Lors de l’Université d’Eté de Régions et Peuples Solidaires, un grand sondage, commandé à l’IFOP, réalisé du 11 au 25 juillet 2025, a été rendu public, présenté par le Directeur de l’IFOP en personne, Frédéric Dabi. Le retentissement médiatique de cette publication a été considérable, en Corse, et auprès de très nombreux organes de presse du continent. En voici la présentation complète des résultats.
L’enquête réalisée par l’IFOP a été menée auprès d’un échantillon national de 2.000 personnes, constitué selon la méthode des quotas, et de sept échantillons régionaux d’environ 500 personnes constitués selon la même méthode dans les « Régions RPS », à savoir la Corse, le Pays Basque, l’Alsace-Moselle, la Bretagne historique, le Pays de Savoie, la Catalogne du nord, et l’espace occitan. Pour les sondages régionaux, l’IFOP a établi la représentativité de l’échantillon par département, à l’exception du Pays Basque et de la Catalogne où il a dû procéder par commune.
Les quotas pris en compte lors de la constitution de l’échantillon sont la répartition par sexe, par tranches d’âge, par professions, par type d’emplois, par niveau scolaire, par lieu de résidence (ville, rural, etc.), selon la proximité politique déclarée, selon les votes émis aux dernières législatives, présidentielles ou régionales, et aussi selon l’ancienneté de résidence dans la région, distinguant les « natifs issus d’une famille ancienne », les « natifs de première génération », les « non natifs mais pas nouveaux arrivants » et les « nouveaux arrivants ».
Trois thèmes ont été abordés, par séries de questions : le soutien aux revendications nationalistes, le rapport au fédéralisme et au centralisme, et le rapport à son identité locale ou régionale.
Plusieurs questions renvoient à des enquêtes antérieures, réalisées depuis 1999. Elles permettent de constater l’évolution de l’opinion, en France comme dans chacune des régions RPS.
Les principales réponses apportées
• Sur le sentiment d’appartenance
Alors que 27 % (+4 % par rapport à il y a dix ou vingt ans) de l’ensemble des français mettent leur région comme lieu d’appartenance premier, et 55 % la France, les Corses mettent leur île largement en tête (57 %, et 22 % pour la France). À des degrés moindres, la même approche s’observe en Bretagne (47 %, et 38 % pour la France), et le Pays Basque (41 %, et 36 % pour la France). En Alsace-Moselle, en Occitanie, en Catalogne, en Savoie, le sentiment d’appartenance dominant reste le sentiment d’appartenance à la France.
Une question complémentaire permet de préciser ce sentiment d’appartenance au niveau des régions RPS : 54 % des sondés corses se définissent comme corses ; ce taux est de 34 % pour ceux qui se définissent comme bretons, 32 % pour ceux qui se définissent comme basques, 30 % comme savoyards, 24 % comme alsaciens, 19 % comme catalans.
En Occitanie où les sentiments d’appartenance ont des réalités différentes (provençal, béarnais, limousin, etc.) les résultats sont non significatifs. Là où des études ont été faites sur ce même thème par le passé, on observe sur 25 ans une progression nette en Corse (de 36 % à 54 %) et au Pays Basque (de 22 % à 32 %), stable en Savoie (31 %) et en retrait en Bretagne (de 42 % à 32 %).
Cette approche est complétée par des questions reflétant l’intérêt porté par les sondés aux cultures régionales. Cet intérêt est partagé par l’ensemble des français (de l’ordre de 66 %). Mais il atteint 77 % en Corse, et 69 % en Alsace et en Bretagne.

• Sur les langues régionales
Moins d’un Corse sur deux (48 %) déclare comprendre bien ou assez bien le corse, comme en Alsace. Ce taux chute à 22 % en Catalogne, 15 % au Pays Basque et en Savoie, moins de 10 % ailleurs.
Mais le soutien aux mesures pour combattre cette érosion linguistique, que le Conseil constitutionnel refuse systématiquement par référence à l’article 2 de la constitution, est très important, y compris au niveau de la France en général (77 %), soutien qui grimpe à 93 % en Corse, 91 % au Pays Basque, 87 % en Alsace-Moselle, 84 % en Bretagne.
L’enseignement obligatoire de ces langues est souhaité par 76 % des corses, 70 % des alsaciens, 66 % des basques, 64 % des catalans et 57 % des bretons.
Contredisant la jurisprudence des cours administratives, 51 % des français sont favorables à ce que « soit donnée aux élus la possibilité de s’exprimer en leur langue régionale dans les assemblées locales ». Ce score monte à 83 % en Corse, 71 % au Pays Basque, et est majoritaire dans toutes les régions R&PS.
Quant à l’officialité de la langue régionale sur les territoires concernés, elle est plébiscitée par les Corses (93 %), les basques (91 %), les catalans et les alsaciens (87 %), et elle est très largement admise par l’ensemble des français (77 %).
L’adhésion à un enseignement obligatoire reste élevée en Corse (76 %), même si elle est en léger recul depuis 1999 (-5 %). Au Pays Basque (66 % ; +4 %) et en Bretagne (57 % ; +8 %), cet indicateur progresse fortement.

• Sur les institutions, le centralisme, et le fédéralisme
À 90 %, les français en général, comme les alsaciens, les bretons, les corses, les savoyards, les basques, les catalans et les occitans jugent « l’État central trop déconnecté des réalités locales ». Dans les mêmes proportions ou presque, le même reproche est adressé aux médias accusés de se focaliser sur l’actualité parisienne.
Aussi, entre 2012 et 2025, la proportion des français jugeant que les collectivités locales n’ont pas assez de pouvoir est passée de 50 % à 68 %, désavouant l’État jacobin omnipotent. Le divorce entre l’État et les citoyens ressort de nombreuses réponses, seulement 35 % des français jugeant que le gouvernement prend bien en compte les intérêts de leur région. Sentiment encore plus fort dans les « Régions R&PS ».
Aussi, selon l’IFOP, les français se tournent vers le fédéralisme : « Le fédéralisme français, longtemps tabou, gagne en légitimité populaire avec 71 % des citoyens favorables à ce que la France devienne fédérale et renforce considérablement le pouvoir et les moyens des régions. Cette adhésion au modèle fédéral aurait été impensable il y a encore quelques décennies. »

• Sur l’adhésion aux différentes revendications institutionnelles régionalistes
Faut-il donner aux régions « le pouvoir d’adapter les lois nationales pour tenir compte des réalités locales » ? La réponse est oui, aussi bien dans les régions R&PS, avec notamment un score de 93 % en Corse, que sur le continent (73% pour la France entière).
Le redécoupage des Régions « là où il y a une demande majoritaire des populations concernées » est demandée par une large majorité, en France (71 %), et bien plus encore dans les régions concernées comme l’Alsace qui revendique de devenir une région à part entière, en dehors du Grand-Est (80 %, en progression de 12 points depuis 2019).
Une observation semblable est faite en Savoie, noyée dans la méga-région Auvergne-Rhône Alpes. Plus de la moitié des Savoyards désormais (51 % contre 41 % il y a 25 ans) souhaitent la création d’une région Savoie.
Au Pays Basque le soutien à la création d’une Collectivité à statut particulier reste stable, au-dessus de 60 %. Cependant la fraction des « très favorables » passe de 25 à 34 %, témoignant de l’enracinement de cette revendication.
Pour la Corse, comme en 2022, plus d’un français sur deux approuvent l’autonomie de l’île. Cependant c’est en Corse même que le chiffre est le plus significatif : 76 % des corses sont favorables à ce que « la Corse obtienne un statut d’autonomie de plein droit et de plein exercice, lui transférant des compétences de nature législative tandis que les compétences régaliennes resteraient du ressort de l’État ». La question est précise, et rejoint exactement la demande votée par l’Assemblée de Corse. La réponse n’en est que plus intéressante comme le soutient l’IFOP elle-même dans son analyse (voir par ailleurs). •









