Settimanale naziunalistu corsu dapoi 1966

N°2893

da u 12 à u 18 di ghjugnu di u 2025

U mo parè

Lingua viva

lingua

le 13/06/2025

Par François Joseph Negroni

Le 5 juin 2025, le Conseil d’État a rendu un arrêt d’une gravité exceptionnelle : il a jugé illégal que l’Assemblée de Corse et le Conseil exécutif puissent inscrire, dans leurs règlements intérieurs, que le corse est une langue d’usage dans le cadre de leurs travaux. Par cette décision, la plus haute juridiction administrative française bannit symboliquement, mais radicalement, notre langue de l’espace public. Elle l’exclut de la maison commune du peuple corse. Elle nie, au fond, que le corse puisse avoir droit de cité sur sa propre terre.

Ce n’est pas une décision anodine. C’est un acte politique, habillé de juridisme, mais profondément violent. Paris, une nouvelle fois, se révèle incapable d’accueillir ce qui dépasse son propre moule. Elle ne tolère la diversité qu’à condition qu’elle soit folklorisée, marginalisée, vidée de toute portée politique. Dès lors que le corse devient langue de travail, de décision, de représentation — donc de souveraineté — il devient suspect.

Il y a, dans cette décision, une immense méconnaissance de la réalité, mais aussi une profonde trahison de l’idée même de démocratie. Car comment prétendre faire vivre un espace démocratique si l’on interdit à un peuple de s’exprimer dans sa propre langue, dans les lieux où il débat, décide, gouverne ? Comment, surtout, prétendre construire une génération de jeunes Corses apaisée, fière, ouverte sur le monde — si on lui interdit de parler sa langue ? Si on lui fait honte de ce qu’elle est ? Si, jusque dans l’antre de sa démocratie, on lui impose le silence ?

En réalité, c’est une bataille existentielle qui se joue. Le Conseil d’État ne s’est pas contenté d’interpréter la Constitution dans un sens restrictif. Il a acté, noir sur blanc, que les langues dites régionales — en vérité les langues des peuples sans État — n’ont pas droit d’usage dans l’administration, pas même sur leur propre territoire. C’est là une lecture figée, idéologique, et franchement hostile de la Constitution. Elle piétine les espoirs nés des réformes territoriales, des statuts spécifiques, des avancées démocratiques locales. Elle anéantit le principe même d’une reconnaissance effective des droits culturels, pourtant garantis par les textes européens et internationaux.

Le président de l’Exécutif l’a dit avec force dans le communiqué conjoint avec la présidente de l’Assemblée de Corse* : cette décision est juridiquement contestable, politiquement inacceptable, et humainement insupportable. Elle blesse profondément le peuple corse, dans son être même. Elle contredit les engagements pris, les aspirations majoritaires, le vécu quotidien des Corses et leur volonté de transmettre. Elle oppose à la volonté d’émancipation de tout un peuple la rigidité glacée d’un État sourd et aveugle.

Face à cela, nous ne pouvons pas nous taire. Un recours sera porté devant la Cour européenne des droits de l’Homme. C’est une étape nécessaire. Mais au-delà des recours, c’est un sursaut collectif qui est attendu. Nous devons refuser cette mise à mort lente de notre langue. Nous devons refuser que notre jeunesse grandisse dans un monde où parler corse devient un acte de transgression, une marginalité administrative, une étrangeté politique. Car c’est bien cela qui est en jeu : l’avenir de notre jeunesse, sa capacité à se penser dans une continuité, à habiter sereinement son identité, à s’ouvrir au monde à partir d’une base solide, enracinée.

Ce combat n’est pas un repli. Il est, au contraire, une exigence d’universalité. C’est au nom de la démocratie, des droits humains, du respect des diversités culturelles, que nous affirmons : nous avons le droit de parler notre langue dans notre maison. Nous avons le droit de faire vivre la langue corse dans les institutions issues du suffrage universel, dans les espaces de représentation, dans les lieux où l’on construit le bien commun.

La langue corse n’est pas un symbole folklorique à brandir aux cérémonies. Elle est un outil vivant de transmission, de lien, de débat. La bannir, c’est nier un pan entier de notre humanité. C’est condamner à l’effacement tout un héritage, et toutes les promesses qu’il contient. C’est faire le choix de la disparition lente au lieu de celui de la reconnaissance.

Nous appelons donc chacun, chacune, à se lever. À faire entendre sa voix. À parler corse dans la rue, dans les écoles, dans les assemblées, dans les institutions, dans les médias. À désobéir calmement à cette injonction d’invisibilité. À affirmer haut et fort que nous ne nous tairons pas.

La Corse ne peut être une démocratie réelle si elle est une démocratie amputée de sa langue. Le combat que nous menons aujourd’hui est un combat pour la dignité, pour la justice, pour l’avenir. Il est aussi un combat pour la jeunesse : nous avons le devoir de lui transmettre plus que des silences honteux. Nous avons le devoir de lui transmettre une langue vivante, libre, digne. Car ce n’est qu’en parlant sa langue qu’un peuple apprend à ne pas se soumettre. •

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