Dans la hiérarchie des élections, les élections municipales occupent une place particulière. Les électeurs leur accordent un intérêt renforcé attesté par des participations plus fortes que lors des autres scrutins, nationaux ou territoriaux. Elles auront lieu en mars 2026, mais c’est durant les trois mois d’été qui viennent que se joueront la quasi-totalité des situations locales.
À travers les conseils municipaux se met en place l’encadrement de base du pays, par l’élection de 360 maires, un bon millier d’adjoints et trois à quatre fois plus de conseillers municipaux. Cette « armée de l’ombre » issue des votes de mars 2026 formera l’ossature démocratique de la Corse des prochaines années.
La tradition claniste avait mis l’élection municipale au cœur de la vie politique corse. Tenir le plus grand nombre de mairies possible comme autant de leviers d’influence était au centre de toutes les stratégies de pouvoir. C’est le réseau ainsi constitué qui assurait les victoires espérées par ceux qui voulaient dominer la vie politique locale, conseillers généraux, conseillers territoriaux, sénateurs et députés, jusqu’au graal espéré par tout chef claniste, un maroquin de ministre ou de secrétaire d’État.
Le mouvement nationaliste s’est imposé en marge de cette construction politique traditionnelle. L’ARC des années 75-80 avait même demandé à ses militants de démissionner de leurs fonctions au sein de conseils municipaux entachés le plus souvent de fraude électorale, de népotisme et de soumission au pouvoir préfectoral. Plusieurs événements ont même marqué l’Histoire agitée de cette période quand des arrêtés municipaux et des élus ceints de leurs écharpes bleu-blanc-rouge avait refusé à Canta u Pòpulu Corsu ou à I Muvrini l’accès aux places de village.
La jeunesse des années 80 qui s’était ouverte à la cause nationaliste est aujourd’hui devenue la génération dominante, et les clans ont rendu les armes dans de nombreuses communes qui étaient pourtant réputées comme des fiefs inexpugnables. C’est même l’élection municipale de Bastia en 2014 qui a lancé le cycle de la progression du mouvement nationaliste dans les urnes, ouvrant la voie à une première victoire territoriale en 2015, renouvelée et renforcée en 2017, et encore plus nette en 2021.
Arrivé à la tête de la Collectivité de Corse, l’Exécutif de Gilles Simeoni a fait la part belle au soutien aux communes, via un règlement équitable des financements accordés en dehors de toute préférence politique. Même si l’année 2025, année de transition, marque une pause dans ces procédures, la dynamique est réelle comme l’atteste le volumineux montant des individualisations de subventions effectuées en juin. D’ailleurs, dans les échanges informels que les maires peuvent avoir entre eux, l’avis est largement répandu que pas un projet communal n’est resté en rade car il aurait manqué de financements du côté de la Collectivité de Corse.
Certes, l’exercice du pouvoir par trois Exécutifs nationalistes successifs a mis cette majorité nouvelle à l’épreuve de la réalité des budgets contraints, des dynamiques économiques difficiles et des discussions hachées avec un pouvoir central toujours aussi intrusif et souvent hostile. Les « grandes familles » du passé claniste ont fait leur traversée du désert avec beaucoup de difficultés, mais quelques figures emblématiques continuent d’occuper la scène locale, arc-boutés sur des communes où ils maîtrisent le terrain. Leur résilience s’explique aussi par le support intéressé apporté par les préfectures qui ont toujours choyé le « parti français » au sein des 360 communes de Corse.
Côté nationalistes, l’élection municipale n’a pas toujours fourni des satisfactions. Sur Aiacciu par exemple, les échecs ont succédé aux échecs, chaque élection échouant à créer des démarches politiques allant au-delà du temps d’un premier scrutin. À Bastia et Portivechju, au contraire, les structures créées le temps d’une première élection ont su se maintenir dans l’opposition, puis l’emporter ensuite.
Structurer une opposition contribue ainsi à consolider nos bases presque autant qu’une victoire électorale. L’important c’est de pouvoir compter sur un réseau fiable d’acteurs municipaux qui maintiennent l’esprit du nationalisme au niveau de chaque commune et de chaque pieve.
Durant l’été, les listes se feront. Beaucoup de mairies seront dans la continuité des sortants, mais plusieurs renouvelleront leurs conseils municipaux. Lors de ces mouvements se dessineront les équilibres politiques qui détermineront le déroulement des prochains scrutins. •








