Il y a la réalité et les apparences. Le discours de fond est bien établi, répété depuis l’origine : le Rassemblement National est la vitrine politique d’une doctrine centraliste étatique forte, aux relents de dérives autoritaires. Les apparences, elles, depuis quelques mois, se veulent plus « régionalistes », notamment en Corse, avec un talent inné pour tromper l’opinion.
Le discours de fond, Jean Philippe Tanguy, celui qui passe pour le véritable n°2 du parti après Marine Le Pen, l’a martelé sur les ondes de BFM-TV : « les présidents de région sont des barons qui réclament toujours plus de pouvoir et toujours plus d’argent. On a toujours été très critiques des échelons régionaux (…) ce sont des instances où ça blablate beaucoup, où ça prend des indemnités (…) ».
Le fond de leur pensée est résumé dans ce mépris affiché. Chez eux, le régionalisme est honni et seule est magnifiée une nation française hégémonique incarnée par la flamme bleu-blanc-rouge de leur logo.
Mais leur credo jacobin rencontre parfois des limites au sein même de l’électorat susceptible de se porter sur eux. Souvent, les aspirations populaires sont anti-parisiennes et, même si la démagogie extrême-droitière sait surfer sur ces sentiments, tout cela est en réalité bien éloigné de la doctrine centrale du mouvement. Aussi, le RN n’a de cesse que de pratiquer le double langage, tout en veillant à toujours barrer la route à tout projet qui mettrait en avant les aspirations des territoires contre l’hégémonie centraliste.
Ainsi en a-t-il été du vote sur le statut d’autonomie de la Corse où le groupe RN a voté comme un seul homme contre la réforme constitutionnelle proposée. Leur « contre-projet » n’a été qu’un écran de fumée pour donner le change et faire croire aux yeux des plus crédules qu’ils sont « plus autonomistes que les autonomistes ». Ainsi Marine Le Pen a brandi lors du débat la « préférence régionale » pour les Corses, présentée comme une variante de la « préférence nationale » qui est la base de son discours général.
Mais le double discours est aussi un piège redoutable pour ceux qui s’y adonnent comme le fait en permanence Nicolas Battini en Corse. Confronté aux chiffres qui établissent que ceux qui s’installent en Corse sont pour 75% des pinzuti continentaux, et aussi de nombreux nouveaux venus du reste du continent européen, et que seule une faible proportion, 15% au maximum, sont des immigrés d’Afrique du Nord, il entre alors dans un dérapage incontrôlé pour expliquer que les « immigrés » venus de France sont des « cadres et des hauts fonctionnaires » qui ne convoitent pas les mêmes emplois que les Corses. Et d’enchaîner : « Vous savez ce qu’aimeraient les ouvriers corses ? Pas devenir le grand cadre d’Auchan ou de Leclerc à Bastia. De toutes façons ils n’ont pas les compétences et cela ne les intéresse pas ». Dans la Corse de Nicolas Battini et du Rassemblement National, les Corses sont donc voués aux tâches subalternes !
Le même raisonnement les amène à combattre le statut de résident, rejeté par leur groupe lors du débat parlementaire. Chacun sait bien que ce ne sont pas les immigrés d’Afrique du Nord qui exercent la pression que connait le marché immobilier de la Corse ! De la sorte, leur tout nouveau concept de « nationalisme francophile », mis en avant par le leader de Mossa Palatina lors du point presse tenu aux côtés de plusieurs des principaux leaders du Rassemblement National à Aiacciu, prend tout son sens : evviva i Pinzuti è fora i Corsi !
Dans la même logique, le « contre-projet » du RN refuse tout statut officiel pour la langue corse, et il refuse tout transfert d’un pouvoir législatif à la Corse, ce qui le ramène à son point de départ : la défense acharnée d’un pays centralisé et autoritaire, où pas une parcelle de pouvoir ne doit échapper à Paris. Doublée d’une propension naturelle à recourir à des méthodes policières répressives, l’éventuelle arrivée au pouvoir de l’extrême-droite en France nous promet de sombres lendemains ! Il faut en préserver nos enfants et nos petits-enfants. •








