Le 31 janvier, Core in Fronte organisait les rencontres internationales entre différents partis et mouvements nationalistes entre Sardaigne, Sicile et Corse. Le sujet : la démilitarisation de la Méditerranée, enjeu on ne peut plus important pour nos territoires insulaires. Retour sur cette réunion débat.
La militarisation de la Méditerranée, pour la majorité des Corses, est un sujet nébuleux. Chez nous, la présence militaire est pourtant omniprésente depuis maintenant plus d’un siècle, depuis que l’île a été le théâtre des différentes guerres mondiales.
La base de l’OTAN à Solenzara est l’endroit qui vient à l’esprit immédiatement lorsque le sujet de la militarisation est mentionné : la base ouverte en 1960 peut accueillir jusqu’à 40 avions de chasse et 10 avions tactiques de transport, dans un endroit stratégique ouvrant sur l’Orient. Sa garnison comporte environ 950 personnes en 2021. En plus de cette base stratégique, le nombre total de militaires dans l’île monte à 2200 actuellement, notamment à travers les garnisons de la légion étrangères, « les para » pour parachutistes, des délégations militaires ou encore des régiments d’infanterie.
À cela s’ajoutent les nombreux gendarmes déployés dans l’île : environ 1030 gendarmes et 235 gendarmes réservistes sont présents actuellement en Corse.
Le calcul est rapide : avec plus de 4400 personnes concernées, en comptant les conjoints et familles des militaires détachés, plusieurs milliers de personnes sont directement concernées par l’armée en Corse.
Forts de ce constat, les mouvements politiques présents à Ponte Novu ce 31 janvier, en répondant à l’appel de Core in Fronte, ont tiré la sonnette d’alarme : dans un contexte géopolitique instable, les peuples corses, sardes, siciliens doivent s’élever contre la présence militaire sur leurs territoires. Parmi les organisations représentées : Eculugia Sulidaria, Presenza Paolina, U Cumitatu di Ricustruzzione d’u Partitu Cumunistu et bien évidemment Core in Fronte, mais également le mouvement sarde A Foras, et Trinacria pour la Sicile, deux collectifs anti militaire.
Le refus de cette militarisation englobe d’autres sujets, comme la présence coloniale en Corse, l’impérialisme rampant et destructeur, et la soumission des peuples par la force.
Durant cette réunion-débat, de nombreux échanges ont eu lieu pour organiser la future stratégie de campagne pour sensibiliser et rassembler les peuples insulaires. Comparaison avec la réalité des territoires de Sardaigne et de Sicile, bien plus sensibilisés à la question militaire : en Sardaigne, le sentiment anti-militariste est fort et ancré pour nombre de sardes. En mai 2025, des manifestations ont eu lieu dans l’île sœur pour protester contre le réarmement de l’Union européenne, réarmement qui par ricochet augmentera l’activité militaire dans l’île.
Derrière cette volonté de rassemblement et de réflexion, des faits : les peuples subissant une présence militaire sont plus pauvres que la moyenne nationale. Leurs habitants accusent un taux inquiétant de maladies potentiellement liées à la militarisation, comme les naissances d’enfants avec des malformations, ou encore une pollution des eaux et des terres autour des zones militaires. Les retombées économiques ne tiennent pas face aux conséquences sanitaires, écologiques et politiques de la présence militaire dans ces îles. Le refus de cette militarisation englobe d’autres sujets, comme la présence coloniale en Corse, l’impérialisme rampant et destructeur, et la soumission des peuples par la force.
Avec ces revendications légitimes, une autre idée, plus profonde, plus fondamentale : la volonté de revendiquer le pacifisme, le refus des guerres. Car les conflits mondiaux, jusqu’à nos jours, ont concerné les peuples de ces îles malgré eux. L’instabilité du contexte politique actuel va, malgré nous, finir par nous concerner directement, que l’on s’intéresse aux problématiques militaires sur notre territoire ou non.
La conférence de presse à la fin de cette réunion a posé des termes clairs : « Par un avvena di prugressu suciali, di spannamentu è di subranità pupulari, INNÒ À A GUERRA. INNÒ À U CULUNIALÌSIMU. INNÒ À L’IMPERIALÌSIMU. U Mediterraniu hè nosciu è u firmarà. » •








