Settimanale naziunalistu corsu dapoi 1966

N°2907

da u 16 à u 22 d'ottobre di u 2025

U mo parè

Le fascisme des temps calmes

le 20/10/2025

Par François Joseph Negroni

On croit souvent qu’il faut des bottes qui claquent, des brassards et des torches pour que le fascisme revienne. Qu’il faut des masses exaltées et des foules disciplinées, des drapeaux noirs et des cris dans la nuit. On croit qu’il faudrait ça pour reconnaître le danger. Pourtant, le fascisme n’est pas une esthétique ; c’est un climat. C’est un air qu’on respire sans s’en rendre compte. Il s’insinue, il s’infiltre, il prépare. Il n’avance plus au pas, il avance à clics comptés, sur les écrans et dans les urnes. Il ne hurle plus : il susurre. Il n’impose plus : il séduit.

Le mot « fascisme » est devenu un épouvantail commode. On l’agite pour disqualifier, on l’emploie pour tout et pour rien. Mais derrière l’usure du terme, quelque chose revient. Un fond commun, une nervure de peur et de nostalgie, une tentation de la force dans un monde fatigué de douter. Ce n’est pas une idéologie morte ; c’est une forme d’esprit qui renaît quand tout vacille.

Umberto Eco, dans son célèbre essai sur « l’Ur-Fascisme », parlait d’un fascisme éternel. Non pas celui d’un pays, mais celui d’un tempérament collectif : culte de la tradition, refus de la complexité, peur de la différence, frustration des classes moyennes, obsession du complot, goût de la discipline, mépris de l’intellectuel. Autant de symptômes que l’on retrouve aujourd’hui, disséminés dans les discours publics comme des graines anciennes redevenues fertiles.

Roger Griffin, lui, voyait dans le fascisme un « palingenetic ultranationalism » : la promesse d’un renouveau, d’une régénération d’une nation supposée déchue. Cette idée du « redressement » est centrale : le fascisme n’arrive pas comme une tyrannie, mais comme une renaissance. Il se présente en sauveur.

Et Robert Paxton, enfin, nous a appris à en reconnaître les étapes : d’abord les paroles, puis les mouvements, puis la conquête du pouvoir, et enfin la normalisation — ce moment où tout paraît acceptable, où la violence symbolique devient le fond de l’air.

Quand on regarde notre époque, les parallèles sont troublants. L’histoire ne se répète pas, elle bégaie. Mais ce bégaiement est audible : dans la peur du déclin, dans la rage de pureté, dans la haine des différences, dans la fascination morbide pour l’ordre. Ce monde qui a peur de ne plus comprendre se raccroche à ceux qui promettent de le « protéger ». Les hommes d’aujourd’hui n’ont plus de chemises noires : ils ont des costards cintrés, des plateaux télé et des community managers. Ils se disent « authentiques », « anti-système », « patriotes », « du peuple » — mais tout est calculé, millimétré, marketé. Le fascisme, aujourd’hui, n’a pas besoin de bottes : il a des algorithmes.

Il ne brûle plus les livres : il noie les esprits sous la désinformation. Il n’impose plus le silence : il étouffe la pensée sous le vacarme. Il ne bâtit plus d’empires : il vend des fictions identitaires en flux continu.

Et les foules, connectées, dispersées, atomisées, sont peut-être plus malléables encore que celles des années trente. On croit que le fascisme ne reviendrait pas dans des sociétés aussi éduquées, aussi « libres ». Mais dans les années trente, les gens n’étaient pas moins intelligents que nous : ils étaient juste aussi fatigués, aussi déboussolés.

Regarder notre monde. Prendre le temps. Comprendre. Les populismes prospèrent sur la lassitude démocratique. Les réseaux sociaux façonnent des imaginaires de peur. La politique s’est muée en spectacle, la pensée en réflexe. On ne débat plus, on s’indigne. On ne construit plus, on commente. Une société qui scrolle ne prend plus le temps de réfléchir. Et dans cette fatigue civique, dans cette dérive du sens, les vieux poisons trouvent un terreau neuf.

Ce nouveau fascisme ne s’annonce pas. Il se normalise. Il se glisse dans le « bon sens », dans le « réalisme », dans le « retour du vrai ». Il prétend défendre la nation, protéger les faibles, rétablir l’autorité. Mais derrière le vernis de la respectabilité, c’est toujours la même peur qui parle : peur de l’autre, peur du changement, peur du monde. Et partout, le même réflexe : dresser des murs, dénoncer, simplifier, haïr.

Il faut être aveugle pour ne pas voir que la France est à nouveau travaillée par ces pulsions. À chaque crise, la tentation autoritaire gagne du terrain. La pauvreté, la solitude, le déclassement, le sentiment d’abandon deviennent les carburants de ceux qui prétendent tout résoudre d’un coup de menton. Ils disent « le peuple », mais n’aiment pas la liberté. Ils disent « la patrie », mais méprisent la différence. Ils disent « le réel », mais vivent de fantasmes. Le fascisme du XXIe siècle ne marche pas au pas cadencé ; il défile sur les plateaux télé, en costume clair.

Et pourtant, tout n’est pas joué. Le pire n’est jamais inévitable, mais il est toujours possible. L’histoire ne prévient pas ; elle recommence quand les peuples cessent d’y croire.

La Corse, elle, ne doit pas s’y tromper. Elle connaît trop bien les humiliations, les oublis, les confiscations de sa parole. Elle sait ce que c’est qu’un peuple privé de liberté. C’est pourquoi elle doit rester lucide : le nationalisme corse n’a rien à voir avec les caricatures populistes du continent. Il est un projet d’émancipation, pas de domination ; un humanisme enraciné, pas une fermeture. Notre combat n’est pas celui de la peur, mais de la dignité.

Et c’est précisément pour cela qu’il faut se méfier de toutes les forces d’extrême droite qui grattent à nos portes. Car ce qu’ils promettent à la Corse, ce n’est pas la reconnaissance : c’est la soumission à un nationalisme français centralisateur, autoritaire et identitaire. Ils parlent d’ordre et de peuple, mais leur ordre est vertical et leur peuple est unique. Ils ne veulent pas d’autonomie.

Notre vigilance, aujourd’hui, doit être celle de l’esprit. Ne pas céder aux slogans, ne pas se laisser hypnotiser par la peur. La liberté corse n’a rien à gagner dans un monde qui se referme. Elle ne peut s’épanouir qu’en s’élevant, en pensant, en créant.

Le fascisme commence quand un peuple cesse de douter.

La liberté commence quand un peuple se souvient. •

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