Couvent d’Orezza, Corti, Ponte Novu : dans ces lieux historiques s’est construite la nation corse au XVIIIe siècle, sous l’égide de Pasquale Paoli dont nous fêtons en cette même année 2025 le 300e anniversaire de la naissance.
La Nation corse a subi ensuite un siècle de colonisation, puis elle s’est à nouveau éveillée, au début du XXe siècle. A Cispra, la revue corsiste fondée en 1914 par Saveriu Paoli et Ghjacumu Santu Versini, l’exprimait ainsi en une devise politique : « a Corsica ùn hè micca un dipartimentu francese ; hè una Nazione vinta chì hà da rinasce ».
Ssa rinàscita c’est à Aleria qu’elle est advenue, ce 22 août 1975 !
Et, depuis un demi-siècle désormais, tout a découlé de cette renaissance historique.
Pourquoi un évènement prend-il, à l’insu même de ses acteurs, la dimension qu’on lui connaît ?
Cela tient pour l’essentiel à la perception qu’en a le peuple dans ses couches les plus populaires. Les « autonomistes » de 1975 sont alors bien loin d’être majoritaires dans la société corse. Ce sont des militants enracinés et déterminés, mais leur premier succès électoral, sept ans plus tard, a plafonné à 11 % des suffrages pour la liste conduite par Edmond Simeoni. Pourtant cette poignée de précurseurs a trouvé un soutien unanime parmi les Corses, dans les villes, les villages, au nord comme au sud, dans la diaspora, dans toutes les couches sociales, dans toutes les générations. Tous ont donné raison aux insurgés d’Aleria, et ils ont mobilisés toute leur énergie pour contrarier l’action des forces de l’ordre et soutenir les fugitifs. C’est cet élan populaire qui a donné tout son sens aux événements d’Aleria.
L’autre raison est la place que prend l’événement dans le récit national de la Corse. Le peuple corse a repris alors conscience, à Aleria, de la force de sa mobilisation, face à un État imbu de sa supériorité matérielle, de sa Cour de sûreté de l’État, et de ses polices officielles et parallèles.
Tandu rinasce a Nazione vinta, è si pò scrive una antra storia. Quella di l’autunumìa è di a libertà. Quella di un pòpulu corsu ammaestrendu u so destinu. •








