Les conditions dans lesquelles un sniper professionnel a tué Alain Orsoni lors de l’enterrement de sa mère à Veru sont très choquantes. Ce nouveau meurtre est l’expression d’une emprise mafieuse toujours plus forte sur la société corse.
La programmation puis l’exécution de ce guet-apens font réfléchir.
Il suppose d’abord que des commanditaires en aient décidé l’organisation, et qu’ils aient à leur disposition des mercenaires du crime dont ils s’assurent économiquement les services permanents. La grande question est alors : comment en trouvent-ils les moyens ?
Par ses similitudes avec d’autres meurtres qui ont atteint des proches de son fils Guy actuellement incarcéré, il est établi qu’un escadron de la mort, qui vient d’exécuter Alain Orsoni, sévit sur la région ajaccienne depuis plusieurs années. Cette nouvelle démonstration de force mafieuse ne peut dès lors qu’alimenter un climat délétère, et « mettre en condition » ceux qui exercent des activités commerciales qui déplaisent, ou que convoitent, les commanditaires de ces crimes, et aussi ceux qui, par leur mobilisation, forces de l’ordre, élus ou collectifs, se mettent en travers de leur route.
Dans les affrontements mafieux, l’escalade est la règle. Celui qui tue le fait pour éradiquer une organisation adverse dans sa globalité, ses porte-flingues comme ses chefs et ses soutiens, pouvant même aller jusqu’à viser des acteurs extérieurs, par exemple des avocats, comme le procès du meurtre d’Antoine Sollacaro, récemment jugé, en a démontré le mécanisme. Et le camp d’en face s’organise à son tour pour riposter dans les mêmes termes, si possible encore plus violents, avec des moyens qu’ils trouvent en rançonnant encore davantage les honnêtes gens autour d’eux au nom de leur « légitime défense préventive », ce nouveau mantra de la guerre des gangs.
Entretenir et développer une organisation criminelle militairement dominante devient alors l’alpha et l’oméga de tous ces gangsters. Plus l’affrontement entre bandes monte, plus ils se sentent en danger, et plus leur frénésie meurtrière se libère sans limite.
« Celui qui tue le fait pour éradiquer une organisation adverse dans sa globalité. Et le camp d’en face s’organise à son tour pour riposter dans les mêmes termes. »
Pour se protéger de ces escalades, la société ne peut que faire confiance à la justice et à la police. Mais cette confiance est largement érodée désormais. Ici et là, il arrive qu’une ou l’autre des tentacules de la pieuvre mafieuse soit atteinte par les forces de l’ordre, mais elle semble à chaque fois capable de se régénérer aussitôt. Ainsi, les récents procès et les condamnations prononcées contre plusieurs capimafiosi les ont probablement mis à l’écart. Mais les rênes sont manifestement reprises par d’autres, et chaque organisation souterraine semble continuer sans encombre ou presque son œuvre maléfique.
La liste des meurtres dans laquelle s’inscrit celui qui a atteint Alain Orsoni à Veru n’est probablement pas close. Puis une autre liste surgira et le cancer étendra ses métastases. La connaissance que la police a fini par rassembler sur ces bandes, résumées dans les fameuses notes qui « fuitent » depuis les archives du Sirasco, n’est que théorique. Pour qu’elle devienne pratique, il faut que les informations recueillies puissent s’accompagner de preuves judiciaires.
En Italie, ce pas a été franchi quand de nouvelles lois ont été votées, comme le statut de repenti, accordé y compris à des chefs des organisations mafieuses, dont les témoignages ont permis des maxi-procès aux résultats probants.
Avec une législation qui reste en France beaucoup plus en retrait, la lutte policière et judiciaire se révèle globalement impuissante face à la mafia qui sévit sur l’île, mafia dont la puissance s’est hissée à l’échelle européenne désormais comme le montrent plusieurs procès et faits divers récents.
La répression des activités mafieuses en Corse n’est manifestement pas à la hauteur de ce que cette délinquance organisée pèse désormais. C’est à ce constat que le meurtre spectaculaire d’Alain Orsoni nous ramène. •








