Settimanale naziunalistu corsu dapoi 1966

N°2957

da u 5 à l'11 di nuvembre di u 2026

Crise sociétale majeure

La précarité tue de plus en plus

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le 04/11/2026

Le collectif Les morts de la rue a publié le 28 octobre dernier la 13e édition de son rapport annuel «Dénombrer & Décrire», consacrée à la mortalité des personnes sans chez-soi en France. Il divulgue ainsi un nouveau record effroyable : 912 personnes sans domicile sont décédées en 20241 en France. Soit +16% en un an, un chiffre en constante augmentation depuis le premier rapport paru en 2012 (413 décès).

« Dans une période marquée par des incertitudes économiques et politiques, face à une crise du logement en pleine aggravation et à une situation de précarité et d’urgence sociale qu’elle génère, il est essentiel de rappeler que le fait d’être “sans-abri”, “sans domicile” ou “sans chez-soi” constitue un facteur de mortalité prématurée indépendant de tout autre facteur social défavorable. En d’autres termes, Vivre à la rue, tue ! » dénonce le collectif Les morts de la rue (CMDR).
Rappelons que le rapport annuel de la Fondation pour le logement estime à 350.000 en 2024 le nombre de personnes qui vivent sans domicile, en France, 7e puissance économique mondiale, 20.000 de plus qu’en 2023. 120.000 sont des femmes et selon un rapport du Sénat en 2025, chaque soir environ 3.000 femmes et autant d’enfants dorment à la rue. 26 mineurs y sont morts selon l’Unicef en 2025 (14 enfants de moins de 4 ans et 12 adolescents de 15 à 18 ans).

L’âge moyen du décès des morts de la rue se situe entre 47 et 48 ans (32 ans de moins que l’âge moyen des décès en France évalué entre 79 et 80 ans). Les morts de la rue concernent majoritairement des hommes (82 %), mais avec une part de femmes en constante augmentation (13 % en 2024). 4 % sont aussi des mineurs de moins de 15 ans. 40 % sont des décès suite à une rupture liée à la migration ou au déménagement, 25 % suite à l’addiction à la drogue, 19 % à l’alcool. 71 % vivaient sans domicile depuis plus de 5 ans, dont 30 % depuis plus de 10 ans. « Ces chiffres témoignent de l’échec des dispositifs de sortie de rue et de l’accumulation des vulnérabilités » s’attriste encore le CMDR : « 36 % des personnes vivaient dans la rue au moment de leur décès, une proportion en hausse. 46 % sont décédées dans l’espace public, souvent dans l’anonymat. 34 % sont mortes dans des lieux de soins, après des années d’errance thérapeutique ».
Parmi les causes identifiées, 17 % sont des morts violentes (noyades, agressions, suicides). 40 % sont de causes inconnues, ce qui témoigne de l’état de dénuement de ces personnes, la plupart du temps sans suivi médical, parfois sans identité et dont nul de connait
l’histoire.
« Permettre aux personnes sans chez-soi de vivre dignement, tout en garantissant leurs droits fondamentaux est notre devoir moral et sociétal » dit encore le CMDR, qui ne s’arrête pas aux besoins d’hébergements d’urgence, et plaide pour du logement durable : « l’objectif principal est le logement car c’est toute l’année que le sans-abrisme tue et, en tout cas, abîme à long terme celles et ceux qui en souffrent. Faire du logement une priorité de l’action publique française est une nécessité pressante et un investissement nécessaire pour la cohésion sociale et la résilience collective ».
« L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) estime dans son rapport en 2019 qu’il faut en France six générations (180 ans) pour que les enfants de familles pauvres puissent atteindre le niveau de revenu moyen (contre cinq générations en moyenne pour les autres pays de l’OCDE). Il est urgent d’agir en appréhendant les politiques sociales à l’aune de leur impact humain » appelle encore le CMDR.
Hélas, ce rapport n’est pas exhaustif : « nombre de décès échappent à notre surveillance », ces personnes « s’effacent des mémoires, des politiques publiques, et trop souvent, de notre humanité collective ». Car « vivre à la rue tue. Ces morts précoces ne sont pas une fatalité mais le reflet des inégalités sociales et territoriales face au logement et à la santé. » •

  1. 1.022 si l’on compte 105 autres personnes « anciennes sans chez soi ». ↩︎


• Extrait du rapport. « Cathy, 6 ans. On ne sait pas grand-chose de Cathy, sinon qu’elle a suivi dans ses 5 années de vie le parcours de migration de sa mère. Née en Italie, quand Cathy est-elle arrivée en France ? En tout cas, elle s’y trouve en 2020, date à laquelle sa mère dépose une demande de logement social. La mère et la fille ont passé en 2020 une période en situation de rue, avant d’être hébertées en Centre d’Hébergement d’Urgence. Cathy était toujours sans chez soi en 2024 quand elle est décédée à l’hôpital. Elle avait 6 ans. » •

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