Fondée en 1994, la Fédération Régions & Peuples Solidaires rassemble des mouvements autonomistes ou indépendantistes 1 de l’hexagone et des Outremer qui se sont unis sur des fondements démocratiques pour la défense de leurs identités, des droits des peuples à disposer d’eux-mêmes, et donc de la lutte contre le centralisme et le jacobinisme parisien. Femu a Corsica et le PNC en sont membres pour la Corse. La fédération est présidée par François Alfonsi, ancien député européen, et compte notamment quatre députés à l’assemblée nationale et un sénateur 2. R&PS s’est particulièrement investi pour la création du groupe LIOT à l’assemblée nationale où siègent ses députés. • Impliqué au sein de R&PS depuis près de 20 ans, et directeur de la Fédération depuis 8 ans, Pèire Costa était récemment en déplacement en Kanaky où il a pu rencontrer des responsables de plusieurs partis kanaks. Il fait le point avec les lecteurs d’Arritti sur les relations qui unissent nos combats.
Tu as pu te rendre en Kanaky en famille, c’est déjà une aventure en soi, plus encore quand on a l’esprit militant. Quelles ont été tes impressions à ton arrivée ?
La Kanaky se situe à près de 20.000 km de la métropole. Elle est le territoire sous administration française le plus éloigné de Paris. En avion, il faut dans le meilleur des cas, 24h pour relier Paris et Nouméa. Outre le choc thermique et les 10h de décalage, deux choses m’ont profondément marquées à notre arrivée : la beauté des paysages, sauvages et colorés d’une part, et la condition kanak à Nouméa d’autre part. Surnommé « la Blanche » pour son histoire coloniale et sa forte proportion de population européenne ; les Kanaks sont ici relégués au second plan. Aucun signe ou presque kanak en ville. Minoritaires en nombre, les Kanaks sont marginalisés depuis les émeutes de 2024. Il faut dire que la ville est gérée par les loyalistes…
Quelle est la situation là-bas ?
La situation est au plus mal depuis les accords Nouméa en 1998. Le bilan humain des émeutes de 2024 et de la répression qui s’en est suivie est extrêmement lourd. Douze kanaks et deux gendarmes ont été tués. Des blessés et des mutilés par centaine et plusieurs dizaines de militants indépendantistes déportés vers des prisons en métropole dont Christian Tein, le président du FLNKS. Le bilan matériel, chiffré à 2 milliards d’euros est lui aussi très lourd. La France est pleinement responsable des émeutes et des dégradations qui ont suivi. C’est le tribunal administratif de Nouméa qui l’affirme par la condamnation de l’État français, le 11 décembre dernier, à verser plus de 28 M€ de dédommagement à une assurance. Les plaies que Michel Rocard et Lionel Jospin avaient réussi à refermer par le dialogue et le consensus, se sont rouvertes. Les tensions sont encore palpables aujourd’hui. Au sud de Nouméa, la tribu de St Louis est sillonnée 24h /24h par des centaures, ces engins blindés de dernière génération, et occupée par des gendarmes, l’arme au poing. Je l’ai traversée pour aller dans une tribu à Yaté. J’ai eu la sale impression d’être à Belfast dans les années 80. Partout en Kanaky, le tourisme est en chute. L’économie est en berne. Bougival est un échec. Le pays est à reconstruire. Un nouveau chemin est à tracer. Et ce chemin ne peut passer que par la reprise de la décolonisation et de l’auto-détermination.

Jean-Marie Tjibaou, figure de l’indépendantisme kanak, assassiné le 4 mai 1989 à Ouvéa.
À la faveur de ce voyage, tu as eu l’occasion de rencontrer des responsables politiques kanaks et même de signer une déclaration commune au nom de R&PS. Raconte aux lecteurs d’Arritti…
Oui, effectivement. J’ai eu l’opportunité de rencontrer des militants et des responsables des principaux mouvements politiques représentatifs du peuple kanak. J’ai notamment été reçu par Christian Tein, le président du FLNKS ainsi que par Mickaël Forrest, vice-président de l’Union Calédonniene et par ailleurs ministre du gouvernement de Nouvelle-Calédonie. La volonté du FLNKS et surtout de l’UC de construire un partenariat avec R&PS est forte.
À l’initiative de l’UC et sur proposition d’Emmanuel Tjibaou, une déclaration de principe a même été signée le 31 janvier par Mickaël Forrest pour l’UC et François Alfonsi pour R&PS que je représentais. L’objectif de ce protocole d’entente est de « créer un cadre de travail pour organiser et développer une coopération entre l’UC et R&PS ».
Tu as eu l’honneur du « geste coutumier de bienvenue ». Qu’est-ce que c’est ?
On ne rentre pas comme ça dans une tribu. Il faut y être invité. Moi, j’ai eu la chance et l’honneur d’être invité dans la tribu de Touaourou. Le chef de clan m’a désigné pour faire le geste coutumier. Le « geste » est une marque de bienvenue. Après un mot d’accueil du chef, quelqu’un parmi les convives est invité à prendre la parole, en toute sincérité et humilité. En guise de remerciement, il faut ensuite déposer un présent sur une natte. Si le présent est accepté, un membre de la tribu le touche de la main. Cela signifie alors que les convives sont les bienvenus.
Quel était jusqu’ici le positionnement de R&PS vis à vis de la Kanaky ?
R&PS s’est toujours positionné pour l’émancipation du peuple kanak et la décolonisation pacifique et démocratique de Kanaky. R&PS a soutenu le processus né des accords de Matignon et de Nouméa puis s’est opposé à l’entêtement du gouvernement français de maintenir le 3e referendum. Enfin, R&PS s’est exprimé contre le dégel du corps électoral. Lors de son premier mandat d’eurodéputé, François Alfonsi était allé en Kanaky pour soutenir les prisonniers politiques indépendantistes. La solidarité est au cœur de la démarche de R&PS.

Quels pourraient être nos projets communs ?
Partout dans nos territoires, nous devrions créer des passerelles avec les Kanaks. À l’avenir, l’UC devrait rattacher ses parlementaires et ses candidats aux législatives à R&PS. Des actions communes pourront être organisées telles que des conférences. L’UC compte un député et un sénateur, nos parlementaires pourraient s’en rapprocher pour peser davantage en faveur de nos peuples et territoires. Cela reste à confirmer mais le partenariat pourrait aller jusqu’à une adhésion de l’UC à R&PS.
Comment se porte la Fédération ? 2025 a-t-elle été une année propice malgré l’instabilité gouvernementale ? Que pouvons-nous attendre de 2026 avec notamment les municipales qui se profilent ?
R&PS se porte au mieux. Le poids de notre fédération n’a jamais été aussi fort. La réception du Premier ministre, Sébastien Lecornu, cet automne en est la preuve. La famille politique que nous représentons est désormais considérée. Pour 2026, 25 parlementaires se sont rattachés à R&PS pour le financement public. C’est une vraie marque de confiance ! Le sondage que nous avons commandé à l’occasion des 30 ans de R&PS confirme que nos combats sont partagés par l’immense majorité de l’opinion. Nous avons gagné la bataille des idées. À nous de concrétiser cette victoire par des succès électoraux notamment aux prochaines municipales. •
- Union Démocratique Bretonne pour la Bretagne. Oui au Pays Catalan et Unitat Catalana en Catalogne Nord. Partit Occitan pour l’ensemble occitan. EH Bai et EAJ-PNB au Pays Basque. Femu a Corsica et le PNC en Corse. Sabaudia MRS pour la Savoie. Unser Land en Alsace. Le Parti des Mosellans en Moselle. Congrès Mondial Amazigh pour les Berbères. ↩︎
- À l’Assemblée nationale : Michel Castellani, Paul André Colombani, Paul Molac (Bretagne), Peio Dufau (Pays Basque). Et Paulu Santu Parigi au Sénat. ↩︎
Déclaration d’intention entre le mouvement d’Union Calédonienne et le parti Régions & Peuples Solidaires
Réaffirmant la résolution 15/14 relative au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ;
Considérant la résolution relative à la quatrième décennie pour l’élimination du colonialisme dans le monde ;
Considérant l’existence de nos réseaux respectifs de solidarité régionale, nationale et internationales ;
Considérant que le principe de sincérité, de cohérence et de transparence doit guider notre travail commun ;
Considérant la phase finale de l’accord de Nouméa, processus d’émancipation et de Décolonisation ;
Considérant le rôle important de R&PS auprès des entités culturelles fortes et l’action développée autour de la solidarité des peuples ;
Désirant d’agrandir et d’intensifier les perspectives de développement entre les parties sur des bases durables, amicales et transparentes ;
Confirmant leurs intérêts et engagements dans le renforcement de leurs coopérations de développement mutuel,
I. Objectifs et Principes
L’Objectif de ce protocole d’entente est de créer un cadre de travail pour organiser et développer une coopération entre les parties.
II. Domaines de Coopération
Des domaines de Coopération seront créés dans les secteurs de l’assistance et de la solidarité, de la communication et du soutien au combat politique des parties.
III. Commencement et Résiliation
Cette déclaration commune prend effet lors de la signature. Les signataires peuvent résilier l’entièreté ou certaines parties de cette déclaration par le biais d’un consensus mutuel. •
Au siège de Radio Djiido en Kanaky, le 31 décembre 2025
Pour François Alfonsi, président de Régions & Peuples Solidaires, le directeur général Pèire Costa
Pour l’Union Calédonienne, le 2e vice-président, Mickael Forrest.









