Le 15 février 2025, Chloé Aldrovandi, 18 ans, mourait d’un assassinat dont elle n’était pas la cible. Plus qu’une simple victime collatérale d’évènements qui ne la concernaient pas, la jeune femme est aujourd’hui le symbole de l’injuste violence qui sévit dans notre île. Un an plus tard, ses proches, familles et amis, ont trouvé la force de briser le silence de cette longue période de deuil.
Depuis quelques semaines, plusieurs dizaines de photos sont partagées sur les réseaux sociaux. Le visage souriant et rieur d’une jeune fille, tantôt entourée de ses amies, tantôt de sa famille, ou encore enfant. Partages spontanés autour de la date de sa mort, un an plus tôt, ces clichés sont pourtant inédits pour le grand public.
Le 15 février 2025, la mort de Chloé Aldrovandi a fait couler une chape de plomb sur l’ensemble de la société corse. L’inimaginable s’est produit : la mort d’une femme aux yeux de tous, jeune, innocente, abattue sans autre forme de procès au volant d’une voiture qui n’était pas la sienne dans un destin qui n’aurait pas dû être le sien. Ce jour-là, le temps s’est suspendu dans l’île. Quand nous, société, avons émergé de cette torpeur sinistre, quand le cours de nos vies a repris fatalement, tout était pourtant différend. Quelques semaines plus tard, une manifestation historique pour protester contre l’emprise maffieuse dans notre société a eu lieu, le 8 mars. Cependant, on ne pouvait pas y parler de Chloé. C’était trop tôt, ce n’était pas le lieu ni le moment. Nous ne pouvions pas mettre des mots sur cette douleur avant sa propre famille. Nous ne pouvions qu’imaginer le chagrin d’une famille perdant son seul enfant, et le long cauchemar qui s’en est suivi pour eux.
Un an plus tard, ses proches prennent la parole pour raconter Chloé. La faire revivre infiniment dans
des anecdotes si banales, pourtant si précieuses, arrêtées à jamais dans le temps. Le temps, impitoyable et salvateur, leur a permis de poser des mots, de briser le silence. À l’heure où les interpellations ne délivrent pas encore de résultats probants, c’est l’un des seuls moyens d’avancer, de survivre. Parler.
Chloé n’est plus. Survivre, pour sa famille, est une obligation. Se battre contre le système qui lui a ôté la vie est un devoir moral. Cette année 2026 voit naître le prix Chloé Aldrovandi, pour distinguer chaque année une action menée par les élèves, dans le cadre des parcours pédagogiques antimafia.
Ce que Chloé dit de nous
La mort de Chloé n’est pas seulement l’histoire d’une famille en deuil, de la douleur infinie d’un père et d’une mère. Ce n’est pas non plus les portraits et photos de la jeune fille, partagés sur les réseaux sociaux, peints sur les murs de l’université où elle étudiait, avec un sourire éternel, des yeux pour toujours rieurs et doux. Son meurtre est aussi un coup de poing dans notre paralysie sociétale autour des questions mafieuses. Son visage reflétera à jamais les conséquences de notre passivité sociétale, de l’inertie complète de la société Corse face à la banalité du mal mafieux. La société Corse n’est pas coupable : elle est victime. Chaque mère qui perd un enfant dans ces circonstances nous remet face à notre inertie, notre paralysie sociétale entière, où on s’invente encore aujourd’hui un code d’honneur qu’auraient les criminels agissant en Corse, une moralité, ou encore une vertu politique…
Se battre pour l’avenir
Un an plus tard, nous devons faire face, agir, ne plus accepter. Chloé n’est plus. Survivre pour elle est une obligation. Se battre contre le système qui lui a ôté la vie est un devoir moral. Cette année 2026 voit naître le prix Chloé Aldrovandi, pour distinguer chaque année une action menée par les élèves, dans le cadre des parcours pédagogiques antimafia. « À travers ce prix, Chloé va continuer à éveiller les consciences, à protéger certaines personnes, à faire vivre ce qu’elle était. Son nom, grâce à ce prix, ne sera plus associé à la peur, mais sera synonyme d’espoir » (Cathy Albertini Aldrovandi, mère de Chloé). •








