Settimanale naziunalistu corsu dapoi 1966

N°2880

da u 13 à u 19 di marzu di u 2025

Innò à a mafia

Quasi 3000 personi in carrughju

Maffia

le 14/03/2025

Par Fabiana Giovannini

2000 à 3000 personnes ont défilé ce 8 mars à Aiacciu pour dire non à la mafia, à leurs crimes, à leurs dérives, à leurs menaces sur la société toute entière.

À mesure que la manifestation progressait vers la préfecture, nombre de personnes attendant sur les trottoirs sont venus la grossir. Deux haltes hautement symboliques étaient prévues dans l’itinéraire. La première devant la préfecture de Région où Gérard Boncristiani et le professeur Josette Dall’Ava Santucci ont pris la parole pour les organisateurs, mais surtout, fait inédit dans l’histoire de notre île, le préfet de Corse, Jérôme Filippini, s’est hissé sur un camion pour saluer cette réaction citoyenne, apporter le soutien de l’État et reconnaître ses fautes dans l’histoire… une démarche de poids sur un sujet qui pèse de façon terrible sur le quotidien des Corses. Seconde étape, l’Assemblée de Corse où les deux porte-paroles des collectifs ont pris la parole, Ghjuvan’Santu Plasenzotti et Léo Battesti.

La Corse est décidément singulière. Première région de France à se révolter contre l’emprise mafieuse, par la création de deux collectifs citoyens le 25 septembre 2019 pour A Maffia Nò A Vita Iè, le 5 octobre 2019 pour u Cullettivu Massimu Susini.

Première région à poser avec détermination le débat au niveau des plus hautes institutions régionales : la Collectivité de Corse qui a ainsi offert un espace de parole essentiel pour associer l’ensemble des forces vives à sa réflexion.

Enfin, il est peu commun de voir un préfet de la République se joindre à une manifestation pour apporter son soutien et faire un quasi acte de contrition !

Rien n’est gagné, la lutte sera longue, mais le sursaut salutaire de ce samedi 8 mars nous y encourage. Ci-contre morceaux choisis des interventions. •

Josette Dall’Ava Santucci | Cullittivu A Maffia Nò A Vita Iè

« Les morts ne sont hélas que la partie visible de l’iceberg. La maffia ne tue que quand elle estime que c’est nécessaire, la mafia s’arroge alors le droit d’appliquer la peine de mort afin de s’imposer, et de faire régner la peur. Elle ne tue que par intermittence mais c’est pour faire peser en permanence sa chappe de plomb sur notre société. La loi de la mafia est la plus liberticide car elle n’est votée nulle part et nous impose le silence. Nous sommes tous victimes car en même temps c’est la démocratie et la liberté de parler et d’entreprendre qui sont assassinées, comme le montrent les destructions régulières d’outils de travail. »

« Aujourd’hui la parole des victimes est mieux prise en compte par la justice : Cette parole, notre travail est de faire qu’elle existe et notre devoir est de la transformer en combat. Il est capital qu’elle soit entendue et validée publiquement au-delà des rumeurs et de la souffrance. »

« Chez nous, tandis que les voyous se pavanent, les victimes font tout pour se rendre invisibles, toute leur triste vie, ponctuée par les larmes, étouffée par la peur. Pouvons-nous continuer à fermer les yeux sur toute cette souffrance muette ? »

« C’est là que notre collectif a aussi toute sa raison d’être : rompre le silence, c’est redonner leur dignité à toutes les victimes.  C’est permettre à notre société de résister tous ensemble à la dictature maffieuse. Disons comme les italiens : “A Maffia tomba, u silenziu dinù”. »

Jérôme Filippini | Préfet de Corse

« Cela n’arrive pas souvent dans la vie d’un préfet… si je le fais c’est que je suis venu au nom de l’État, au nom du gouvernement, vous dire que le rassemblement populaire que vous formez aujourd’hui, il a mon soutien, il a notre soutien et il veut vous donner confiance. La mafia, il faut l’appeler comme telle. On a tous, moi y compris, tourné autour du pot, il faut arrêter de tourner autour du pot. La mafia, ce n’est pas simplement quelques personnes qui font leurs petites affaires. La mafia, c’est une ou plusieurs organisations qui veulent prendre le pouvoir. Et dans une démocratie, le pouvoir ne doit pas appartenir à des criminels, il doit appartenir aux institutions légitimement désignées par le peuple, c’est-à-dire aux élus désignés par la volonté populaire. Ce défi très difficile… j’ai compris que depuis des années vous disiez qu’il fallait le relever. J’ai compris aussi que certains pouvaient se dire on n’y arrivera pas. Et donc je suis venu encourager ceux qui pensent que ce sera difficile mais qu’on peut y arriver. Je pense en particulier que compte tenu des relations anciennes mais parfois difficiles, entre – on va dire ça comme ça – la Corse et la République, entre la Corse et l’État que je représente, entre la Corse et la justice, on peut comprendre qu’il y ait beaucoup de raisons de se faire des reproches. Je dirais volontiers au nom de l’État tout le mal qu’on a pu faire dans le passé. Et ceux qui sont en face de moi et que parfois l’État a combattu, gagneront aussi à reconnaître comme certains l’ont fait que, eux, n’ont pas toujours bien agi dans le passé. Mais le passé c’est le passé… Si nous ne nous faisons pas confiance, alors le crime a déjà gagné. Et au fond, il s’est déjà logé depuis des années dans les interstices de cette défiance qu’il pouvait y avoir entre nous. Je le dis devant la préfecture ici, je le dis comme préfet… si nous travaillons ensemble la Corse et l’État, nous pouvons triompher de la mafia. Nous avons entendu le garde des Sceaux, Gérald Darmanin la semaine dernière, venir et annoncer des mesures très fortes, en termes d’organisation de la justice, y compris d’organisation de la justice en Corse, de renforcement des moyens, y compris en Corse. Ça n’est pas simplement un sujet pour la Corse, c’est un sujet pour la France toute entière, c’est un sujet en Europe… Mais bien sûr nous ne faisons pas assez, cette lutte va être intensifiée à l’avenir. Mais elle ne sera efficace et surtout elle ne sera légitime, que si vous, la société corse, vous la demandez, l’appelez. Faites confiance en ceux qui vont agir. Ayez confiance aussi dans la protection des droits de la défense. Les seuls qui n’accordent pas de protection aux droits de la défense, ce sont les criminels. Voilà ce que je voulais simplement vous dire, en vous disant avec beaucoup d’émotion, que je ne pensais jamais faire ça de ma vie, mais s’il faut le refaire encore dans les prochaines semaines, je le referai. Maffia nò ! »

Ghjuvan’Santu Plasenzotti | Cullittivu Massimu Susini

« U putere d’intimidazione hè un fundamentu di ciò chì face a forza maffiosa. U putere d’intimidazione hè ciò chì face chì parechji ùn sò ghjunti à manifistà cù noscu.

U Putere d’intimidazione hè ciò chì face dì à parechji eletti « sicuri ch’elle ci sò e pressioni nant’à l’eletti, ma eiu, pressione, ùn ne aghju mai avutu. »

« A maffia di Corsica ùn hè ghjunghjiticcia, hè nustrale, tutti a sapemu. Nustrale ma micca nostra. Hè nata è hè ingrandata in la tanna bughjicosa duv’elli sò accadastati tutti i vizii chì, tempi fà, èranu ripinti da a sucetà paisana tradiziunale.

Oghje, sti vizii vènenu à circà à copre u corpu suciale corsu orfanu di i miti antichi di cumunità è di pòpulu (è ancu di nazione).

A Corsica paese di a màffia di Corsica, hè dinò u paese di l’antimàffia. Sè a màffia hè nata da i vizii d’una stòria malandata è cruda, l’antimaffia nasce da a rivolta contru à l’inghjustizia di a malamorte data da l’assassini à nome di a so vulintà di praputenza. L’antimaffia nasce da u filu stòricu chì ci unisce à quelli chì, in la nostra stòria è forse ancu in a stòria di i pòpuli di u mondu, si sò pisati da fà fronte à chì i vulìa supranà, straniere o di u locale.

Ma chì ghjè fatta fine l’antimaffia ?

L’antimaffia hè una cosa bella è sèmplice. Vole rinvìa a màffia in le màrgine di a sucetà. Ch’ella volti à esse una criminalità di marginali. Da impedisce chella diventi u prugettu di sucetà d’uni pochi par esse i patrò di a Corsica pà u sempre. »

Léo Battesti | Cullittivu A Maffia Nò A Vita Iè

« A dilla franca è chjara hè stata diffìciule d’urganizà sta manifestazione, pròpiu diffìciule, perchè ci hè tant’affari cumplicate ind’è stu paese !… Ce que nous venons de faire c’est la concrétisation de la raison de fondation des collectifs il y a 4 ans et demi… La mafia personne n’en parlait. Or elle n’est pas née il y a 4 ans. Elle est une permanente de l’histoire de notre île. Elle a traversé les siècles avec la loi dictée par les soi-disant bandits d’honneur qui contrôlaient les maires et les juges de paix. Avec tout ce que les républiques, les monarchies, tous les régimes politiques français ont toléré, parce que la Corse a toujours été ou le cadet de leur souci, ou autrement il fallait les laisser faire entre eux parce que c’était mieux comme ça, qu’il n’y ait pas de projet. Et puis il y a eu les 30 glorieuses où nos voyous étaient des produits d’importation. Partout dans le monde, ils brillaient par leurs technicités. »

« Nous considérons aujourd’hui que la Corse est infestée de bandes mafieuses. Le rapport Sirasco en situe 25. Vous vous rendez compte ce que c’est 25 bandes, toutes d’une dizaine de personnes. C’est comme si en France il y en avait 1100. Mais ça fait longtemps qu’ils auraient changé les lois pénales ! Nous nous subissons leurs lois dans les moindres villages, parce que ça ne leur suffit pas le littoral, aujourd’hui ils sont dans les montagnes, ils commencent à faire pression pour pouvoir faire certaines affaires. Ça nous ne pouvons plus le tolérer ! »

« Je reste optimiste, je pense que nous avons des atouts. Il faut mener un combat culturel massif sur nos jeunes. Et la bonne nouvelle c’est que hier nous étions avec le recteur et tous les responsables académiques, et nous avons mis un plan de bataille dès la 4e jusqu’à la Terminale, des formes de présence sur ce que représente la mafia, les dangers pour la société etc, tous les aspects de toutes les manières possibles… il va falloir renforcer nos dispositifs naturels… si des gens se sentent en capacité en expérience pour donner cette bonne parole à nos jeunes, nous avons besoin de dizaines d’intervenants. C’est là que nous allons construire une autre société. » •

Avec un taux de 3,7 homicides pour 100.000 habitants, la Corse est la région la plus criminogène de France, devant Marseille (2,6 homicides pour 100.000 habitants).


La lutte contre la mafia en Corse

  • Deux sessions de l’Assemblée de Corse
  • Plusieurs lois anti-mafia votée à l’Assemblée nationale (implication des députés et sénateur nationalistes)
  • Un premier colloque anti-mafia à Carghjese en partenariat avec le rectorat, la Collectivité de Corse, les deux collectifs anti-mafia
  • Une manifestation citoyenne ce 8 mars 2025 à Aiacciu.

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