dans la circonscription frontalière jusque-là détenue par la droite, grâce, là encore, au désistement du candidat du PNB en faveur du candidat EH-Bai.
Scrutin après scrutin, grâce à son travail de fond assidu, et grâce à ses choix politiques judicieux, le mouvement nationaliste basque a réussi à se hisser à la tête de la représentation élue du Pays Basque. C’est pour l’autonomisme basque un tournant que l’on peut comparer à celui qui a été réussi en Corse en 2015, quand les nationalistes conduits par Gilles Simeoni ont pris la tête de la Collectivité de Corse.
Leur agenda est différent du nôtre. Cette communauté d’agglomération du Pays Basque a été créée il y a une dizaine d’années pour pallier l’absence totale d’espace démocratique où pouvaient s’exprimer les attentes politiques et culturelles du peuple basque.
Si la Corse dispose d’une Assemblée de Corse, le Pays Basque (environ 300.000 habitants) est noyé dans la « Nouvelle Aquitaine » (6 millions d’habitants) qui va de Bayonne à Limoges, La Rochelle et Poitiers en passant par Pau et Bordeaux.
Privés d’une collectivité régionale basque de plein exercice comme nous l’avons obtenue en 1981 avec la création de la première Assemblée de Corse, les Basques sont aussi enfermés dans un département des Pyrénées Atlantiques dont la capitale, et le barycentre politique, est à Pau, en Béarn.
Dans ce contexte institutionnel bloqué et hostile, les Basques ont pris l’initiative de créer une communauté d’agglomération qui a regroupé la totalité des communes, et qui constitue depuis le lieu où peut s’élaborer un projet politique pour l’avenir de leur territoire.
Pour les nationalistes basques, l’ambition, en s’emparant de la présidence de cet organisme, est de faire avancer le projet de faire sortir le Pays Basque de la Région Aquitaine et du département 64, pour que soit créée une collectivité territoriale basque à statut particulier comme l’est la Corse, avec une assemblée régionale élue au suffrage universel, et des institutions reconnues aptes à représenter le peuple basque et ses aspirations politiques et culturelles.
Comme en Alsace, l’État fait la sourde oreille, et les bataillons jacobins sont coalisés en rangs serrés pour interdire l’avènement de cette région Euskadi. Mais, avec l’élection d’Alain Iriart à la tête de la communauté d’agglomération du Pays Basque, obtenue de haute lutte, leur combat prend désormais une dimension nouvelle. •








