Dans le fracas grandissant de l’actualité nationale et internationale, la question corse semble être passée au second plan. Mais une échéance approche, désormais fixée : le débat sur la réforme constitutionnelle concernant la Corse s’ouvrira bel et bien au Sénat au lendemain des élections municipales, à la fin du mois de mars prochain.
La nouvelle en a été confirmée par le sénateur Jean Jacques Panunzi sur les ondes de RCFM, conformément à l’annonce de Gilles Simeoni quand il a prononcé ses vœux annuels.
Les spéculations médiatiques en avaient pourtant présagé autrement, faisant état d’une situation politique française trop instable pour permettre la tenue d’un tel débat, prélude au Congrès qui doit décider de la réforme constitutionnelle issue des accords de Beauvau. Pour beaucoup de commentateurs, la question corse devait être reléguée après l’élection présidentielle de 2027.
Depuis, la roue a tourné. Sébastien Lecornu semblait destiné au même sort que ses prédécesseurs Michel Barnier et François Bayrou. Mais il est malgré tout arrivé à la fin de son parcours budgétaire sans subir la censure qui lui était promise. Et Emmanuel Macron a maintenu la question corse à l’agenda lors de la cérémonie des vœux présidentiels du 31 décembre dernier.
Il est d’ores et déjà clair que ce premier débat au Sénat sera le plus difficile. Le groupe LR s’est déclaré défavorable ; il y est fort, et son représentant Gérard Larcher en est le président. C’est cette opposition, où siège Bruno Retailleau, notoirement hostile, qu’il faudra renverser. Mais les sénateurs LR ne forment pas une majorité à eux tout seuls, et l’autre composante UDI de la droite, présidée par Hervé Marseille, a affiché des positions bien plus favorables.
Le texte sur lequel s’engage le débat sera le strict reflet des accords de Beauvau. François Bayrou et François Rebsamen ont respecté à cet égard les engagements pris par Emmanuel Macron lors de son discours d’Aiacciu en septembre 2023, puis par Gérald Darmanin, signataire des accords quand il était ministre de l’Intérieur et négociateur nommé par le gouvernement. Le Conseil d’État a été consulté conformément aux usages et a rendu un avis négatif, comme cela était attendu. Le gouvernement et la Présidence, de leur côté, soutiendront la signature de l’État apposée au bas des accords de Beauvau, et demanderont qu’elle soit respectée.
Dans ce contexte, le débat du Sénat sera clairement politique : faut-il aller vers l’autonomie de la Corse et pour cela bousculer les rigidités constitutionnelles françaises ? Ou bien faut-il se dresser contre la Corse et l’avis majoritaire de son peuple, validé avec éclat par les résultats électoraux de 2021, et par les votes survenus ensuite à l’Assemblée de Corse, et aller contre l’avis du gouvernement et contre l’avis du Chef de l’État ?
L’issue n’est pas certaine, mais rarement la question corse n’aura été posée à un tel niveau au sein de l’État français, et il faudra beaucoup de temps avant qu’elle ne revienne sur le devant de la scène politique en cas d’échec.
Le processus de Beauvau s’est étiré en longueur de façon inattendue entre mars 2024, date de la signature des accords entre la délégation d’élus corses et Gérald Darmanin, et mars 2026. Ces deux années ont été perturbées par l’élection de juillet 2024 suite à la décision d’Emmanuel Macron de dissoudre l’Assemblée nationale, et l’instabilité qui s’est ensuite durablement installée au sommet de l’État.
Ces prolongations imprévues font que ce débat parlementaire crucial pour l’avenir de la Corse s’engagera au lendemain même des élections municipales. Ceux qui, comme nos fidèles lecteurs d’Arritti, raisonnent sur le temps long, après plus d’un demi-siècle de combat pour l’autonomie du peuple corse, verront d’emblée l’importance que leur vote en mars prochain conforte le mouvement nationaliste, notamment à Bastia et Aiacciu dont les résultats auront un résonnance politique immédiate.
La fenêtre qui s’ouvre au Sénat est en effet étroite. Elle le sera encore bien davantage en cas de contre-performance des listes nationalistes ! L’élection municipale des 15 et 22 mars prochain prend dans ce contexte une dimension primordiale.
Les électeurs corses dans leur ensemble doivent avoir conscience, au moment de se prononcer en mars prochain, que leur vote aura une importance qui va bien au-delà d’un enjeu municipal. •








