Le Pays Basque Sud (Hegoalde) est certainement un des endroits en Europe où la politique linguistique est la plus accomplie. Dans l’enseignement les effectifs de la filière D correspondant à une immersion totale sont largement majoritaires, de l’ordre de 80%, avec des résultats pédagogiques reconnus. Et les autorités exercent par ailleurs un suivi régulier de la santé de la langue à travers des enquêtes sociolinguistiques durant lesquelles tout est examiné de près.
Enbata du 5 janvier 2026 traite de la dernière enquête sociolinguistique rendue publique sous le titre : « Euskara (la langue basque) en état d’urgence ». Pour le journal nationaliste du Pays Basque Nord, ce message d’alerte est motivé par une donnée mise en évidence par l’enquête, à savoir le recul rapide des « zones de respiration » de la langue basque, là où elle est dominante dans la vie quotidienne des habitants.
Enbata écrit :
« Aujourd’hui, les zones où l’euskara est dominant — essentiellement dans le Gipuzkoa central et à l’ouest de la Navarre — tendent à s’amenuiser, à se diluer. Ces régions sont nommées par les sociolinguistes des “zones de respiration”, une notion développée par l’américain Joshua Fishman qu’il définit ainsi : “Zone de forte densité où la langue minoritaire domine la langue hégémonique et ne ressent aucune menace” ».
« Les résultats de la dernière enquête sociolinguistique a été rendu public l’été dernier par l’institut d’études sociologiques Siadeco. Ses conclusions sont alarmantes. D’ici onze ans, la zone principalement bascophone du Pays Basque Sud va se réduire, avec une quasi disparition des zones de respiration où le basque se transmet naturellement et se pratique en famille. Pour la première fois dans l’histoire, le basque se retrouvera sans zone territoriale socialement dominante et dynamique.
Siadeco annonce un net recul de l’usage de la langue parmi les enfants et les adolescents. Si le nombre des bascophones s’est maintenu durant les trente dernières années, c’est parce que l’effort de basquisation via l’enseignement a été considérable, avec une position très dominante de la filière D correspondant à l’immersion.
Mais nous assisterons d’ici 2036 à un vieillissement de la population euskaldun, lié à une forte chute de la natalité. Les mouvements de population avec l’arrivée d’hispanophones ou parlant d’autres langues étrangères, auront aussi un impact décisif. La transmission de l’euskara comme le niveau de connaissance de la langue, vont s’en ressentir
Les locuteurs euskaldun qui pratiquent mieux l’euskara que l’espagnol vont diminuer. Le nombre de bascophones vivant dans un environnement essentiellement hispanophone augmentera. Ce phénomène limitera davantage encore l’usage social de l’euskara et va affaiblir les possibilités d’améliorer la qualité de la langue et de la transmettre aux descendants. Allons-nous finir comme “le dernier des Mohicans” de James Fenimore Cooper, noyés dans l’océan des langues dominantes ?
UEMA, la communauté des communes bascophones qui a commandé cette étude prospective à Siadeco, recherche des solutions. L’urgence est de créer une architecture juridique pour créer des “zones de respiration”. Elle va de pair avec la nécessité de mesurer nos forces et d’investir les mondes du travail, des loisirs, de l’éducation, de l’audiovisuel, de l’administration publique, des migrants, des technologies, de l’intelligence artificielle, etc. Le chantier est immense. »
Et les Basques de s’inspirer du modèle catalan : « Le catalan est la « langue propre » au pays, comme le définit le statut d’autonomie, son usage est généralisé et normal dans l’administration dont les personnels détiennent la capacité linguistique requise. De la notion de “langue propre”, découle l’usage prioritaire par défaut du catalan et permet d’assurer les politiques de promotion. Le principe général pour obtenir un poste dans la fonction publique est de détenir un niveau linguistique (expression écrite et orale) correspondant aux fonctions occupées. »
Mais en Catalogne aussi, l’inquiétude prévaut. En Corse les « zones de respiration » dans lesquelles chacun pouvait améliorer naturellement sa connaissance et sa pratique de la langue ont correspondu longtemps à l’espace des villages de l’intérieur. Mais, comme au Pays Basque, l’usure démographique menace terriblement cet espace vital. Pour l’avenir de la langue corse, il est important de constituer, par des politiques publiques ciblées, des « zones de respiration » pour la langue corse. •








