Le raid de l’armée américaine et l’enlèvement manu militari du président vénézuélien Nicolas Maduro et de son épouse, extradés vers les États-Unis en tant que « terroristes » à la tête d’un réseau de trafic de drogue, confirme les intentions agressives d’un Donald Trump visiblement enivré par les succès opérationnels de son armée.
La tradition interventionniste et impérialiste yankee n’est pas nouvelle. Entre le renversement de Salvador Allende au Chili en 1973 et le fiasco de l’agression contre Cuba décidée par John Kennedy en 1963, en passant par l’enlèvement (déjà !) du président du Panama, le général Noriega, en 1990, les précédents sont nombreux en Amérique du Sud, où, pour Washington, de tout temps, la pax americana doit être la règle.
Plus récemment, il y a eu aussi le précédent retentissant de l’Irak en 2003 quand George Bush a choisi de renverser Saddam Hussein en réaction aux attentats du 11 septembre 2001. Pour cela, de fausses accusations contre le dictateur supposé disposer d’armes chimiques de « destruction massive » ont été martelées à la tribune de l’ONU pour donner un cadre juridique international à l’offensive militaire américaine. On connaît la suite, véritable catastrophe politique pour les USA et pour le monde qui a subi les années noires de l’État Islamiste. Quelques années auparavant, une intervention armée en Somalie en octobre 1993 avait, elle, viré à la catastrophe militaire, les hélicoptères d’assaut US ayant été pris sous le feu des combattants islamistes shebab.
À moindre échelle, mais auréolée de succès politiques, l’armée américaine a lancé depuis des raids similaires pour déloger et tuer Ben Laden au Pakistan (Barack Obama), exécuter le général iranien Suleimany en Irak (Trump premier mandat), et sans doute plusieurs autres « opérations spéciales » restées secrètes, notamment dans la guerre contre l’islamisme.
Mais, depuis que Donald Trump a été réélu président des Etats-Unis, le rythme s’accélère soudainement, et les moyens engagés prennent des proportions nouvelles.
Le bombardement XXL, avec des bombes surpuissantes, des sites nucléaires iraniens, en soutien à l’offensive israélienne de juin dernier, a été la première intervention d’envergure. Celle qui vient de survenir au Venezuela a demandé encore plus de moyens : 20% de la flotte américaine a été mobilisée sur zone, la CIA et les services secrets ont multiplié des mois durant les actes d’espionnage pour préparer l’intervention militaire, et probablement aussi pour retourner nombre de dignitaires vénézuéliens si l’on considère la très faible résistance observée au moment du raid.
Deux interventions de cette ampleur en moins d’un an de pouvoir : manifestement Donald Trump et l’administration américaine ont décidé d’augmenter vertigineusement leurs politiques d’ingérence sur la marche du monde.
Car ces actes militaires minutieusement préparés et largement médiatisés s’accompagnent de prises de positions politiques de plus en plus agressives, y compris à l’égard des alliés historiques de l’Occident. Qu’on l’admette ou non, l’action militaire menée contre le Venezuela donne encore plus de poids aux déclarations tonitruantes sur l’annexion voulue du Groënland, territoire administré par le Danemark, pays européen, en mer Arctique. Dans le même temps, l’Europe est pour la première fois visée par des « sanctions » contre les acteurs principaux de la surveillance d’internet contre les dérives des Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, et aussi X – ex-Twitter – et consorts). Que Washington s’insurge contre des directives européennes emblématiques de la résistance de l’Union européenne à la toute puissance américaine, et qu’il menace l’Europe de représailles économiques passe encore. En « sanctionnant » des responsables, on change de registre et on passe, dans le langage diplomatique, à une rhétorique guerrière à laquelle les récents événements survenus à Caracas donnent une résonnance nouvelle.
Ce que Donald Trump exprime dans ses initiatives guerrières, c’est une volonté d’hégémonie sans partage sur sa « zone d’influence » dans laquelle il situe manifestement l’Union européenne. Ainsi, plusieurs fois il a critiqué l’UE comme obstacle majeur aux intérêts américains en raison de sa surface économique bien plus forte que celle qui résulterait de la simple addition des économies de chaque État-membre. Aussi, ses ingérences politiques répétées en faveur de l’extrême droite anti-européenne, qu’elle soit au pouvoir comme Victor Orban, ou dans les coulisses du pouvoir comme l’AfD en Allemagne ou le Rassemblement national en France, visent, plus qu’à soutenir une idéologie, à provoquer une crise politique existentielle de l’UE.
Depuis les événements survenus au Venezuela, nous savons avec certitude que ce ne sont pas que des paroles en l’air. •








