Settimanale naziunalistu corsu dapoi 1966

N°2882

da u 27 di marzu à u 2 d'aprile 2025

U mo parè

Former ou renoncer

Negroni greve lycee agricole sartene

le 28/03/2025

Par François Joseph Negroni

C’est une scène qu’on aurait tort de balayer d’un revers de main : des élèves épaulés par leurs enseignants, qui bloquent leur propre lycée agricole à Borgu et Sartè. Non pas pour fuir les cours, non pas par caprice, mais pour défendre le droit d’apprendre. Pour dire, calmement mais fermement, que leur avenir ne peut pas être sacrifié sur l’autel de l’arbitraire budgétaire.

Car derrière cette mobilisation, il n’y a ni folklore ni calcul. Il y a une inquiétude très simple, très concrète, très juste : la baisse de la dotation globale horaire (DGH), décidée unilatéralement par le ministère de l’Agriculture, va abîmer la formation agricole en Corse. Moins d’heures de cours. Moins d’options. Moins de profs. Des classes surchargées, des filières affaiblies, une pédagogie sacrifiée. Et au bout du chemin, un modèle éducatif qui se délite, un à un, dans l’indifférence générale.

Ce que les élèves et leurs professeurs dénoncent, c’est cette logique rampante de l’usure. On commence par couper quelques heures. Puis on regroupe les classes. Puis on supprime une option ici, un poste là. Et puis un jour, on explique que, faute d’élèves, faute de moyens, faute de dynamique, la filière n’est plus viable. Alors on ferme. Et on habille tout ça de mots creux : « rationalisation », « optimisation », « cohérence territoriale ».

Mais qui peut croire que ces choix sont neutres ? Qui peut penser que dégrader la formation agricole aujourd’hui ne pèsera pas lourdement sur notre avenir demain ?

Le paradoxe est terrible : jamais on n’a autant parlé d’autonomie alimentaire, de circuits courts, de résilience locale, de transition écologique. Jamais les défis agricoles n’ont été aussi urgents, aussi profonds, aussi exigeants. Et pourtant, dans le même temps, on taille à la hache dans les moyens consacrés à former ceux qui devront y répondre. Où est la cohérence ? Où est la volonté politique ? Où est le courage de préparer l’avenir ?

Soyons clairs : la formation agricole en Corse n’est pas un luxe. C’est une nécessité. Ce n’est pas une filière secondaire, c’est un pilier stratégique. On ne parle pas ici de diplômes abstraits, mais de métiers concrets, enracinés, exigeants, utiles. De savoir-faire à transmettre, de gestes à maîtriser, de compétences à ancrer. De la relève, tout simplement.

Et cette relève, elle se prépare ici. À Borgu, à Sartè, dans nos lycées agricoles. Pas dans les promesses ministérielles ni dans les salons parisiens. Dans ces établissements où les élèves apprennent à connaître les sols, les cycles, les plantes, les bêtes, les marchés. Dans ces établissements où la taille humaine permet encore un accompagnement digne, une pédagogie ajustée, une orientation choisie plutôt que subie.

Ce sont ces outils qu’on est en train de fragiliser. Lentement, discrètement, mais sûrement. Et il faut le dire : cela n’a rien d’un accident. C’est une stratégie. Celle d’un État qui, sous couvert de gestion rigoureuse, applique en réalité une politique de retrait. Celle d’une République jacobine qui ne sait toujours pas penser les périphéries autrement qu’en termes de coût. Celle d’une administration centrale incapable de reconnaître les spécificités d’un territoire insulaire, rural, montagneux, agricole.

Soyons clairs : la formation agricole en Corse n’est pas un luxe. C’est une nécessité. Ce n’est pas une filière secondaire, c’est un pilier stratégique.

Le risque est clair : à force de rogner, de regrouper, de standardiser, on fabriquera un système inadapté, inéquitable et inefficace. On perdra des vocations, des compétences, des savoirs. Et ce seront les jeunes qui paieront. Ce sera la Corse qui paiera.

Les lycéens l’ont bien compris. Ils savent qu’un établissement qui perd des heures, c’est un établissement qui perd en attractivité, qui perd en exigence, qui perd tout court. Ils savent que dans ce contexte, chaque option maintenue est une victoire. Que chaque heure défendue est une respiration. Que chaque professeur sauvé est un pilier pour leur formation.

C’est pourquoi leur mobilisation est juste. Elle est digne. Elle est nécessaire. Elle mérite d’être soutenue, partout, sans ambiguïté. Des élus, des institutions, des forces vives de ce pays. Car ce combat n’est pas celui d’une poignée de lycéens en colère. C’est le combat d’un peuple pour son avenir. Pour son autonomie. Pour sa capacité à se nourrir lui-même, à produire, à transmettre, à décider.

Le soutien des forces politiques, des chambres consulaires, des syndicats, des collectifs de jeunesse va dans le bon sens. Mais il faudra aller plus loin. Il faudra que les négociations en cours aboutissent à des garanties concrètes : maintien des dotations, maintien des postes, maintien des options. Il faudra que le ministère entende, enfin, ce que tout le monde ici a compris : on ne joue pas avec la formation. Encore moins quand il s’agit d’un secteur aussi stratégique que l’agriculture.

Il faudra aussi, peut-être, se poser collectivement une question simple : que voulons-nous transmettre à notre jeunesse ? Un pays sous dépendance, condamnée à l’importation massive et à la précarité alimentaire ? Ou un pays fier, souverain, capable de produire pour lui-même, de valoriser ses terres, de nourrir son peuple ?

Nous ne voulons pas d’une Corse où les jeunes agriculteurs se forment à trente-cinq par classe, ou pire, sur le continent. Nous ne voulons pas d’une Corse qui abandonne ses outils de formation pendant qu’elle rêve de relocalisation.

Former ou renoncer. Voilà l’alternative. Et pour nous, le choix est clair. •

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