En parallèle de l’assemblée générale de l’Alliance Libre Européenne, Femu Ghjuventù est devenu membre à part entière de la grande famille de l’ALE au sein d’EFay, son organe de jeunesse, à la suite d’un vote favorable des différents partis membres. Arritti a eu l’occasion, en marge des différents travaux, d’échanger avec Jean Baptiste Geronimi, coordinateur national, ainsi qu’avec Pauline Santelli, chargée de la coopération internationale au sein du bureau de Femu Ghjuventù.
Femu Ghjuventù, qu’est-ce que c’est ?
Jean Baptiste Geronimi : Femu Ghjuventù est le mouvement de jeunesse de Femu a Corsica, officiellement lancé lors de la conférence de presse du 5 avril dernier. Il s’agit d’une structure militante et politique, ouverte aux jeunes âgés de 16 à 35 ans qui souhaitent s’engager dans la défense des droits du peuple corse, la promotion de son identité, et la construction d’une société plus juste, démocratique et apaisée.
Cette initiative s’inscrit dans le prolongement de l’histoire militante de la jeunesse corse, qui a toujours joué un rôle central dans les grandes luttes depuis les années 1970 : défense de la terre, de la langue, de la culture et de l’environnement.
Femu Ghjuventù a été pensé comme une composante à part entière de Femu a Corsica, avec un espace autonome d’expression, de formation, de réflexion et d’action. Cette structure est née du constat que malgré la forte implication des jeunes dans les actions du parti, il manquait une organisation spécifique pour fédérer, former et coordonner les jeunes militants.
Quels sont vos objectifs ?
Femu Ghjuventù poursuit des objectifs clairs, articulés autour de trois axes fondamentaux.
A Terra :
– Protéger l’environnement et les terres agricoles corses.
– Lutter contre la bétonisation, la spéculation foncière, et la dépossession.
– Promouvoir un modèle agricole autonome et durable.
– Défendre un aménagement du territoire respectueux de la nature et accessible aux jeunes (logement, accès à la propriété).
A Lingua :
– Défendre et promouvoir la langue corse dans toutes les sphères : éducation, institutions, vie publique.
– Renforcer son statut pour en faire un pilier d’intégration, de cohésion sociale et de rayonnement culturel.
– Lutter contre l’uniformisation culturelle et réaffirmer le droit du peuple corse à exister dans sa langue.
U Pòpulu :
– Lutter contre la précarité, notamment chez les jeunes.
– Promouvoir un modèle économique et social durable, solidaire, et redistributif.
– Défendre l’accès à des conditions de vie dignes pour tous les Corses.
Enfin, dans le prolongement de notre combat politique, nous contribuons pleinement au processus de révision constitutionnelle en cours, avec la volonté d’aboutir, d’ici la fin de l’année 2025, à l’obtention d’un statut d’autonomie pour la Corse.
Avez-vous des projets en cours ?
Dans le cadre de notre engagement et de notre ancrage sur le terrain, nous avons initié plusieurs actions pour répondre aux enjeux sociaux et économiques que rencontrent les jeunes corses aujourd’hui.
Le 14 avril dernier, une rencontre a été organisée avec l’association Aiutu Studientinu, acteur essentiel de la lutte contre la précarité étudiante sur le campus de l’Università di Corsica. Cette réunion a mis en lumière une situation alarmante : la perte de convention avec des grandes surfaces a fragilisé leur capacité à répondre aux besoins urgents des étudiants précaires.
Face à ce constat, Femu Ghjuventù a pris l’initiative de chercher de nouvelles conventions avec d’autres enseignes, afin de garantir la continuité de l’aide alimentaire et logistique. Dans cette dynamique de solidarité active, nous organisons une opération caddie très prochainement sur Corti, dont l’intégralité des dons sera reversée à l’Aiutu Studientinu.
Nous avons également tenu une réunion avec les étudiants corses en médecine, centrée sur les impacts de la loi Garot.
Cette rencontre, riche et instructive, a permis de mesurer les conséquences directes de cette loi sur l’avenir de la médecine en Corse : risque de désertification médicale, obstacles au retour des jeunes médecins sur l’île. Elle a aussi été l’occasion d’ouvrir un débat sur la création d’un centre hospitalier universitaire (CHU) en Corse, infrastructure stratégique pour renforcer la formation médicale sur place, développer une recherche adaptée aux réalités locales, et garantir un meilleur accès aux soins pour la population.
Femu Ghjuventù n’a pas vocation à rester inactif. Nous voulons aller à la rencontre des jeunes dans les villes comme dans les villages, auprès des étudiants, des jeunes actifs, de ceux qui veulent s’engager ou simplement comprendre les enjeux de société.
Notre objectif est clair : reconnecter la jeunesse corse à la vie politique, leur redonner envie d’agir, de comprendre, de proposer. Nous voulons que chaque jeune corse se sente acteur de l’avenir de son pays.
C’est dans cette optique que nous multiplions les échanges, les rencontres, les débats, afin de faire émerger une nouvelle génération prête à construire une Corse libre et émancipée. •
Questions à Pauline Boutet-Santelli
Femu Ghjuventù vient de devenir un membre officiel de l’EFA Youth, la structure jeune de l’Alliance libre européenne (EFA). Quel est le but de cette structure ?
Pauline Santelli : La semaine dernière à Nantes se tenait l’Assemblée générale annuelle de l’Alliance libre européenne (European Free Alliance) et de sa structure jeune, ainsi que celle de la fondation Coppieters. Femu a Corsica est l’un des membres de cette organisation, réunissant des partis politiques européens, née en 1981. Notre vice-secrétaire nationale Livia Volpei a d’ailleurs été réélue en tant que membre du bureau de l’ALE cette année.
La structure jeune de l’Alliance Libre Européenne (EFA Youth) est la branche jeunesse de l’Alliance Libre Européenne. C’est une organisation de jeunesse paneuropéenne composée de membres issus d’organisations politiques qui défendent et promeuvent la diversité culturelle, linguistique et nationale de l’Europe de manière progressiste. Les principes politiques fondamentaux d’EFAy incluent le droit à l’autodétermination ou encore la protection de la diversité linguistique au sein de l’Union européenne et de ses institutions.
En quoi était-ce important pour les jeunes militants de Femu a Corsica ?
Nous avions acquis le statut de membre observateur en 2022 lors de l’Assemblée générale de l’EFAy. Il nous était impossible d’être un membre officiel parce que les jeunes de Femu a Corsica n’avaient pas d’organisation formelle. La création de Femu Ghjuventù en mars dernier nous a permis de présenter une candidature en tant que membre officiel d’EFAy. Les autres structures jeunesse ont voté en majorité pour notre intégration donc nous sommes désormais un membre officiel, ce qui nous permet d’avoir un droit de vote concernant l’élection du bureau ou encore les motions.
C’est important pour nous d’être présents d’une part pour faire entendre notre voix à l’international et d’autre part pour rencontrer les jeunes issus d’autres minorités européennes et échanger sur leurs idées et leurs pratiques militantes. Cela nous apporte également un grand enrichissement culturel. •








