Maire de Fìgari depuis 2020, Jean Giuseppi est candidat pour l’élection sénatoriale du 27 septembre 2026 en Corse-du-Sud. Sa candidature est annoncée depuis un mois environ, et il était ce mardi 25 août en campagne à Vicu et dans ses environs, à la rencontre de maires résolus à soutenir une alternative contre le sénateur sortant Jean-Jacques Panunzi qui a été, tout au long du processus de Beauvau, un opposant farouche à toute forme d’autonomie pour la Corse, y compris contre l’avis de Laurent Marcangeli.
Jean Giuseppi est un candidat soutenu par la « famille nationaliste » dans son ensemble. Mais son intention est d’aller au-delà de cette union, et de proposer une alternative où l’ouverture sera largement pratiquée. Il espère rassembler tous les élus qui veulent aller dans le sens de l’autonomie, et qui l’ont manifesté en signant, à 80%, un courrier collectif, émanant de l’Association des maires de Corse-du-Sud, à l’attention des députés, lors du premier vote de l’Assemblée nationale.
Depuis que la campagne est engagée, Jean-Jacques Panunzi a enregistré le soutien sans équivoque du maire d’Aiacciu, ce qui a bloqué l’hypothèse d’une candidature favorable à l’autonomie parmi les maires de droite du département.
De la sorte Jean Giuseppi représente la seule candidature crédible pour que le Sénat lui-même, dès sa nouvelle installation effectuée fin octobre prochain, vote à son tour dans le sens de la majorité de l’Assemblée nationale qui a adopté, par 270 voix contre 202, le projet de réforme constitutionnelle en vue de permettre un statut d’autonomie pour la Corse. Jean-Jacques Panunzi y est clairement opposé. L’élection a lieu le 27 septembre prochain. Le vote du Sénat sur l’autonomie de la Corse aura lieu le 26 octobre. D’où l’importance politique de la campagne qui commence.
Quels sont les thèmes principaux de votre campagne ?
Le thème principal est avant tout celui de l’avenir institutionnel de la Corse. Cette question sera au cœur du prochain mandat sénatorial avec, dès le mois d’octobre, la révision constitutionnelle et, peut-être, dans son prolongement, la discussion sur la loi organique.
Il me semble donc nécessaire de proposer une véritable alternative aux grands électeurs de la circonscription de Corse-du-Sud.
Tout au long du processus de Beauvau, le sénateur sortant s’est farouchement opposé à toute forme d’autonomie pour la Corse. Il s’est clairement opposé à la reconnaissance du peuple corse, à la notion de communauté ainsi qu’à la dévolution d’un pouvoir législatif. Je me situe aux antipodes de cette vision.
Paradoxalement, Jean-Jacques Panunzi se définit aujourd’hui comme autonomiste, tout en défendant un simple pouvoir d’adaptation.
Je rappelle que l’autonomie consiste précisément dans la capacité à édicter ses propres règles et à se donner sa propre loi. Or, un simple pouvoir d’adaptation ne constitue pas un statut d’autonomie : c’est le statu quo. La faculté d’adapter des lois décidées à Paris ne saurait, à elle seule, constituer une réponse aux besoins spécifiques de la Corse.
Un autre sujet important de cette campagne concerne le projet de métropolisation d’Aiacciu. C’est un sujet qui suscite de très fortes inquiétudes chez de nombreux maires que j’ai rencontrés. Le développement légitime d’Aiacciu ne doit pas conduire à l’affaiblissement, voire à la marginalisation, des communes et des territoires voisins.
Pour ma part, je suis particulièrement attaché à l’égalité et à l’équilibre entre les territoires. Je suis également très attentif à la défense du bloc communal et aux enjeux quotidiens auxquels sont confrontés les maires et les communes. Je veux parler ici de l’accès au logement, de la lutte contre la spéculation foncière et immobilière, des ressources en eau, de l’agriculture, des infrastructures, de la santé et de l’accès aux soins.
En quoi cette métropolisation est-elle une menace pour le reste du territoire ?
C’est un projet périlleux et inquiétant, qui porte en lui le risque d’un profond déséquilibre territorial. Alors que le projet d’autonomie vise à donner davantage de pouvoirs aux institutions de la Corse, il serait paradoxal que cette évolution conduise, dans le même temps, à concentrer toujours davantage les moyens, les compétences et le développement autour d’une métropole privilégiée.
Le développement légitime d’Aiacciu ne doit pas se faire au détriment du reste de la Corse-du-Sud. Je défends l’égalité entre les territoires. Qu’ils soient ruraux, périurbains ou urbains, ils doivent disposer des mêmes chances de développement et d’un égal accès aux services essentiels. Je suis donc inquiet des conséquences que pourrait avoir un tel projet : accentuation de la désertification de l’intérieur, fermeture de services publics dans les zones rurales, concentration des investissements ou encore augmentation des prix du foncier autour d’Aiacciu.
Le sénateur sortant se présente comme le défenseur du monde rural. Son rapprochement politique avec la majorité ajaccienne qui porte ce projet de métropolisation soulève donc, à mes yeux, une véritable contradiction.
Quel sera votre engagement pour l’autonomie de la Corse ?
Mon engagement est connu depuis longtemps. Ma ligne est celle de la convergence nationaliste et des forces de progrès. Au-delà des appartenances, chaque fois qu’il s’agira de défendre les intérêts fondamentaux de la Corse et des Corses, je répondrai présent.
Pour moi, l’autonomie n’a de sens que si elle permet d’apporter des réponses concrètes aux difficultés et aux besoins spécifiques des Corses : protéger notre langue et notre culture, faciliter l’accès au logement et au foncier, promouvoir la corsisation des emplois, maîtriser la gestion de l’eau mais aussi disposer de leviers fiscaux adaptés.
L’autonomie doit être un outil au service de notre peuple, pas une simple évolution institutionnelle sans conséquences concrètes dans la vie quotidienne.
Cette voix est déjà portée au Sénat par Paulu Santu Parigi, sénateur nationaliste de Haute-Corse, auquel j’apporte tout mon soutien. Je souhaite qu’elle puisse demain être renforcée en Corse-du-Sud, afin de défendre ensemble les intérêts matériels et moraux de la Corse et des Corses. •
• Leghje dinù : « Je suis le sénateur de tous », l’interview de Paulu Santu Parigi, sénateur de Haute-Corse, candidat à sa propre succession, parue dans le numéro spécial d’août 2947h :








