Settimanale naziunalistu corsu dapoi 1966

N°2952

da u 1u à u 7 d'ottobre di u 2026

Plan CASI

Après la mobilisation, les agriculteurs corses attendent désormais des réponses

Agricultura

le 30/09/2026

Sécheresses à répétition, manque de fourrage, difficultés d’accès à l’eau et baisse des productions : les 1,3 million d’euros attribués à la Corse dans le cadre du plan CASI ont cristallisé la colère agricole. Le 24 septembre, agriculteurs, élus et représentants syndicaux se sont mobilisés dans toute l’île. Une clause de revoyure de l’enveloppe et un rendez-vous, le 30 septembre, avec le cabinet de la ministre de l’Agriculture ont été obtenus. Mais derrière l’urgence climatique remontent d’autres revendications, des contrôles à l’ICHN, jusqu’à l’application de la Politique agricole commune en Corse.

Le jeudi 24 septembre, à partir de 10 heures, des agriculteurs se sont rassemblés à Aiacciu, Bastia, Corti, Calvi et Sartè. Pour la première fois, les six organisations syndicales agricoles de l’île portaient ensemble le mouvement : Coordination Rurale Corsica, FDSEA 2A, FDSEA 2B, JA Corse, Mossa Paisana et Via Campagnola.
La mobilisation s’est notamment traduite par des blocages des ports de commerce de Bastia et d’Aiacciu. À Bastia, des tracteurs ont rejoint le port après le rassemblement devant la préfecture, tandis que pneus et palettes ont été incendiés devant celle-ci au cours des négociations. Des actions ont également concerné Propriano et l’aéroport de Calvi.

À l’origine de la colère, un chiffre : 1,3 million d’euros. Pour en comprendre la portée, il faut revenir à un été 2026 particulièrement sévère. Selon le ministère de l’Agriculture, la température moyenne de juillet a atteint 24,9 °C, dépassant les précédents historiques de 2003 et 1976. 65% du territoire français a été confronté à une sécheresse qualifiée d’inédite par le ministère, 95 départements ont connu des restrictions d’eau et 79 ont été placés au niveau « crise » au plus fort de l’été. Dans de nombreux territoires, le ministère fait état de pertes de rendement moyennes de 50% et de stocks fourragers réduits de plus de moitié.
Selon Agreste, le service statistique du ministère, au 10 septembre 2026, la pousse cumulée des prairies permanentes était ainsi inférieure de 39% à la moyenne observée à la même période entre 1989 et 2018. Une réalité directement perceptible dans les exploitations : moins d’herbe signifie moins de fourrage pour les troupeaux, tandis que le manque d’eau réduit les capacités d’irrigation et pèse sur les productions.
C’est dans ce contexte que la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a annoncé le 4 septembre le plan Climat, Adaptation, Sécheresse, Incendies (CASI). D’après le ministère, plus d’un milliard d’euros sont mobilisés à l’échelle nationale pour indemniser les pertes exceptionnelles et permettre aux exploitations de relancer leur production. Le dispositif comprend notamment une estimation de 520 millions d’euros pour l’Indemnisation de solidarité nationale, 30 millions pour le régime des calamités agricoles et plus de 300 millions de dégrèvements de taxe foncière sur les propriétés non bâties.
S’y ajoute un fonds de réarmement agricole de 235 millions d’euros, destiné notamment à financer les besoins nécessaires à la reprise de l’activité : fourrages, aliments pour animaux, semences, plants ou autres intrants. Sur cette enveloppe, 1,3 million d’euros a été attribué à la Corse.

Un montant très éloigné des évaluations réalisées sur l’île. À la veille de la mobilisation, les six syndicats faisaient état des estimations des services techniques de la Chambre d’agriculture de Corse : 8 à 9 millions d’euros de pertes dans l’hypothèse basse, jusqu’à 21 millions dans l’hypothèse haute. Pour la seule campagne 2026-2027, la Chambre estime par ailleurs à au moins 8,4 millions d’euros les besoins des éleveurs pour faire face au manque de fourrage et d’aliments concentrés.
Après plusieurs heures de négociations le 24 septembre, une première avancée a été obtenue : une clause de revoyure. Elle permet de commencer à mobiliser les 1,3 million d’euros sans considérer cette enveloppe comme définitivement figée. Son montant pourra être réexaminé en fonction des besoins constatés et des crédits nationaux disponibles. L’objectif annoncé est d’effectuer le plus grand nombre possible de paiements au 1er décembre 2026.
Les représentants agricoles veulent désormais utiliser cette ouverture pour obtenir davantage. Des discussions portent notamment sur une possible réorientation vers le fonds de réarmement de crédits initialement destinés aux dispositifs assurantiels.

Un rendez-vous est surtout prévu le mercredi 30 septembre avec le cabinet de la ministre de l’Agriculture. Une délégation corse doit y porter directement les spécificités agricoles de l’île, avec des représentants de la Chambre d’agriculture, de la Safer, de l’Odarc ainsi que de Via Campagnola et Mossa Paisana. Le directeur de l’Agence de services et de paiement doit également participer aux échanges.
Mais le front commun du 24 septembre laisse progressivement apparaître des priorités différentes. À Bastia, après plusieurs heures de réunion en préfecture, la FDSEA 2B a choisi de poursuivre son action. Le lendemain, vendredi 25 septembre, la FDSEA, les Jeunes agriculteurs et la Coordination rurale ont remis au premier plan un autre dossier : l’indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN).
Intégrée à la Politique agricole commune, cette aide vise à compenser une partie des surcoûts et pertes de revenus liés aux contraintes naturelles des territoires. Pour Joseph Colombani, président de la FDSEA 2B, la question aurait dû être traitée plus tôt : la ministre de l’Agriculture avait demandé que des rendez-vous soient organisés sur ce dossier, mais ceux-ci n’ont pas eu lieu.
Des repensants des trois organisations se sont donc rendus le 25 septembre dans les locaux de l’ODARC à Bastia, puis à la Direction départementale des territoires et de la mer, avant d’obtenir un échange avec la DRAAF.

L’enjeu est désormais de parvenir à des chiffres unanimement partagés entre organisations agricoles, Odarc et services de l’État : quels montants sont effectivement versés en Corse, quel différentiel existe avec le continent et comment les contraintes propres à l’île sont-elles prises en compte ? Une nouvelle réunion est prévue lundi 28 septembre à 10 heures, dans les locaux de l’Odarc à Bastia, afin de confronter les données avant le rendez-vous parisien.
Pendant ce temps, la délégation qui doit se rendre à Paris entend élargir les discussions. Parmi les dossiers figurent les contrôles auxquels sont soumis les exploitants, notamment les éleveurs ovins et caprins et les surfaces agricoles. Les représentants demandent que certaines procédures impliquant les différents services de contrôle puissent être allégées ou adaptées aux réalités insulaires.
Derrière ces demandes se dessine une revendication plus large : celle d’une Politique agricole commune adaptée aux spécificités de la Corse. La sécheresse et les 1,3 million d’euros du plan CASI ont servi de déclencheur, mais la discussion porte désormais sur la façon dont des dispositifs nationaux et européens prennent en compte les contraintes agricoles, climatiques et géographiques de l’île.
Le rendez-vous du 30 septembre constitue donc la prochaine étape de cette mobilisation. Pour une partie des représentants agricoles, l’enjeu sera d’obtenir des réponses sur le plan CASI, les contrôles et, plus largement, l’application de la PAC en Corse. Pour d’autres, la priorité immédiate reste de régler le différentiel de l’ICHN avant de monter à Paris.

Quelques jours après avoir fait front commun, les organisations agricoles ne suivent donc plus nécessairement la même stratégie. Mais les différents dossiers ramènent à une même question : comment faire entrer les spécificités de l’agriculture corse dans des dispositifs pensés à l’échelle nationale et européenne ?
Partie d’une enveloppe de 1,3 million d’euros, la mobilisation a ainsi ouvert une discussion beaucoup plus large. Les rendez-vous des 28 et 30 septembre devront désormais déterminer si les engagements obtenus après les blocages peuvent se traduire par des décisions concrètes. •

Petru Luciani.

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