Settimanale naziunalistu corsu dapoi 1966

N°2926

da u 5 à l'11 di marzu di u 2026

Tribune libre

Quand l’égalité devant le suffrage devient variable

elections

le 05/03/2026

Je m’exprime ici non seulement comme citoyen attaché à la vie publique locale, mais aussi comme ancien président du think tank I Chjassi di u Cumunu, espace de réflexion consacré aux pratiques institutionnelles et démocratiques en Corse. Universitaire, professeur des universités en physique à l’Università di Corsica, engagé depuis de nombreuses années dans le débat public, j’ai toujours défendu l’exigence de transparence, d’égalité devant le suffrage et de respect scrupuleux des règles. C’est à ce titre que je souhaite aujourd’hui m’exprimer.

Parler de démocratie locale peut sembler abstrait.
Pourtant, c’est à l’échelle communale que se joue sa crédibilité la plus concrète. Dans plusieurs villages de l’intérieur, la population permanente est faible, parfois très faible, tandis que les listes électorales comptent un nombre d’inscrits sans commune mesure avec les habitants réellement présents à l’année. La loi permet bien sûr l’inscription de personnes disposant d’attaches patrimoniales ou fiscales. Il ne s’agit pas de contester ce principe. Mais lorsque l’écart devient structurel, lorsque le corps électoral ne reflète plus la réalité démographique permanente, une question politique se pose : qui décide réellement pour la commune ? Et au nom de quelle légitimité vécue ?

Un cas révélateur
À titre personnel, ma fille, étudiante, née en Corse, fiscalement rattachée à notre foyer, bénéficiaire d’une donation notariée en nue-propriété d’un bien familial situé dans l’un de ces villages, a récemment demandé son inscription sur la liste électorale correspondante. Son lien juridique et patrimonial avec la commune est incontestable. Pourtant, sa demande a donné lieu à des exigences répétées de justificatifs supplémentaires, puis à un refus. Dans le même temps, d’autres situations similaires semblent ne pas rencontrer de difficulté particulière. Il ne s’agit pas ici d’un contentieux administratif isolé. Il s’agit d’un signal.

Le problème n’est pas la règle, mais son application
Dans un État de droit, la règle peut être exigeante. Mais elle doit être appliquée de manière identique à tous. Lorsque l’on observe une grande souplesse dans certains cas et une rigueur extrême dans d’autres, la question n’est plus juridique, elle devient démocratique. L’égalité devant le suffrage n’est pas une formalité administrative. Si les citoyens commencent à percevoir que l’interprétation des règles dépend des personnes concernées, la confiance s’érode. Et sans confiance, il n’y a plus de démocratie vivante, seulement des procédures.

La tentation de la dissuasion silencieuse
Je me suis exprimé par le passé sur certaines dérives du jeu électoral local et me suis présenté à des élections municipales. Je ne peux exclure que l’expression publique d’opinions divergentes puisse, dans certains contextes, modifier le regard porté sur une famille ou un individu. Si tel devait être le cas, et j’espère sincèrement que ce ne l’est pas, cela poserait un problème bien plus grave qu’une simple inscription : celui de la dissuasion implicite de toute parole alternative.
Une démocratie mature accepte la contradiction. Elle ne la marginalise pas.

Ce qui est en jeu collectivement
La question dépasse largement un village ou une situation familiale. Elle touche au cœur même du pacte démocratique : la sincérité du corps électoral, l’égalité de traitement entre les citoyens, la transparence des pratiques administratives et, en définitive, la légitimité des décisions communales.
Lorsque le corps électoral se trouve progressivement déconnecté de la réalité démographique permanente, et que l’application des règles d’inscription paraît variable selon les situations, il ne s’agit plus d’un simple débat technique ni d’une difficulté administrative ponctuelle. Il s’agit d’un enjeu collectif majeur. Car ce qui se trouve fragilisé, à terme, ce n’est ni une candidature ni une inscription individuelle. C’est la confiance.
Or l’impact ne s’arrête pas aux procédures. Il affecte la société dans sa globalité. Lorsque la confiance dans le vote s’érode, c’est le sentiment d’appartenance et de responsabilité collective qui vacille. Sans institutions perçues comme justes et cohérentes, il ne peut y avoir d’émancipation véritable. Une population qui doute de l’équité des règles hésite à s’engager, à entreprendre, à investir son énergie dans l’avenir. Sans émancipation civique et politique, le développement économique demeure fragile et dépendant ; tout reste en état, comme maintenu sous perfusion, faute d’élan autonome et de responsabilité assumée. Le vote et le travail sont les deux piliers de la liberté : le vote pour choisir et orienter le destin commun, le travail pour construire son indépendance et sa dignité. Lorsque ces deux fondements sont affaiblis, c’est la capacité même d’une société à se projeter, à innover et à prospérer qui se trouve compromise.

Refuser l’habitude
Le plus préoccupant n’est peut-être pas l’existence de ces pratiques. C’est l’habitude silencieuse avec laquelle elles peuvent être acceptées. La démocratie locale ne repose pas sur des équilibres tacites ou des arrangements informels. Elle repose sur des principes clairs, appliqués avec constance. Nous avons collectivement le devoir de préserver cette exigence. Non pour diviser. Non pour polémiquer. Mais pour garantir que chaque voix compte réellement de la même manière. •

Jean-Louis Rossi.

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